Guide d’interprétation
Première impression : en combien de secondes elle se forme, ce qu’elle vaut et la règle des 7-38-55
Première impression : en combien de temps elle se forme, les traits qu’on devine bien, combien elle dure, la vraie portée du 7-38-55 et ce qui aide.
La première impression : la réponse courte
« Une première impression se joue en quelques secondes », « 93 % de ce que l’on transmet passe par le visage et la voix, pas par les mots » : vous avez sans doute déjà entendu ce genre de phrases. S’inquiéter de la première impression avant un premier rendez-vous, un entretien d’embauche ou une rentrée est tout aussi naturel. Une première impression se forme-t-elle vraiment en quelques secondes, est-elle juste, et peut-elle changer une fois installée ? Ce guide répond à ces questions avec la recherche.
La réponse courte : les premières impressions se forment vraiment vite. Après avoir vu un visage inconnu pendant un dixième de seconde, on se fait déjà une idée de son attrait ou de sa fiabilité, et ces jugements étaient fortement corrélés à ceux de personnes qui avaient regardé sans limite de temps (Willis & Todorov, 2006). Rapide ne veut pas dire juste pour autant. Sur un bref aperçu, les traits qui se voient facilement, comme l’extraversion, étaient devinés mieux que le hasard, mais ceux qui se voient moins, comme l’agréabilité, demandaient d’observer plus longtemps (Borkenau & Liebler, 1992 ; Carney et al., 2007). Les impressions tirées des traits du visage se ressemblent d’une personne à l’autre, mais l’idée qu’elles révèlent vraiment qui est quelqu’un a été jugée largement exagérée (Todorov et al., 2015). Ce que l’on entend en premier colore bien la lecture de la suite, mais cet effet peut être faible (Sullivan, 2019), et une information nouvelle qui fait voir autrement ce qui s’est passé a pu renverser une impression (Mann & Ferguson, 2015). Enfin, la règle de Mehrabian selon laquelle « les mots ne comptent que pour 7 % » vient d’expériences très particulières sur l’expression de ce que l’on aime ou n’aime pas : elle ne s’applique pas à la conversation en général (Lapakko, 2007).
Ce guide présente le temps qu’il faut pour se faire une première impression, sa justesse et les traits qui se voient, les pièges du jugement sur le seul visage, la durée d’une première impression et ce qui la fait changer, la portée réelle de la règle des 7-38-55, et une façon réaliste de faire avec les premières impressions. La recherche sur la lecture de la personnalité d’après les traits du visage est détaillée dans le guide sur ce que dit la science de la lecture du visage. Les résultats présentés ici sont des moyennes sur de nombreuses personnes : ils ne disent pas si une première impression donnée, sur une personne donnée, est juste ou fausse.
En combien de secondes se forme une première impression ? De moins d’un dixième de seconde à quelques minutes
Le chiffre le plus cité est un dixième de seconde. Dans cinq expériences publiées en 2006, des chercheurs faisaient varier la durée d’affichage de photos de visages inconnus et demandaient de juger l’attrait, la sympathie, la fiabilité, la compétence et l’agressivité. Les jugements portés après 0,1 seconde (100 millisecondes) étaient fortement corrélés à ceux de personnes qui avaient regardé sans limite de temps, et allonger la durée n’augmentait pas ces corrélations de façon significative. Plus de temps renforçait surtout la confiance dans le jugement et rendait l’impression un peu plus nuancée (Willis & Todorov, 2006). Dans une autre étude, où il fallait juger si des visages neutres avaient l’air menaçants, des jugements cohérents se formaient à partir de ce qui était visible pendant les 39 premières millisecondes, alors que les jugements d’intelligence, dans les mêmes conditions, étaient moins cohérents (Bar et al., 2006). Dans ces expériences, des jugements cohérents ou fortement corrélés sont des jugements qui se ressemblent entre eux, ce qui ne veut pas dire qu’ils correspondent à la personnalité réelle de la personne photographiée.
