Guide relationnel
La théorie triangulaire de l’amour de Sternberg : intimité, passion, engagement et huit formes d’amour
La théorie triangulaire de Sternberg : intimité, passion, engagement, huit formes d’amour, leur mesure, leur évolution et ce qu’en dit la recherche.
Ce que dit la théorie triangulaire de l’amour : intimité, passion et engagement
La théorie triangulaire de l’amour a été proposée par le psychologue américain Robert J. Sternberg dans un article de 1986. Elle décompose l’amour en trois composantes. L’intimité, c’est le sentiment de proximité, de lien et d’attachement dans une relation amoureuse. La passion, ce sont les élans qui mènent à la romance, à l’attirance physique et à l’union sexuelle. La décision/engagement, c’est à court terme la décision d’aimer quelqu’un et, à long terme, l’engagement à entretenir cet amour (Sternberg, 1986). Les trois occupent les sommets d’un triangle, d’où le nom de « triangle de l’amour ». Ce guide abrège décision/engagement en engagement.
Sternberg distingue la taille et la forme du triangle. La force des trois composantes fixe la quantité d’amour, c’est-à-dire l’aire du triangle ; leur équilibre fixe le type d’amour, c’est-à-dire sa forme. Quand les trois sont à peu près égales, le triangle est presque équilatéral ; quand la passion ou l’engagement domine, il penche d’un côté. Sternberg précise aussi que le triangle n’est qu’une image grossière des nuances de l’amour (Sternberg, 1986).
Les composantes ne se comportent pas non plus de la même façon. Pour Sternberg, l’intimité forme un noyau commun à l’amour que l’on porte à sa mère, à son père, à ses frères et sœurs, à ses amitiés les plus proches ou à la personne aimée, alors que la passion et l’engagement apparaissent de façon beaucoup plus sélective selon la relation. Les besoins sexuels peuvent dominer la passion, mais d’autres besoins, comme l’estime de soi, le besoin de prendre soin, d’appartenir ou de se réaliser, peuvent aussi la nourrir. Enfin, l’intimité se contrôle mal et la passion plus mal encore, alors que l’engagement dépend beaucoup de soi. Et dans les hauts et les bas d’une relation, il peut y avoir des moments où l’engagement est presque seul à la faire tenir (Sternberg, 1986). Ce guide présente la théorie et ce que la recherche en a confirmé depuis.
Les huit formes d’amour, de l’amitié à l’amour accompli
En croisant la présence ou l’absence de chaque composante, on obtient huit combinaisons. Sternberg les présente comme huit formes d’amour, en précisant que chacune est un cas limite, où les composantes sont soit pleinement là, soit absentes. Dans une vraie relation, les composantes sont une question de degré, pas de oui ou de non, si bien que la plupart des relations se situent quelque part entre les catégories (Sternberg, 1986).
D’abord les formes à une seule composante, ou à aucune. L’absence d’amour (nonlove), c’est l’absence des trois, le cas de la plupart des échanges ordinaires du quotidien. L’amitié (liking), c’est l’intimité seule : la proximité et la chaleur d’une vraie amitié. Sternberg propose un « test de l’absence » pour distinguer l’amitié de quelque chose de plus. Quand une personne amie s’éloigne longtemps, elle manque, mais l’esprit ne s’attarde pas sur son absence ; quand la relation va au-delà, on ne cesse d’y penser. L’engouement (infatuated love), c’est la passion seule, le coup de foudre. Il peut naître presque instantanément et disparaître aussi vite, et l’entourage le remarque souvent avant la personne qui le vit. L’amour vide (empty love), c’est l’engagement seul, comme dans une longue relation qui a perdu la complicité émotionnelle et l’attirance physique. Mais dans les sociétés où les mariages sont arrangés, une relation peut commencer par l’engagement : l’amour vide peut alors être un début plutôt qu’une fin (Sternberg, 1986).
Trois formes réunissent deux composantes. L’amour romantique associe l’intimité et la passion : l’amitié à laquelle s’ajoute l’attirance physique, proche de l’amour de Roméo et Juliette. L’amour compagnon (companionate love) associe l’intimité et l’engagement : une amitié engagée et durable, fréquente dans les mariages où l’attirance physique s’est apaisée. L’amour illusoire (fatuous love) associe la passion et l’engagement sans l’intimité : la relation éclair où l’on se fiance deux semaines après la rencontre et où l’on se marie le mois suivant. La passion peut naître presque tout de suite, l’intimité non, et Sternberg voyait donc ces relations comme exposées à la rupture (Sternberg, 1986).
