Guide d’interprétation
Introvertis et extravertis : ce que montre la recherche sur les ambivertis, agir en extraverti et la timidité
Introverti ou extraverti ? Un continuum où la plupart sont au milieu (ambivertis), la timidité, le bonheur des extravertis et l’effet d’agir en extraverti.
Introversion et extraversion : ce que la recherche sur la personnalité entend par là
« Introverti » et « extraverti » sont des mots du quotidien, mais la psychologie de la personnalité ne range pas les gens en deux catégories. Elle regarde le score d’extraversion, l’un des cinq grands traits de personnalité (Big Five) ; le pôle bas correspond à ce qu’on appelle l’introversion. Le BFI-2, un inventaire de personnalité du Big Five, divise l’extraversion en trois facettes : la sociabilité, le désir d’aller vers les autres et d’interagir avec eux ; l’affirmation de soi, la disposition à exprimer ses opinions et ses objectifs en société ; et le niveau d’énergie, qui recouvre les émotions positives intenses comme l’enthousiasme et l’excitation, ainsi que le niveau d’activité. Un autre modèle résumé dans le même article divise l’extraversion en deux aspects, l’enthousiasme et l’affirmation de soi (Soto & John, 2017).
Les chercheurs ne s’accordent pas sur ce qui fait le cœur de l’extraversion. Un article de 2000 réunissant quatre études, qui incluaient des participants de 39 pays, a conclu que ce qui relie les facettes de l’extraversion est la sensibilité à la récompense plutôt que la sociabilité, et que l’extraversion ainsi définie est fortement liée aux émotions agréables ; la sociabilité des personnes extraverties pourrait n’être qu’un sous-produit de cette sensibilité (Lucas et al., 2000). Un article de 2002, portant sur 200 personnes, a répliqué que le cœur de l’extraversion est la tendance à se comporter de façon à attirer l’attention des autres (Ashton et al., 2002). Aucun des deux ne fait toutefois du simple goût d’être avec les autres l’essentiel de l’extraversion. Nous n’avons lu que les résumés de ces deux études.
Le E (extraversion) et le I (introversion) du MBTI sont liés à cette dimension. Une étude de 1989 portant sur 267 hommes et 201 femmes de 19 à 93 ans a montré que les quatre échelles du MBTI mesurent des aspects de quatre des cinq grands traits. Elle n’a en revanche trouvé aucun appui à l’idée que le MBTI mesure des préférences réellement dichotomiques ou des types qualitativement distincts : il mesure plutôt quatre dimensions relativement indépendantes (d’après le résumé ; McCrae & Costa, 1989). Comme l’explique le guide MBTI et Big Five, le MBTI donne une seule lettre, E ou I : une personne qui penche légèrement vers l’extraversion et une autre qui penche légèrement vers l’introversion reçoivent des lettres différentes, alors que le Big Five lit les deux comme des scores moyens. La façon dont E et I se manifestent au quotidien est présentée dans E ou I.
Ce guide présente la façon dont l’introversion et l’extraversion se répartissent réellement, ce qu’est une personne ambivertie, ce qui distingue l’introversion de la timidité et de l’anxiété sociale, si les personnes extraverties sont vraiment plus heureuses, ce qu’ont montré les expériences où l’on demande d’agir de façon extravertie, et dans quelle mesure des idées reçues comme « les introvertis se ressourcent seuls » correspondent à la recherche. La différence entre hypersensibilité (HSP) et introversion fait l’objet du guide Hypersensibilité ou introversion ?. Le test Big Five de mind.io mesure l’extraversion avec six affirmations, comme « Je cherche les occasions de parler avec des gens que je ne connais pas encore » et « En groupe, j’ai tendance à rester en retrait plutôt qu’à mener la conversation ».