D’autres études ont montré de courts extraits de comportement réel plutôt que des photos de visage. Les chercheurs parlent de « tranches fines » (thin slices). Une méta-analyse de 1992 a rassemblé 38 résultats où l’observation d’un comportement expressif pendant moins de 5 minutes servait à prédire divers résultats objectifs, et la taille d’effet globale pour la justesse de ces prédictions était de r = 0,39. En comparant les études entre elles, les prédictions fondées sur moins d’une demi-minute d’observation ne différaient pas significativement de celles fondées sur 4 à 5 minutes, et le canal observé, visage, parole, corps ou ton de la voix, n’était pas lié à la justesse (Ambady & Rosenthal, 1992). L’année suivante, les évaluations faites par des inconnus sur des extraits muets de moins de 30 secondes montrant des enseignants d’université en cours prédisaient significativement les évaluations de fin de semestre de leurs étudiants, et, pour des enseignants de lycée, celles de la direction de l’établissement. Des extraits encore plus courts, de 6 et 15 secondes, étaient fortement liés à ces critères, alors que les évaluations de l’attrait physique des enseignants l’étaient moins (Ambady & Rosenthal, 1993).
Il n’y a donc pas de réponse unique à la question « combien de secondes pour une première impression ? ». Des chiffres comme 3 ou 7 secondes circulent en ligne, mais les durées mesurées par la recherche vont de quelques dizaines de millisecondes à plusieurs minutes, selon ce qui est jugé (l’air menaçant d’un visage ou la manière d’enseigner) et ce qui est montré (une photo ou une vidéo). Prédire l’évaluation d’un cours n’est pas non plus deviner une personnalité. Qu’une impression rapide soit partagée par beaucoup de gens et qu’elle corresponde à la personnalité réelle sont deux questions différentes : la section suivante examine cet écart.
Les premières impressions sont-elles justes ? Les traits qui se voient et les autres
La capacité à lire la personnalité de quelqu’un que l’on vient de voir s’étudie « à connaissance nulle » (zero acquaintance), quand les gens ne savent rien les uns des autres. Dans une étude de 1992, 100 adultes étaient filmés en entrant dans une pièce, en la traversant, en s’asseyant, en regardant la caméra et en lisant un texte imposé, puis s’évaluaient sur cinq facteurs de personnalité. Un groupe de 24 personnes qui ne les avaient jamais vus évaluait leur personnalité à partir d’un seul type d’information parmi quatre : un film sonore, un film muet, une photo ou un enregistrement audio. Ces évaluations rejoignaient le mieux l’autoévaluation pour l’extraversion et le caractère consciencieux, et leur justesse dépendait de l’information reçue (Borkenau & Liebler, 1992). Une revue de 32 études publiée en 1994, portant aussi bien sur des inconnus que sur des proches, trouvait que l’accord entre différents juges évaluant la même personne (le consensus) allait de zéro à une corrélation d’environ 0,3, qu’il était le plus élevé pour l’extraversion et que rien n’indiquait qu’il augmente quand on se connaît mieux (Kenny et al., 1994). Un consensus signifie que les jugements se ressemblent, pas qu’ils sont justes.
Une étude de 2007 a fait varier directement la durée d’observation. Des vidéos de 30 étudiants qui discutaient librement pendant 5 minutes avec une autre personne de l’étude étaient découpées en extraits de 5, 20, 45, 60 et 300 secondes et montrées à 334 juges ; la référence pour la personnalité était la moyenne de questionnaires remplis par les étudiants eux-mêmes, par leurs pairs et par leurs parents. Les émotions négatives, l’extraversion, le caractère consciencieux et l’intelligence étaient assez bien jugés dès 5 secondes, mais les émotions positives, le névrosisme, l’ouverture et l’agréabilité demandaient plus de temps pour atteindre une justesse comparable, et l’agréabilité était la plus difficile à juger. Dans l’ensemble, la justesse augmentait avec la durée, et 60 secondes offraient le meilleur rapport entre justesse et longueur d’extrait. Les extraits de la troisième ou de la cinquième minute de la conversation étaient plus justes que ceux de la première, peut-être, selon les chercheurs, parce que la première minute correspond à la phase nerveuse des présentations. Selon leurs mots, une première impression peut être « remarquablement juste ou complètement fausse » selon les circonstances (Carney et al., 2007).
Pourquoi les traits diffèrent-ils ? Selon le modèle de justesse réaliste (RAM) de Funder sur le jugement de la personnalité, un jugement juste demande des indices de comportement liés au trait, que ces indices soient visibles pour la personne qui juge, qu’elle les remarque et qu’elle les utilise correctement (Funder, 1995). Un trait qui se voit dans le comportement, comme l’extraversion, laisse beaucoup d’indices même lors d’une brève rencontre, alors qu’un trait vécu surtout de l’intérieur en laisse peu. Une méta-analyse de 2010 portant sur 263 échantillons et 44 178 personnes trouvait de même que se voir plus souvent améliorait la justesse, mais qu’il fallait une relation proche pour un gain important, surtout pour les traits peu visibles comme la stabilité émotionnelle (Connelly & Ones, 2010).