Quand les trois sont réunies, c’est l’amour accompli (consummate love). Beaucoup de gens y aspirent, surtout dans le couple, mais Sternberg le compare à un objectif de perte de poids : l’atteindre est souvent plus facile que le maintenir, et y parvenir ne garantit pas qu’il durera (Sternberg, 1986). Les huit formes sont donc moins un classement des relations qu’une carte pour nommer les composantes fortes et faibles du moment. Dans la théorie même, l’amour vide peut être un point de départ, et l’amour compagnon est décrit comme une forme courante des mariages où l’attirance physique s’est apaisée.
Comment mesurer le triangle, et les limites de l’échelle
La recherche utilise souvent l’échelle triangulaire de l’amour de Sternberg (Triangular Love Scale, TLS). Elle mesure l’intimité, la passion et l’engagement avec 15 items chacun, soit 45 au total, notés de 1 (pas du tout) à 9 (extrêmement) (Sorokowski et al., 2021). Sternberg l’a mise à l’épreuve dans deux études en 1997 et a conclu que les données soutenaient son utilité de façon générale, mais pas complètement (Sternberg, 1997).
Le problème que les études suivantes ont le plus souvent soulevé, c’est que les trois composantes se séparent mal. Dans une étude auprès de 90 personnes étudiantes en couple, l’échelle avait une cohérence interne et une fidélité test-retest à deux semaines satisfaisantes, et les hypothèses sur sa validité concurrente étaient confirmées, mais ses sous-échelles étaient très liées entre elles (Chojnacki & Walsh, 1990). Dans une autre, les items se rangeaient sur les facteurs prévus, mais l’ajustement du modèle était mauvais, les trois facteurs très corrélés et de nombreux items chargeaient sur plus d’un facteur ; les sous-échelles avaient pourtant une cohérence interne très élevée et une fidélité test-retest à deux mois correcte (Whitley, 1993). Une étude qui comparait cinq questionnaires sur l’amour et l’attachement chez 391 personnes étudiantes non mariées n’a pas non plus retrouvé les trois blocs attendus, d’après la synthèse d’un article de 2021 (Hendrick & Hendrick, 1989 ; Sorokowski et al., 2021). Une étude auprès de 204 adultes appelait à des mesures plus solides et à des échantillons d’adultes hors université (Acker & Davis, 1992), et lors de l’adaptation japonaise, plusieurs items chargeaient encore sur plus d’un facteur : les trois facteurs ont été confirmés avec les 27 items restants une fois ceux-là retirés (Kanemasa & Daibo, 2003).
Certaines études ont bien séparé les composantes. Avec de nouveaux items, une étude auprès de 233 jeunes en couple (123 femmes et 110 hommes) et une autre auprès de 213 personnes mariées ont trouvé trois facteurs distincts (Lemieux & Hale, 1999, 2000). L’étude sur les personnes mariées utilisait toutefois une rotation (varimax) qui suppose des facteurs non corrélés : cette séparation des facteurs ne se compare pas directement aux corrélations entre facteurs citées plus bas (Lemieux & Hale, 2000). Le test le plus vaste a réuni 11 422 personnes de 45 pays et analysé les 7 332 qui étaient en couple, dans 25 pays comptant au moins 150 de ces personnes. Il a confirmé la structure à trois facteurs et l’invariance de mesure, c’est-à-dire que l’échelle fonctionnait de la même façon d’un pays à l’autre et chez les femmes comme chez les hommes. La Corée a participé, mais n’a pas atteint 150 personnes et ne figure pas dans l’analyse finale (Sorokowski et al., 2021). Une nouvelle analyse des mêmes données a pourtant trouvé des corrélations toujours élevées entre les trois facteurs, de 0,75 à 0,81 (Kowal et al., 2024). L’équipe de 2021 avance que les trois composantes vont ensemble dans la plupart des relations amoureuses, et qu’au début d’une relation on idéalise souvent l’autre au point d’approuver fortement toutes les affirmations positives (Sorokowski et al., 2021).