Pas deux groupes mais un continuum : la plupart des gens sont au milieu (ambivertis)
Les scores d’extraversion ne se séparent pas en un groupe d’introvertis et un groupe d’extravertis. Dans un article de 2013, Adam Grant, de la Wharton School, écrivait, en citant d’autres travaux, que dans la population mondiale les niveaux d’extraversion suivent en général une courbe en cloche, la plupart des gens se situant quelque part au milieu. Une personne « ambivertie » est une personne située au milieu du spectre de l’extraversion (Grant, 2013). L’étude sur la vente présentée plus bas a classé comme ambivertis les scores de 3,75 à 5,50 sur une échelle en 7 points (Grant, 2013).
Les scores du MBTI montrent la même chose. Une étude de 2002 qui a recalculé les scores MBTI d’environ 12 000 participants à des programmes de développement du leadership a montré que les anciens constats de scores répartis en deux pics venaient d’un réglage par défaut du logiciel de calcul ; avec davantage de points de quadrature, les scores des quatre échelles se concentraient nettement au centre (d’après le résumé ; Bess & Harvey, 2002). Des scores concentrés au centre signifient que beaucoup de gens se trouvent près de la frontière entre E et I, et ces personnes peuvent facilement obtenir une autre lettre en refaisant le test. Le guide Le MBTI est-il fiable ? y revient en détail.
Une étude a porté directement sur les personnes ambiverties, dans la vente. On suppose souvent que les extravertis font les meilleurs vendeurs, mais dans trois méta-analyses de 35 études portant sur plus de 3 800 commerciaux, citées par Grant, la corrélation moyenne entre extraversion et performance commerciale n’était que de 0,07, sans différence significative avec zéro. Grant a envoyé un questionnaire aux 807 salariés d’une entreprise américaine de centres d’appels sortants, a mesuré l’extraversion des 340 qui ont répondu et a suivi leur chiffre d’affaires pendant les 3 mois suivants, en tenant compte des heures travaillées et de l’ancienneté. La relation n’était pas linéaire mais en U inversé. Les salariés dont le score d’extraversion se situait entre 3,75 et 5,50 sur 7 rapportaient en moyenne 154,77 dollars de l’heure, plus que les salariés introvertis (120,10 dollars) et extravertis (125,19 dollars), et sur les 3 mois ils ont généré 24 % de chiffre d’affaires de plus que les introvertis et 32 % de plus que les extravertis (Grant, 2013).
Il s’agit toutefois d’une seule étude corrélationnelle, menée sur les salariés d’une seule entreprise, âgés en moyenne de 19,9 ans et à 71 % des hommes, suivis pendant 3 mois. L’extraversion était mesurée par une courte échelle de quatre items, et Grant lui-même notait que les échelles courtes sont moins fiables que les longues et qu’il faudrait vérifier avec des mesures plus complètes. L’ajout de la relation courbe expliquait 2 % de variance supplémentaire du chiffre d’affaires ; Grant ajoutait qu’un effet de cette taille peut compter pour les décisions d’embauche et d’orientation, et que ce type d’analyse peut le sous-estimer (Grant, 2013). Une méta-analyse de 1998 a par ailleurs relevé que la « potency » (l’ascendant), une sous-dimension de l’extraversion, était associée aux évaluations des commerciaux par leur supérieur (r = 0,28) et aux ventes mesurées objectivement (r = 0,26) (d’après le résumé ; Vinchur et al., 1998). « Les ambivertis vendent le mieux » est donc à lire comme un résultat intéressant à confirmer plutôt que comme un fait établi.
L’introversion, est-ce la timidité ou l’anxiété sociale ?
On prend souvent les personnes introverties pour des personnes timides, mais la recherche distingue les deux. Dans une étude de 1981, les psychologues Cheek et Buss ont construit des échelles distinctes pour la timidité, le sentiment d’inhibition et d’anxiété en société, et pour la sociabilité, le désir d’être avec les autres, l’une des composantes de l’extraversion. D’après un article de 2014 qui présente ces travaux, les deux notions ne sont pas interchangeables, et une personne timide n’est pas forcément peu sociable ; le même article indique que les deux traits sont modérément corrélés en sens inverse (Tang et al., 2014). Nous n’avons pas pu lire l’article original de Cheek et Buss : cette présentation suit l’article de 2014.