Faire bonne impression et être une personne bienveillante ne sont pas non plus la même chose. Dans une étude où 73 étudiants de première année de psychologie se jugeaient sur de brèves présentations (2 628 paires), les personnes au narcissisme plus élevé étaient plus populaires à première vue, et les aspects les plus nocifs à long terme, l’exploitation des autres et le sentiment de tout mériter, étaient les plus attirants au départ (Back et al., 2010). Il s’agit d’une tendance moyenne : faire bonne impression n’est pas un signe de narcissisme. Dans des groupes de discussion de 4 à 6 personnes réunis 7 fois, les personnes très portées à se survaloriser semblaient agréables, bien adaptées et compétentes à la première réunion, mais étaient jugées négativement au bout de 7 semaines (Paulhus, 1998). La recherche sur le narcissisme est présentée dans le guide sur le narcissisme.
Juger sur le seul visage : rapide et partagé, mais peu fiable
Beaucoup d’études sur la première impression utilisent des photos de visages. On sait depuis le début du XXe siècle que les impressions tirées d’un visage se ressemblent d’une personne à l’autre, et des études récentes ont montré qu’il faut étonnamment peu de temps et d’effort pour arriver à cet accord. Une revue de 2015 de ces travaux présente des données selon lesquelles les impressions tirées des visages prédisent des résultats importants, comme des décisions d’investissement ou le choix de dirigeants, mais soutient que l’idée qu’elles permettent de bien cerner les gens a été largement exagérée dans la littérature scientifique (Todorov et al., 2015).
L’intrusion de ces impressions dans des choix réels s’est vue aussi lors d’élections. Désigner, d’après les seuls visages, lequel de deux candidats à des élections au Congrès des États-Unis avait l’air le plus compétent permettait de prédire les résultats mieux que le hasard, avec 68,8 % de concordance pour les élections au Sénat de 2004, et ce jugement de compétence se formait dès une seconde d’exposition aux visages. Les chercheurs y voyaient le signe que des impressions rapides et irréfléchies peuvent peser même sur le vote, que l’on suppose fondé sur une réflexion rationnelle (Todorov et al., 2005). Cela ne montre pas qu’un visage révèle la compétence, mais qu’une impression tirée d’un visage peut infléchir un choix.
De plus, une seule photo ne représente pas une personne. Une étude de 2014 qui comparait les impressions laissées par plusieurs photos des mêmes personnes trouvait que, pour toute une série de jugements sociaux, les écarts entre photos d’une même personne étaient aussi grands, voire plus grands, que les écarts entre personnes différentes, et que les photos choisies changeaient selon qu’elles servaient à une rencontre en ligne ou à une campagne électorale (Todorov & Porter, 2014). C’est l’une des raisons pour lesquelles une seule photo de profil sur une application de rencontre, ou une photo d’identité, se prête mal à juger quelqu’un. La question de savoir si un visage révèle la personnalité, et ce qu’il faut penser de la lecture du visage par IA, est traitée en détail dans le guide sur ce que dit la science de la lecture du visage.
Combien de temps dure une première impression ? Le poids de ce qui vient en premier, et ce qui la change
L’idée qu’une première impression colle à la peau remonte à une expérience de 1946 du psychologue Solomon Asch. Un groupe (34 personnes) entendait une personne décrite par six traits : intelligence, ardeur au travail, impulsivité, esprit critique, entêtement et envie ; un autre groupe (24 personnes) entendait les mêmes six traits dans l’ordre inverse. Avec exactement les mêmes mots, la plupart des personnes du premier groupe imaginaient quelqu’un de capable, avec des défauts qui n’éclipsaient pas ses qualités, et la plupart de celles du second un « problème », dont les capacités étaient entravées par de sérieuses difficultés. Des traits comme l’impulsivité et l’esprit critique prenaient une couleur positive ou négative selon l’ordre. Asch y voyait un effet de primauté : les premiers mots donnent une direction et les suivants sont lus pour s’y accorder. Il notait toutefois que cela ne se voyait pas chez tous les participants (Asch, 1946). Cette expérience portait cependant sur l’ordre des mots dans une liste entendue d’un seul tenant, pas sur la durée d’une impression dans le temps.