L’échelle étant longue, les études en ont aussi utilisé chacune leur propre version réduite. Sur 232 études de 1997 à 2021 qui s’en servaient, 83 seulement (36 %) employaient les 45 items d’origine, et 145 (64 %) des versions modifiées, le plus souvent raccourcies. D’où une version courte de 15 items (TLS-15), cinq par composante et notés sur 5 points, dont la fidélité et la validité ont tenu dans les données de 60 311 personnes de 156 pays, en 37 langues. Ces langues comprennent le coréen, le japonais et le français, et l’invariance entre langues a été établie sous une forme partielle, deux items par sous-échelle pouvant varier d’une langue à l’autre (Kowal et al., 2024). Une étude utilisant une version courte auprès de 2 791 personnes de 12 à 88 ans a aussi confirmé les trois facteurs chez les adolescents comme chez les adultes (Sumter et al., 2013).
mind.io n’a pas de test qui mesure le triangle avec cette échelle. Le test des styles d’amour est un petit bilan sur les six styles d’amour de John Alan Lee, pas sur les composantes de Sternberg. Les petits quiz en ligne intitulés « test du triangle de l’amour » peuvent différer de l’échelle étudiée ici par leurs items et leur notation : vérifiez d’abord leur source et leur nombre d’items.
Comment l’intimité, la passion et l’engagement évoluent avec le temps
Pour Sternberg, les trois composantes suivent des courbes différentes au fil du temps. Selon ce schéma, la passion monte vite quand on rencontre une personne qui attire, atteint assez tôt un sommet, puis s’émousse et se stabilise. L’intimité, à mesure que deux personnes se connaissent, réserve moins de surprises : l’émotion ressentie s’estompe ; dans une relation qui va bien, ce n’est pas parce que le lien s’affaiblit, mais parce qu’il s’est approfondi, ce qui laisse une « intimité latente » qui ne se voit pas. Une courte séparation ou un voyage qui bouscule la routine peut la faire ressurgir. L’engagement, dans une relation qui va bien, croît lentement, puis plus vite, puis se stabilise selon une courbe en S, et redescend si la relation s’essouffle (Sternberg, 1986).
Les recherches rejoignent ce tableau dans les grandes lignes, mais pas dans tous les détails. Dans une étude auprès de 204 adultes, l’engagement était plus élevé chez les personnes mariées, comme prévu, mais la baisse attendue de la passion avec le temps n’apparaissait que chez les femmes, et l’intimité ne diminuait généralement pas dans les relations plus longues (Acker & Davis, 1992). En regroupant les deux échantillons vus plus haut (233 jeunes en couple et 213 personnes mariées, soit 446 personnes) par étape, relations occasionnelles, relations exclusives, fiançailles et mariage, une étude a trouvé moins d’intimité et de passion et plus d’engagement à mesure que la relation durait. Par étape, l’intimité et la passion étaient les plus basses dans les relations occasionnelles, plus hautes chez les personnes fiancées et de nouveau plus basses chez les personnes mariées, tandis que l’engagement augmentait à chaque étape (Lemieux & Hale, 2002). Dans une enquête en ligne auprès de 16 030 personnes, la passion était plus faible et l’engagement plus fort dans les relations plus longues, et les personnes plus âgées avaient moins de passion et plus d’intimité et d’engagement (Ahmetoglu et al., 2010).
Quand la même étude multinationale a comparé les durées de relation (cette analyse incluait aussi les participants des pays comptant moins de 150 personnes en couple), la passion était la plus forte dans les couples ensemble depuis le moins longtemps et la plus faible dans ceux ensemble depuis le plus longtemps, et l’engagement était plus bas chez les personnes en couple depuis un an au plus que dans tous les autres groupes de durée. L’intimité était la plus basse la première année, un peu plus haute jusqu’à trois à six ans, puis de nouveau plus basse dans les relations plus longues. L’équipe a toutefois souligné que ces écarts, statistiquement significatifs, étaient faibles (Sorokowski et al., 2021). Selon l’âge, les adolescents de 12 à 17 ans déclaraient moins des trois composantes que les adultes de 18 à 30 ans, et les personnes de 50 ans et plus moins de passion et d’intimité, mais autant d’engagement que les jeunes adultes et les adultes d’âge moyen (Sumter et al., 2013).