Cheek et Buss ont sélectionné des personnes plus ou moins timides et sociables et les ont fait interagir dans une situation sociale inhabituelle. Les personnes à la fois timides et sociables, qui veulent aller vers les autres tout en se sentant inhibées, montraient le plus de comportements anxieux, ce que les chercheurs attribuaient à un conflit entre approche et évitement (Tang et al., 2014). Quelqu’un qui aime les gens mais se crispe dans un cadre inconnu est donc peut-être timide plutôt qu’introverti.
Le trouble d’anxiété sociale est une autre affaire. Une méta-analyse de 2010 portant sur 175 études chez l’adulte a montré que les personnes ayant un diagnostic de phobie sociale (trouble d’anxiété sociale) avaient une extraversion nettement plus basse (d = −1,31). Mais tous les groupes diagnostiques analysés avaient un névrosisme élevé (d moyen = 1,65), et les écarts étaient plus grands dans les échantillons de patients que dans ceux de la population générale (d’après le résumé ; Kotov et al., 2010). Ce sont des comparaisons de moyennes de groupes : elles ne signifient pas que les personnes introverties ont un trouble d’anxiété sociale.
L’introversion est une direction d’un trait de personnalité que tout le monde possède ; le trouble d’anxiété sociale est un diagnostic posé quand la peur du jugement des autres, et l’évitement qu’elle entraîne, gênent la vie quotidienne. Si vous évitez les situations sociales parce qu’elles vous font peur et que cela vous complique la vie, le guide Anxiété sociale présente les critères et les endroits où trouver de l’aide. mind.io ne propose pas de test d’anxiété sociale.
Les personnes extraverties sont-elles plus heureuses ?
Le lien entre extraversion et bonheur a été rapporté à maintes reprises dans des méta-analyses (Kim et al., 2018). Une méta-analyse de 2008 portant sur plus de 50 études utilisant l’inventaire de personnalité NEO a estimé à r = 0,44 la corrélation entre extraversion et affects positifs (Steel et al., 2008). Une partie de ce recouvrement est toutefois inscrite dans la définition : l’une des facettes de l’extraversion est elle-même une tendance aux émotions positives (Kim et al., 2018). La satisfaction de vie, qui ne présente pas ce recouvrement, montre un lien plus faible : des méta-analyses ont rapporté des corrélations d’environ r = 0,25 à 0,35, et quand la satisfaction de vie était prédite à partir des cinq traits ensemble, le coefficient moyen de l’extraversion tombait à b = 0,17 (Kim et al., 2018, d’après Steel et al., 2008, et d’autres méta-analyses).
Ces chiffres proviennent surtout d’étudiants nord-américains, et quand une même personne évalue à la fois son extraversion et son bonheur, le lien peut être gonflé (Kim et al., 2018). Un article de 2018 a mené cinq études sur des échantillons d’étudiants et des échantillons représentatifs au niveau national au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et au Japon, en neutralisant statistiquement l’effet de la manière de répondre aux questionnaires. L’extraversion prédisait à elle seule la satisfaction de vie dans les trois échantillons nord-américains (b = 0,217 à 0,232), mais plus faiblement ou presque pas ailleurs : 0,153 au Japon (enquête nationale en ligne de 2012, 952 personnes), 0,126 au Royaume-Uni et 0,078 en Allemagne. L’estimation japonaise avait toutefois un intervalle de confiance large, qui recoupait les estimations nord-américaine et allemande, et les auteurs jugeaient qu’on ne pouvait pas en tirer de conclusion ferme. Les auteurs concluent que l’extraversion a un effet positif faible à modéré sur la satisfaction de vie (0,20), surtout dans les cultures nord-américaines (Kim et al., 2018).