Des études plus récentes ont retrouvé l’effet de l’ordre, mais il peut être plus faible que sa réputation. Une description par « humour, esprit et cruauté » est en général jugée plus favorablement que « cruauté, esprit et humour » : les mêmes mots dans un autre ordre changent l’impression, c’est l’effet de primauté. Cinq expériences menées auprès de 2 882 personnes au total l’ont confirmé, mais l’ont trouvé faible (Sullivan, 2019). Les expériences d’Asch sont aussi souvent citées pour dire que la chaleur compte plus que la compétence dans une première impression, mais une réplication de 2014 n’a trouvé aucun effet de ce genre : le rôle de la chaleur dépendait fortement du contexte, et la compétence comptait au moins autant (Nauts et al., 2014).
Les premières impressions laissent aussi une trace dans les rencontres réelles. Dans une étude de 2017, 636 adultes jugeaient en ligne, d’après des photos, leur sympathie pour quatre personnes inconnues et la personnalité de celles-ci, puis 55 d’entre eux rencontraient l’une de ces personnes au laboratoire au moins un mois plus tard (environ 4 mois en moyenne), pour résoudre un quiz ensemble et discuter en deux séances de 10 minutes, 20 minutes en tout. La plupart (89 %) ne se rendaient pas compte qu’il s’agissait d’une personne dont ils avaient vu la photo. La sympathie ressentie d’après la photo prédisait la sympathie après la rencontre, et les jugements de personnalité se maintenaient aussi, plus faiblement (sauf pour l’extraversion). L’une des raisons : les participants qui avaient apprécié la photo se montraient plus chaleureux pendant la rencontre, ce qui suscitait plus de chaleur en retour, une première impression qui se réalise en partie d’elle-même. La sympathie ressentie d’après la photo expliquait environ 35 % de la variance de la sympathie après la rencontre (moins pour les jugements de personnalité), ce que les chercheurs lisaient comme une cohérence notable, mais aussi une révision (Günaydın et al., 2017).
Une impression est-elle donc impossible à défaire ? Non. Dans une série d’expériences publiée en 2015, les participants apprenaient qu’un personnage fictif s’était introduit chez ses voisins, avait fouillé les pièces et causé des dégâts, et s’en faisaient une impression négative. Quand ils apprenaient ensuite que l’intrusion visait à chercher des enfants dans des maisons en feu, leur évaluation automatique, celle qui vient spontanément, s’inversait complètement. Cela ne se produisait que si la nouvelle information amenait à réinterpréter ce qui avait été appris, il fallait un minimum de disponibilité pour y réfléchir, et l’évaluation révisée tenait encore 3 jours plus tard (Mann & Ferguson, 2015). Des travaux ont aussi examiné l’autre sens. D’après le communiqué de l’université, même pour un personnage fictif connu pour beaucoup de bonnes actions, un seul acte grave révélant fortement sa vraie nature inversait complètement l’évaluation automatique, et une seule information de ce type suffisait à faire basculer une bonne impression dans le négatif, mais pas toujours à rendre positive une mauvaise impression (Cone & Ferguson, 2015).
La règle des 7-38-55 : les mots ne compteraient que pour 7 % ?
La « règle de Mehrabian » accompagne souvent les conseils sur la première impression. Ces chiffres, selon lesquels 7 % de ce qui passe viendrait des mots, 38 % de la voix et 55 % du visage, viennent de deux études publiées en 1967 par le psychologue Albert Mehrabian (Mehrabian & Wiener, 1967 ; Mehrabian & Ferris, 1967). L’équation, telle que Mehrabian la présente, est « sympathie totale = 7 % de sympathie verbale + 38 % de sympathie vocale + 55 % de sympathie faciale » (Mehrabian, 1981).
Mehrabian a pourtant assorti cette équation d’une limite claire. Ce calcul de l’importance relative des messages verbaux et non verbaux vient d’expériences sur la communication des sentiments et des attitudes, c’est-à-dire le fait d’aimer ou non, et il ne s’applique pas tant que la personne qui parle n’évoque pas ses sentiments ou ses attitudes (Mehrabian, 1981). Les expériences étaient en outre très étroites. L’étude principale portait sur 37 étudiantes en psychologie, et le contenu verbal se réduisait à un seul mot, « maybe » (« peut-être »), si bien que les mots pouvaient difficilement compter beaucoup dès le départ. Les chiffres combinent deux études, et aucune des deux ne comparait les mots, la voix et le visage en même temps (Lapakko, 2007).