Avant d’en conclure que « la passion finit toujours par s’éteindre », gardez en tête la nature de ces études. La plupart comparent des personnes différentes à un même moment, sans suivre les mêmes personnes. L’équipe de l’étude multinationale prévient elle-même que des relations courtes, pauvres en intimité et en engagement, ont pu se terminer avant d’être interrogées, et que des couples de longue date faibles sur les trois composantes ont pu refuser de participer : il ne faut pas surinterpréter les résultats (Sorokowski et al., 2021). Dans une étude par journal de bord de 14 jours auprès de 75 couples, la passion était plus forte les jours où l’intimité de l’une ou l’autre personne augmentait, mais les variations de la passion prédisaient aussi l’intimité, si bien qu’on ne pouvait pas dire laquelle venait en premier (Aykutoğlu & Uysal, 2017). En moyenne, les couples ensemble depuis longtemps déclarent moins de passion, mais dans l’étude par journal de bord, la passion montait et descendait au jour le jour avec l’intimité.
Quelles composantes vont de pair avec une relation plus satisfaisante ?
Les trois composantes ont tendance à évoluer avec la satisfaction dans la relation. Dans une étude auprès de 233 jeunes en couple et une autre auprès de 213 personnes mariées, l’intimité, la passion et l’engagement étaient chacun liés de façon significative à la satisfaction, et dans les analyses de régression, chacun la prédisait (Lemieux & Hale, 1999, 2000). Les écarts entre femmes et hommes y allaient dans des sens différents : chez les jeunes, les femmes avaient plus d’intimité et d’engagement, alors que chez les personnes mariées, les hommes avaient plus d’intimité (Lemieux & Hale, 1999, 2000). L’étude des 12-88 ans trouvait elle aussi des écarts entre les sexes sur les trois composantes plus faibles qu’on ne le dit souvent (Sumter et al., 2013).
Quelle composante compte le plus ? La réponse varie. Dans l’étude des 204 adultes, l’engagement était le prédicteur le plus fort et le plus constant de la satisfaction, surtout dans les relations les plus longues (Acker & Davis, 1992). Dans une étude qui a suivi des relations pendant deux mois, les trois sous-échelles étaient liées au caractère exclusif de la relation et à sa survie au bout des deux mois, mais seuls l’engagement et la passion étaient liés à l’attente que la relation dure (Whitley, 1993). À l’inverse, une étude auprès de 1 102 personnes au Brésil, réparties par étape, de l’amour non partagé au mariage, a trouvé que la passion et l’intimité pesaient plus sur la satisfaction aux étapes avancées, et l’engagement moins (Cassepp-Borges et al., 2025).
La personnalité entre aussi en jeu. Dans l’étude des 16 030 personnes, l’agréabilité allait de pair avec plus des trois composantes, et le caractère consciencieux avec plus d’intimité et d’engagement (Ahmetoglu et al., 2010). La plupart de ces résultats restent cependant des corrélations mesurées à un seul moment. Ils ne montrent ni que l’engagement crée la satisfaction ni que la satisfaction entraîne l’engagement, et la « composante la plus importante » change selon l’échantillon, l’étape de la relation et l’échelle utilisée. Ces travaux ne désignent pas une bonne composante : pour réfléchir à votre propre relation, servez-vous-en seulement comme point de départ pour parler de la composante qui vous semble la plus faible.
Triangle idéal, triangle réel et les triangles de deux personnes
L’une des idées les plus intéressantes de la théorie, c’est qu’une même relation contient plusieurs triangles. Il y a celui de ce que vous ressentez pour l’autre, et un triangle distinct, l’idéal que vous avez pour cette relation. Cet idéal vient des relations passées et d’attentes qui peuvent être réalistes ou non. Quand le triangle réel est partout plus petit que l’idéal, Sternberg parle de sous-implication ; quand il est plus grand, de surimplication ; et quand les formes divergent, par exemple moins d’intimité et de passion qu’on ne le voudrait mais plus d’engagement, de mauvaise implication. On peut aussi regarder à quel point les triangles des deux personnes se recouvrent, et si le triangle que vous ressentez correspond à celui que l’autre perçoit chez vous (Sternberg, 1986).