En résumé, que les personnes extraverties rapportent en moyenne plus d’émotions positives est un résultat assez constant, mais le lien avec la satisfaction de vie est plus faible qu’on ne le pense souvent et varie selon les cultures. Et il s’agit d’une association, pas d’une cause : les études corrélationnelles ne permettent pas de savoir si l’extraversion fait se sentir bien, si se sentir bien pousse à agir de façon plus extravertie, ou si autre chose agit sur les deux. Une moyenne ne signifie pas non plus que les personnes introverties ont du mal à être heureuses. C’est pourquoi les chercheurs se sont tournés vers des expériences où l’on demande d’agir de façon extravertie.
Agir de façon extravertie améliore-t-il l’humeur ? Ce qu’ont montré les expériences
Dans une étude de 2002, les participants notaient leur comportement et leur humeur toutes les 3 heures pendant 2 semaines, et chaque personne se disait plus heureuse en agissant de façon extravertie qu’en agissant de façon introvertie. Une expérience du même article a retrouvé ce lien en manipulant l’extraversion (d’après le résumé ; Fleeson et al., 2002). Ces expériences demandaient en général d’agir de façon extravertie ou introvertie pendant une discussion de 10 minutes à deux ; agir de façon extravertie augmentait les affects positifs sans modifier les affects négatifs, et l’effet ne variait pas significativement selon la personnalité (selon la synthèse de Margolis & Lyubomirsky, 2020).
Deux expériences publiées en 2012 ont aussi montré que lorsque des personnes introverties agissaient de façon extravertie, à l’encontre de leur tempérament, les affects positifs augmentaient et les affects négatifs non. Ce sont plutôt les personnes extraverties à qui l’on demandait d’agir de façon introvertie dont la performance à une tâche cognitive baissait (d’après le résumé ; Zelenski et al., 2012). Pourquoi alors les personnes introverties agissent-elles moins souvent de façon extravertie ? Des études publiées en 2013 ont constaté qu’elles ont tendance à sous-estimer le plaisir qu’elles en tireraient et à surestimer les émotions négatives et la gêne d’être observées qu’elles ressentiraient (d’après le résumé ; Zelenski et al., 2013).
Mais de courtes expériences ne sont pas la vie quotidienne. En 2019, un essai contrôlé randomisé mené à Melbourne, en Australie, a réparti 147 personnes de 18 à 55 ans en deux groupes pendant une semaine. Le premier devait, dans ses interactions, agir « de façon audacieuse, bavarde, ouverte, active et affirmée, autant que possible », le second « de façon discrète, sensible, calme, modeste et silencieuse ». En moyenne, le groupe « extraverti » rapportait plus d’affects positifs et un sentiment plus fort d’être soi-même (authenticité) que l’autre groupe, sans différence significative pour les affects négatifs ou la fatigue. Mais plus les participants étaient introvertis, plus leur gain d’affects positifs était faible, et ils rapportaient davantage d’affects négatifs et de fatigue et moins d’authenticité. Chez les plus introvertis, les consignes n’augmentaient même pas le comportement extraverti (Jacques-Hamilton et al., 2019).
Les auteurs indiquaient que ces résultats, différents des précédents, devaient être interprétés avec prudence jusqu’à leur réplication, et que l’étude n’était pas assez grande pour tester ces différences individuelles avec une bonne puissance. Deux semaines après l’intervention, les deux groupes ne différaient plus significativement sur les mesures de bien-être. Les auteurs ajoutaient que leur but n’était pas de recommander d’agir de façon plus extravertie (Jacques-Hamilton et al., 2019).