Mehrabian a expliqué que ses résultats sont souvent mal cités et qu’il est absurde de laisser entendre que les mots ne forment que 7 % de toute communication. Pour indiquer où se trouve une gomme que l’on cherche, dans le deuxième tiroir de droite d’un bureau au troisième étage, qui pourrait prétendre que les mots ne font que 7 % du message ? (Lapakko, 2007). Pourtant, une étude de 2007 portant sur 79 sites web parmi les premiers résultats d’une recherche Google sur ces chiffres a trouvé que 63 d’entre eux (80 %) les présentaient comme une vérité générale sur la communication, et qu’un seul les décrivait correctement comme des résultats sur le sens émotionnel (Lapakko, 2007).
La leçon des résultats de Mehrabian n’est donc pas que les mots ne comptent pas. Elle se résume plutôt à ceci : dans ces conditions expérimentales, quand les mots, d’un côté, et la voix et le visage, de l’autre, exprimaient des sentiments contradictoires, l’auditoire accordait plus de poids à la voix et au visage. Ce que l’on dit lors d’un entretien ou d’une première rencontre compte toujours, et pour faire passer un sentiment, mieux vaut que les mots et le ton disent la même chose.
Faire avec les premières impressions, concrètement
D’abord, face à une personne nouvelle, prenez votre première impression comme une hypothèse plutôt que comme un verdict. Les traits qui se voient facilement, comme l’extraversion, se lisent assez bien lors d’une brève rencontre, mais l’agréabilité était la plus difficile à juger sur un bref aperçu (Carney et al., 2007), et les traits peu visibles, comme la stabilité émotionnelle, n’étaient jugés nettement plus justement que dans les relations proches (Connelly & Ones, 2010). Choisir ou écarter des gens d’après les traits de leur visage ou une seule photo, surtout, peut transformer une impression mal fondée en étiquette (Todorov et al., 2015 ; Todorov & Porter, 2014). Gardez aussi à l’esprit que votre première impression peut changer votre façon de traiter quelqu’un, et que cette façon de faire peut à son tour changer sa réaction (Günaydın et al., 2017).
Ensuite, si l’impression que vous laissez vous inquiète, partez de l’idée que l’autre a sans doute eu plus de sympathie pour vous que vous ne le pensez. Après une conversation avec une personne nouvelle, les gens sous-estimaient régulièrement à quel point l’autre les appréciait et avait aimé l’échange. Cet « écart d’appréciation » se retrouvait chez des inconnus qui faisaient connaissance au laboratoire, chez des étudiants de première année qui découvraient leurs colocataires de résidence et chez des adultes qui se rencontraient lors d’un atelier ; il persistait quelle que soit la durée de la conversation et durait parfois des mois (Boothby et al., 2018).
Puis, chercher à faire bonne impression ne revient pas forcément à porter un masque. Les personnes à qui l’on avait demandé de « se montrer sous leur meilleur jour » lors d’une rencontre étaient non seulement plus appréciées que les autres, mais aussi perçues plus fidèlement à leurs traits distinctifs déclarés et à leurs scores à un test d’intelligence. Selon l’analyse des chercheurs, c’était peut-être parce qu’elles s’impliquaient davantage dans la conversation (Human et al., 2012). Entre nouveaux camarades de classe, des impressions plus justes les uns des autres prédisaient plus d’échanges au fil du semestre et plus de sympathie à la fin, et les premières impressions penchant vers le positif prédisaient aussi fortement le rapprochement (Human et al., 2013). S’intéresser à la conversation et se laisser voir correspond mieux à la recherche que les astuces pour soigner son image.
Enfin, si une première impression a mal tourné, donnez du contexte à la rencontre suivante. Dans les expériences, une information nouvelle qui faisait voir autrement ce qui s’était passé changeait l’impression (Mann & Ferguson, 2015). Il s’agissait de personnages fictifs, ce qui ne se transpose pas tel quel à la vie réelle, et une explication comme « ce jour-là, j’avais le trac et j’ai peu parlé » n’a pas été testée en tant que telle, mais une explication qui permet de revoir votre comportement d’alors sous un autre jour vaut la peine d’être tentée. Si rencontrer des inconnus vous fait si peur que vous l’évitez sans cesse, ou que la vie quotidienne en devient difficile, le guide sur l’anxiété sociale pourra vous aider davantage que des conseils sur la première impression. Le test de personnalité Big Five de mind.io montre cinq traits de personnalité à partir de vos propres réponses, et non d’une première impression.