À l’appui, l’article cite une étude de 1985 auprès de 24 couples (48 personnes) d’étudiants de premier et de deuxième cycle à Yale. Chaque personne ne remplissait pas une échelle triangulaire, mais les échelles d’amour et d’affection de Rubin et l’échelle d’implication de Levinger, de quatre façons : ce qu’elle ressentait pour l’autre, ce qu’elle pensait que l’autre ressentait pour elle, ce qu’elle voudrait ressentir pour un « autre idéal » et ce qu’elle voudrait que cet autre idéal ressente pour elle. Le meilleur prédicteur de la satisfaction était l’écart entre ce que l’autre semblait ressentir pour soi et ce que ressentirait l’autre idéal : plus les deux étaient proches, plus la satisfaction était grande. Les écarts fondés sur les sentiments perçus de l’autre étaient plus liés à la satisfaction que ceux fondés sur ce que l’autre déclarait réellement (corrélations médianes de 0,66 contre 0,34), et l’autre idéal était en moyenne mieux noté que l’autre réel. Ces résultats suivent la synthèse qu’en donne l’article de Sternberg de 1986 (Sternberg & Barnes, 1985 ; Sternberg, 1986).
L’échantillon était toutefois petit, 24 couples, et l’étude ne mesurait pas directement les trois composantes. Dans nos recherches, nous n’avons pas trouvé d’étude plus vaste qui ait revérifié l’écart entre triangle réel et triangle idéal avec une échelle triangulaire. Le message pratique reste clair. Pour Sternberg, l’une des grandes raisons pour lesquelles l’autre perçoit votre triangle autrement, c’est que l’amour n’est pas assez exprimé en actes. Sternberg ajoute donc un « triangle de l’action » : confier ce qu’on ressent, veiller au bien-être de l’autre, partager son temps, ses biens et soi-même, montrer de l’empathie et apporter un soutien affectif et matériel expriment l’intimité ; s’embrasser, s’enlacer, se regarder, se toucher et faire l’amour expriment la passion ; promettre, rester fidèle, tenir bon dans les moments difficiles, se fiancer et se marier expriment l’engagement (Sternberg, 1986).
S’en servir pour ouvrir la conversation est simple. Pour l’intimité, la passion et l’engagement, notez un chiffre de 0 à 10 pour « maintenant » et pour « ce que je voudrais », et si l’autre personne le souhaite, elle peut faire de même de son côté avant de mettre les deux côte à côte. Parlez ensuite de la composante où l’écart est le plus grand et des gestes qui la feraient passer entre vous. Ce n’est pas une échelle validée, mais un point de départ emprunté au schéma de Sternberg : n’utilisez pas les chiffres pour juger la relation ni pour noter l’autre. Deux schémas différents ne prouvent pas un échec ; ils donnent de quoi parler. Si l’autre vous fait peur ou vous presse de donner des notes, la sécurité passe avant cet exercice. Danger immédiat : 17 ou 112 · 3919 (Violences Femmes Info), gratuit et anonyme, 24 h/24.
Ce qui la distingue des styles d’amour, de l’attachement et des langages de l’amour
La théorie triangulaire regarde l’amour sous l’angle de « ce que contient cette relation, et en quelle quantité », alors que les six styles d’amour de John Alan Lee portent sur « l’attitude avec laquelle on aborde l’amour ». En comparant les deux dans son article de 1986, Sternberg voyait Éros comme assez proche de l’engouement, Mania comme un engouement qui a perdu toute mesure, et Storgè comme très proche de l’amour compagnon. Ludus, en revanche, n’était pas à ses yeux une forme d’amour, mais une façon d’entrer en relation possible dans n’importe quel amour ; Pragma, une manière pratique de chercher quelqu’un plutôt qu’une forme d’amour ; et Agapè, un trait qui accompagne l’amour des personnes de tempérament altruiste. Sternberg ajoutait que les deux théories n’avaient jamais été confrontées directement, si bien que la question de la plus valide restait ouverte (Sternberg, 1986).
Dans les données, les deux cadres se rejoignent. Dans deux études auprès de couples non mariés, plus d’Éros et d’Agapè allait de pair avec plus d’intimité, de passion, d’engagement et de satisfaction, Ludus allait dans l’autre sens, et Mania était lié positivement à la passion. Dans ces mêmes études, l’attachement sécure prédisait des caractéristiques favorables de la relation, et l’attachement évitant ou anxieux-ambivalent des caractéristiques défavorables (Levy & Davis, 1988). Votre attitude envers l’amour se regarde avec le test des styles d’amour, et l’anxiété ou la distance qui reviennent dans vos relations avec le test de style d’attachement et le guide styles d’attachement en amour.