D’autres études ont trouvé autre chose. Dans une étude de 2020, 131 étudiants d’une université de l’ouest des États-Unis ont passé une semaine à agir de façon « bavarde, affirmée et spontanée » et une semaine de façon « réfléchie, silencieuse et réservée ». Les affects positifs, le sentiment de lien et l’état de flow augmentaient pendant la semaine extravertie et baissaient pendant la semaine introvertie, et ces effets ne variaient pas significativement selon le niveau d’extraversion de départ. Sur une échelle de bonheur, en revanche, la différence entre les deux semaines n’était pas significative, les deux comportements avaient été présentés comme bénéfiques pour les étudiants, et il n’y avait pas de groupe de comparaison sans consigne (Margolis & Lyubomirsky, 2020). Dans trois études où les participants consacraient 15 minutes par jour pendant 5 jours à des comportements imposés, ceux qui agissaient de façon extravertie rapportaient sur le moment plus d’affects positifs que ceux qui adoptaient des comportements introvertis ou faisaient une tâche contrôle, sans indice solide que l’effet soit plus fort chez les personnes extraverties (d’après le résumé ; van Allen et al., 2021).
En résumé, se sentir mieux au moment où l’on agit de façon extravertie est un résultat retrouvé à maintes reprises. Savoir si passer toute une semaine à agir à rebours de son tempérament est bon pour les personnes très introverties n’est pas tranché : les résultats diffèrent d’une étude à l’autre, et les auteurs de l’étude de 2020 estimaient que des différences de méthode, ou de simples fluctuations d’échantillonnage, pouvaient expliquer l’écart (Margolis & Lyubomirsky, 2020).
Idées reçues à l’épreuve : se ressourcer dans la solitude, réfléchir plus profondément
L’idée que « les introvertis s’épuisent au contact des autres et se ressourcent seuls » s’est largement diffusée par des livres et des conférences grand public comme Quiet, de Susan Cain (2012 ; paru en français sous le titre La force des discrets). Un article de 2020 résumait que ces livres et conférences ont répandu l’idée qu’une minorité importante de gens trouvent les interactions sociales intenses épuisantes et ont besoin de moments de solitude pour récupérer, une idée qui a trouvé un large écho alors que les preuves scientifiques étaient minces (Leikas, 2020).
Dans une étude de 2017 où 48 personnes notaient leur comportement et leur humeur cinq fois par jour pendant 12 jours, agir de façon extravertie allait de pair sur le moment avec une meilleure humeur et moins de fatigue, mais avec plus de fatigue environ 3 heures plus tard. Ce lien ne variait pas significativement selon les traits de personnalité, et le nombre de personnes rencontrées entre-temps expliquait en partie le lien avec la fatigue ultérieure. Un comportement consciencieux était lui aussi suivi de plus de fatigue environ 3 heures plus tard (d’après le résumé ; Leikas & Ilmarinen, 2017). Une étude de suivi menée en 2020 auprès de 74 étudiants de l’université d’Helsinki a retrouvé une fatigue accrue 2 à 3 heures après un comportement sociable. L’article concluait que le comportement sociable semble lié à une fatigue passagère chez tout le monde, et pas seulement chez les introvertis, tout en soulignant qu’il est globalement associé à des résultats souhaitables. Il précisait aussi que ces études étaient trop petites pour vérifier correctement si ce lien varie selon la personnalité (Leikas, 2020).
La fatigue après avoir vu beaucoup de monde n’est donc peut-être pas propre aux introvertis. Cela dit, dans l’expérience d’une semaine de 2019, les participants plus introvertis qui agissaient de façon extravertie rapportaient davantage de fatigue (Jacques-Hamilton et al., 2019) : on ne peut donc pas affirmer que la personnalité ne joue aucun rôle. Quant au temps passé à l’écart, des expériences ont montré que la solitude tend à apaiser les émotions intenses, aussi bien l’excitation que la tension, et qu’une solitude choisie peut apporter détente et baisse du stress. Ces résultats n’ont pas été rapportés en lien avec l’introversion (d’après le résumé ; Nguyen et al., 2018).