Questions fréquentes sur la première impression
Q. En combien de secondes se forme une première impression ? R. Les impressions tirées d’une photo de visage, comme l’attrait ou la fiabilité, se forment en un dixième de seconde (0,1 seconde), et regarder plus longtemps n’augmentait pas de façon significative leur accord avec les jugements d’autres personnes (Willis & Todorov, 2006). L’air menaçant d’un visage neutre était jugé de façon cohérente à partir de ce qui était visible en 39 millisecondes (Bar et al., 2006). La justesse des jugements de personnalité augmente toutefois en général avec la durée : dans une étude sur des vidéos de conversations de 5 minutes, 60 secondes offraient la meilleure justesse pour le temps passé (Carney et al., 2007).
Q. Les premières impressions sont-elles justes ? R. Cela dépend du trait. Quand 24 inconnus jugeaient des personnes à partir d’un seul film, d’une photo ou d’un enregistrement audio, leurs évaluations rejoignaient le mieux l’autoévaluation pour l’extraversion et le caractère consciencieux (Borkenau & Liebler, 1992), et dans une étude sur les vidéos de conversation de 30 personnes, l’agréabilité était la plus difficile à juger (Carney et al., 2007). Les traits qui se voient moins, comme la stabilité émotionnelle, n’étaient jugés nettement plus justement que dans les relations proches (Connelly & Ones, 2010). Être populaire à première vue ne veut pas dire non plus être une personne bienveillante : les personnes au narcissisme plus élevé étaient plus populaires à première vue (Back et al., 2010). Il s’agit d’une tendance moyenne : une bonne première impression n’est pas un signe de narcissisme.
Q. Une première impression peut-elle changer ? R. Oui. Il existe un effet de primauté, où les premières informations donnent la direction de l’impression (Asch, 1946), mais dans des expériences menées auprès de 2 882 personnes il était faible (Sullivan, 2019). La sympathie ressentie d’après une photo expliquait environ 35 % de la variance de la sympathie après une rencontre réelle plus d’un mois plus tard : elle se maintenait nettement, mais était aussi révisée (Günaydın et al., 2017). Une information nouvelle qui faisait voir autrement ce qui s’était passé a inversé l’évaluation automatique, et le changement tenait encore 3 jours plus tard (Mann & Ferguson, 2015).
Q. La règle de Mehrabian est-elle vraie ? R. Les chiffres de 7 % pour les mots, 38 % pour la voix et 55 % pour le visage viennent de deux expériences de 1967, mais Mehrabian a précisé qu’ils ne s’appliquent pas tant qu’on ne parle pas de ses sentiments ou de ses attitudes (Mehrabian, 1981). L’étude principale portait sur 37 étudiantes qui entendaient un seul mot, « maybe », et aucune des deux études ne comparait les trois canaux à la fois (Lapakko, 2007). Cela ne veut pas dire que les mots pèsent 7 % d’une conversation ou d’une première impression.
Q. Comment faire meilleure impression ? R. Ce que soutient la recherche ressemble davantage à une attitude qu’à une technique. Les gens sous-estimaient régulièrement à quel point la personne avec qui ils avaient parlé les appréciait (Boothby et al., 2018) : vous avez sans doute fait meilleure impression que vous ne le croyez. Les personnes qui cherchaient à se montrer sous leur meilleur jour étaient plus appréciées et aussi perçues plus justement, peut-être parce qu’elles s’impliquaient davantage dans la conversation (Human et al., 2012). Si une première impression a mal tourné, vous pouvez donner un contexte qui permet de revoir votre comportement d’alors (Mann & Ferguson, 2015).
Q. Peut-on juger une première impression sur le seul visage ? R. Ce n’est pas conseillé. Les impressions tirées d’un visage se ressemblent d’une personne à l’autre et influencent des décisions comme des investissements ou le choix de dirigeants, mais l’idée qu’elles permettent de bien cerner les gens a été largement exagérée (Todorov et al., 2015). L’impression laissée par une même personne variait aussi beaucoup d’une photo à l’autre (Todorov & Porter, 2014). La justesse de la lecture du visage et des impressions tirées d’un visage est présentée dans le guide sur ce que dit la science de la lecture du visage.
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