Les langages de l’amour demandent par quels gestes on se sent le plus aimé, ce qui rejoint le triangle de l’action de Sternberg. Ce n’est pas le même cadre pour autant : les langages de l’amour classent cinq manières d’exprimer l’amour, le triangle de l’action classe les gestes qui expriment chacune des trois composantes. Aucune de ces théories ne remplace les autres. Le triangle montre ce que contient une relation aujourd’hui, les styles d’amour l’attitude envers l’amour, l’attachement l’anxiété et l’évitement face à la proximité, et les langages de l’amour les façons de l’exprimer : ensemble, elles comblent ce que chacune laisse de côté.
Questions fréquentes sur la théorie triangulaire de l’amour
Q. L’amour accompli est-il la meilleure forme d’amour dans la théorie triangulaire ? R. Sternberg y voyait l’amour auquel beaucoup aspirent, mais notait qu’il est souvent plus facile de l’atteindre que de le maintenir, et que l’atteindre ne garantit pas qu’il durera (Sternberg, 1986). Les huit formes sont des cas limites, et la plupart des relations réelles se situent entre elles. Regarder comment l’équilibre des trois composantes évolue est plus fidèle à la théorie que chercher dans quelle case on se trouve.
Q. La passion des débuts finit-elle toujours par s’éteindre ? R. Dans l’étude multinationale, les couples ensemble depuis plus longtemps déclaraient moins de passion, mais les écarts étaient faibles et venaient de la comparaison de couples différents à un même moment (Sorokowski et al., 2021). Dans l’étude des 204 adultes, la baisse de la passion n’apparaissait que chez les femmes (Acker & Davis, 1992), et dans l’étude par journal de bord des 75 couples, la passion était plus forte les jours où l’intimité augmentait (Aykutoğlu & Uysal, 2017). Une tendance moyenne ne décide pas de l’avenir d’un couple.
Q. Faut-il mettre fin à une relation où il ne reste que l’engagement ? R. La théorie seule ne permet pas de le dire. Pour Sternberg, l’amour vide peut apparaître à la fin d’une longue relation, mais aussi au début, comme dans les mariages arrangés, et dans les hauts et les bas l’engagement peut être presque seul à faire tenir une relation (Sternberg, 1986). S’engager ne veut pas dire tout supporter pour autant. Si l’autre vous fait peur, ou contrôle qui vous voyez et où vous allez, c’est une question de sécurité, pas d’équilibre amoureux. Danger immédiat : 17 ou 112 · 3919 (Violences Femmes Info), gratuit et anonyme, 24 h/24. Le guide lien traumatique et emprise indique où trouver de l’aide.
Q. Un test du triangle de l’amour est-il fiable ? R. L’échelle de recherche à 45 items a montré une structure à trois facteurs et une invariance de mesure dans 25 pays, mais plusieurs travaux relèvent que les trois composantes sont très corrélées et se séparent mal (Sorokowski et al., 2021 ; Kowal et al., 2024). Les petits tests en ligne peuvent en différer par leurs items et leur notation : ne prenez pas leur résultat pour un verdict sur votre relation. mind.io n’a pas de test fondé sur cette échelle.
Q. Le triangle de l’amour et les six styles d’amour, est-ce la même chose ? R. Non. La théorie triangulaire regarde la part d’intimité, de passion et d’engagement dans une relation ; celle de Lee, l’attitude envers l’amour. Sternberg voyait Storgè comme proche de l’amour compagnon, mais Ludus et Pragma comme n’étant pas des formes d’amour (Sternberg, 1986). La théorie de Lee fait l’objet du guide les six styles d’amour.
Q. Si nos deux triangles n’ont pas la même forme, notre couple est-il mal assorti ? R. Les données sont trop minces pour en juger. Sternberg associait un plus grand recouvrement des triangles à plus de satisfaction, mais l’étude de 1985 citée à l’appui portait sur 24 couples, et les sentiments tels que chaque personne les percevait étaient plus liés à la satisfaction que les sentiments réels de l’autre (Sternberg & Barnes, 1985 ; Sternberg, 1986). Si vos formes diffèrent, parlez de la composante que chacune des deux personnes voudrait voir grandir et des gestes qui la feraient passer.