On entend aussi que « les introvertis réfléchissent plus profondément ». Dans le Big Five, pourtant, la curiosité pour les idées (curiosité intellectuelle) ne se mesure pas par l’extraversion mais par un trait distinct, l’ouverture (Soto & John, 2017). Aucune des études sur lesquelles s’appuie ce guide n’a comparé directement l’introversion et la profondeur de réflexion.
Le livre de Cain est aussi présenté comme soutenant que la culture occidentale a un parti pris en faveur de l’extraversion (Grant, 2013). Dans l’étude interculturelle de 2018, le lien entre extraversion et satisfaction de vie était le plus net en Amérique du Nord ; l’écart ne séparait pas pays occidentaux et non occidentaux, mais l’Amérique du Nord du reste des pays étudiés, Royaume-Uni et Allemagne compris, et les auteurs y voyaient le signe que la culture peut moduler cette relation (Kim et al., 2018). Le livre est aussi cité comme exemple de l’idée que pousser les personnes introverties à agir de façon extravertie pourrait leur nuire (Jacques-Hamilton et al., 2019) ; comme on l’a vu, les expériences courtes n’ont pas trouvé ce coût, un essai d’une semaine en a trouvé chez les personnes très introverties, et une autre étude d’une semaine n’a pas trouvé de différence significative selon la personnalité (Margolis & Lyubomirsky, 2020). Nous n’avons pas lu le livre lui-même : cette section suit la façon dont les articles de recherche le présentent.
Ce que l’on peut retenir de la recherche
D’abord, essayez de remplacer la question « ma personnalité est-elle introvertie ou extravertie ? » par « où suis-je sur le continuum de l’extraversion ? ». La plupart des gens se situent quelque part au milieu (Grant, 2013), et des études d’échantillonnage d’expériences montrent qu’au quotidien on parcourt toute l’étendue de chaque trait (synthèse de Leikas & Ilmarinen, 2017, d’après le résumé). Le test Big Five donne votre extraversion sous forme de score, et le test MBTI indique si votre préférence penche vers E ou vers I. Si votre score d’extraversion est moyen, lisez aussi la zone moyenne du profil Extraversion.
Si vous voulez essayer d’agir de façon plus extravertie, vous pouvez commencer petit. Dans de courtes expériences, le comportement extraverti améliorait l’humeur sur le moment, et les personnes introverties avaient tendance à sous-estimer le plaisir qu’elles en tireraient (Zelenski et al., 2013). Les auteurs de 2019 suggéraient qu’une version moins intense, par exemple quelques interactions par jour plutôt que « autant que possible », pourrait mieux convenir aux personnes introverties ; cette suggestion n’a pas été testée (Jacques-Hamilton et al., 2019). Comme passer toute une semaine à agir à rebours de son tempérament peut peser sur les personnes très introverties, vous pouvez arrêter si cela ne vous convient pas.
Comme la fatigue peut augmenter quelques heures après des moments sociables (Leikas, 2020), vous pouvez garder du temps libre après une journée chargée en présentations ou en réunions ; ce conseil lui-même n’a pas été testé. Même dans la vente, où l’on suppose souvent que les extravertis ont l’avantage, la corrélation moyenne entre extraversion et résultats était faible, et l’étude sur les ambivertis porte sur une seule entreprise (Grant, 2013). Si, dans un couple ou une équipe, on se heurte sur la quantité de paroles ou la façon de se reposer, les conseils de E ou I peuvent aider.
Si vous évitez les autres par peur plutôt que par préférence, ou si le temps passé à l’écart ressemble à de la solitude subie plutôt qu’à du repos, il est peut-être temps de regarder au-delà de la personnalité. Si la peur du jugement bloque votre quotidien, consultez le guide Anxiété sociale ; si la solitude dure depuis longtemps, le guide Solitude ; et si l’humeur reste basse et que plus rien ne fait plaisir, le guide Symptômes de la dépression.
Questions fréquentes
Q. Comment distinguer une personne introvertie d’une personne extravertie ? Les ambivertis forment-ils un type à part ? R. La recherche sur la personnalité traite l’extraversion comme un score continu, la plupart des gens se situant quelque part au milieu (Grant, 2013). « Ambivertie » désigne une personne située dans ce milieu. Les scores du MBTI, eux aussi, se concentrent au centre plutôt que de se séparer en deux groupes (Bess & Harvey, 2002).
Q. Les personnes extraverties sont-elles plus heureuses ? R. En moyenne, l’extraversion est liée aux affects positifs (r = 0,44 ; Steel et al., 2008). Son lien avec la satisfaction de vie est faible à modéré, et il était plus faible dans les échantillons britannique, japonais et allemand que dans les échantillons nord-américains (Kim et al., 2018). C’est une association, pas la preuve que l’extraversion cause le bonheur.
Q. Agir de façon extravertie apporte-t-il plus de bonheur aux personnes introverties ? R. Dans de courtes expériences, les personnes introverties aussi ressentaient plus d’émotions positives en agissant de façon extravertie (Zelenski et al., 2012). Dans un essai contrôlé randomisé d’une semaine, cela aidait en moyenne, mais les personnes plus introverties rapportaient davantage d’émotions négatives et de fatigue (Jacques-Hamilton et al., 2019), alors qu’une autre étude d’une semaine ne trouvait pas de différence significative selon la personnalité (Margolis & Lyubomirsky, 2020). La question n’est pas tranchée.
Q. L’introversion, est-ce de la timidité ? R. Ce n’est pas la même chose. La timidité et la sociabilité, l’une des composantes de l’extraversion, sont des traits distincts, et une personne timide n’est pas forcément peu sociable (Tang et al., 2014). Si la peur du jugement vous fait éviter les autres, consultez le guide Anxiété sociale.
Q. Voir du monde m’épuise. Est-ce lié à l’introversion ? R. Pas forcément. Les gens étaient plus fatigués quelques heures après un comportement sociable, sans différence significative selon la personnalité (Leikas & Ilmarinen, 2017 ; Leikas, 2020), même si ces études étaient trop petites pour bien tester les différences de personnalité. Si le repos ne soulage pas l’épuisement, voyez aussi le guide Se remettre d’un burn-out.
Q. Voir du monde est si dur que je m’isole, et maintenant plus rien n’a de sens et j’ai envie de disparaître. R. Ne gardez pas ces pensées pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Si l’humeur reste basse longtemps, voyez aussi le guide Symptômes de la dépression, et si la solitude dure, le guide Solitude.
Références : Soto, C. J., & John, O. P. (2017), The next Big Five Inventory (BFI-2): developing and assessing a hierarchical model with 15 facets to enhance bandwidth, fidelity, and predictive power, Journal of Personality and Social Psychology 113(1), 117-143, https://doi.org/10.1037/pspp0000096 ; Lucas, R. E., Diener, E., Grob, A., Suh, E. M., & Shao, L. (2000), Cross-cultural evidence for the fundamental features of extraversion, Journal of Personality and Social Psychology 79(3), 452-468, https://doi.org/10.1037/0022-3514.79.3.452 ; Ashton, M. C., Lee, K., & Paunonen, S. V. (2002), What is the central feature of extraversion? Social attention versus reward sensitivity, Journal of Personality and Social Psychology 83(1), 245-252, https://doi.org/10.1037/0022-3514.83.1.245 ; McCrae, R. R., & Costa, P. T. 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Vous n’avez pas à garder cela pour vous
Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
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Tests et guides à découvrir ensuite
Test de personnalité Big Five
Découvrez votre extraversion sous forme de score plutôt que d’étiquette, avec les quatre autres traits.
Faire le test MBTI
Voyez de quel côté penche votre préférence E–I, et si elle est proche du moitié-moitié.
Hypersensibilité ou introversion ?
Ce qui distingue l’hypersensibilité (HSP) de l’introversion, et comment les différencier.