Références : Sternberg, R. J., & Barnes, M. L. (1985), Real and ideal others in romantic relationships: is four a crowd?, Journal of Personality and Social Psychology 49(6), 1586-1608, https://doi.org/10.1037/0022-3514.49.6.1586 ; Sternberg, R. J. (1986), A triangular theory of love, Psychological Review 93(2), 119-135, https://doi.org/10.1037/0033-295X.93.2.119 ; Levy, M. B., & Davis, K. E. (1988), Lovestyles and attachment styles compared: their relations to each other and to various relationship characteristics, Journal of Social and Personal Relationships 5(4), 439-471, https://doi.org/10.1177/0265407588054004 ; Hendrick, C., & Hendrick, S. S. (1989), Research on love: does it measure up?, Journal of Personality and Social Psychology 56(5), 784-794, https://doi.org/10.1037/0022-3514.56.5.784 ; Chojnacki, J. T., & Walsh, W. B. (1990), Reliability and concurrent validity of the Sternberg Triangular Love Scale, Psychological Reports 67(1), 219-224, https://doi.org/10.2466/pr0.1990.67.1.219 ; Acker, M., & Davis, M. H. (1992), Intimacy, passion and commitment in adult romantic relationships: a test of the triangular theory of love, Journal of Social and Personal Relationships 9(1), 21-50, https://doi.org/10.1177/0265407592091002 ; Whitley, B. E. (1993), Reliability and aspects of the construct validity of Sternberg’s Triangular Love Scale, Journal of Social and Personal Relationships 10(3), 475-480, https://doi.org/10.1177/0265407593103013 ; Sternberg, R. J. (1997), Construct validation of a triangular love scale, European Journal of Social Psychology 27(3), 313-335, https://doi.org/10.1002/(SICI)1099-0992(199705)27:3<313::AID-EJSP824>3.0.CO;2-4 ; Lemieux, R., & Hale, J. L. (1999), Intimacy, passion, and commitment in young romantic relationships: successfully measuring the triangular theory of love, Psychological Reports 85(2), 497-503, https://doi.org/10.2466/pr0.1999.85.2.497 ; Lemieux, R., & Hale, J. L. (2000), Intimacy, passion, and commitment among married individuals: further testing of the triangular theory of love, Psychological Reports 87(3), 941-948, https://doi.org/10.2466/pr0.2000.87.3.941 ; Lemieux, R., & Hale, J. L. (2002), Cross-sectional analysis of intimacy, passion, and commitment: testing the assumptions of the triangular theory of love, Psychological Reports 90(3), 1009-1014, https://doi.org/10.2466/pr0.2002.90.3.1009 ; Kanemasa, Y., & Daibo, I. (2003), Three components in the triangular theory of love and intimate opposite-sex relationships [in Japanese], Japanese Journal of Research on Emotions 10(1), 11-24, https://doi.org/10.4092/jsre.10.11 ; Ahmetoglu, G., Swami, V., & Chamorro-Premuzic, T. (2010), The relationship between dimensions of love, personality, and relationship length, Archives of Sexual Behavior 39(5), 1181-1190, https://doi.org/10.1007/s10508-009-9515-5 ; Sumter, S. R., Valkenburg, P. M., & Peter, J. (2013), Perceptions of love across the lifespan: differences in passion, intimacy, and commitment, International Journal of Behavioral Development 37(5), 417-427, https://doi.org/10.1177/0165025413492486 ; Aykutoğlu, B., & Uysal, A. (2017), The relationship between intimacy change and passion: a dyadic diary study, Frontiers in Psychology 8, 2257, https://doi.org/10.3389/fpsyg.2017.02257 ; Sorokowski, P., Sorokowska, A., Karwowski, M., Groyecka, A., Aavik, T., Akello, G., et al. (2021), Universality of the triangular theory of love: adaptation and psychometric properties of the Triangular Love Scale in 25 countries, The Journal of Sex Research 58(1), 106-115, https://doi.org/10.1080/00224499.2020.1787318 ; Kowal, M., Sorokowski, P., Dinić, B. M., Pisanski, K., Gjoneska, B., Frederick, D. A., et al. (2024), Validation of the short version (TLS-15) of the Triangular Love Scale (TLS-45) across 37 languages, Archives of Sexual Behavior 53(2), 839-857, https://doi.org/10.1007/s10508-023-02702-7 ; Cassepp-Borges, V., Gonzales, J. E., Frazier, A., & Ferrer, E. (2025), Love and relationship satisfaction as a function of romantic relationship stages, Trends in Psychology 33(3), 1027-1042 (online 2023), https://doi.org/10.1007/s43076-023-00333-4
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