Guide bien-être
Le hwabyung : symptômes, causes, différence avec la dépression et ce qui aide
Le hwabyung, « syndrome de colère » coréen, selon la recherche : symptômes, causes, différence avec la dépression et la panique, et ce qui aide.
Qu’est-ce que le hwabyung ? Une colère contenue qui se manifeste dans le corps
Le hwabyung est un terme coréen qui désigne un état où une colère accumulée en ravalant longtemps un sentiment d’injustice se traduit par des symptômes physiques et émotionnels. Le guide de pratique clinique de médecine coréenne sur le hwabyung, publié en 2021 par la Société coréenne de neuropsychiatrie orientale (ci-après le guide sur le hwabyung), le décrit comme un syndrome où des émotions négatives comme la colère, faute d’être apaisées, éclatent sous forme de hwa (colère, feu). Sur le plan physique, on observe une oppression dans la poitrine, une sensation de chaleur, l’impression que quelque chose monte et la sensation d’une boule dans la gorge ou au creux de l’estomac ; sur le plan psychologique, un sentiment d’injustice et de rancœur, et un nœud de griefs ou han, et ces symptômes sont liés à des événements stressants nets (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Une analyse note toutefois que son début est plutôt progressif que juste après un événement, et peu lié à un événement précis (Joe et al., 2017).
Hwa signifie à la fois colère et feu, et byung, maladie. Le psychiatre coréen Sung Kil Min décrit le hwabyung comme un syndrome de colère chronique où une colère longtemps contenue, devenue dense, est en partie réprimée et en partie exprimée. Le symptôme le plus typique est une sensation de chaleur, surtout dans le haut du corps, qui peut s’accompagner de bouffées, d’une impression de bouillir de l’intérieur, de sueurs et d’une difficulté à supporter les endroits chauds, au point de vouloir sortir. Les palpitations et la bouche sèche sont aussi typiques, et cela peut se traduire par de l’irritabilité ou des disputes, des larmes de colère, des plaintes difficiles à arrêter et de fréquents soupirs (Min, 2008). Une étude auprès de patients qui se considéraient atteints de hwabyung a proposé comme symptômes centraux des critères diagnostiques le sentiment d’injustice, la colère ressentie, la colère exprimée, la chaleur, l’impression que quelque chose remonte dans la poitrine, la bouche sèche et les soupirs, liés à la colère seulement, et aussi comme symptômes caractéristiques la poitrine oppressée, le han et la haine, liés à la fois à la colère et à la dépression (Min et al., 2009).
Dans le coréen de tous les jours, on emploie « j’ai le hwabyung » plus largement. Min note que le mot sert non seulement pour la colère accumulée, mais aussi pour un malaise physique dû à un stress prolongé ou pour l’état qui suit un événement choquant (Min, 2008). Le même mot peut donc désigner des choses différentes selon les personnes.
mind.io ne propose pas de test du hwabyung. En recherche comme en clinique, on l’évalue par des entretiens et des outils comme l’échelle du hwabyung (Kwon et al., 2008), mais ce guide ne donne ni items ni seuils. L’auto-évaluation PHQ-9 et l’auto-évaluation GAD-7 ne sont pas des tests du hwabyung, mais elles font le point sur les symptômes dépressifs et anxieux des 2 dernières semaines, qui accompagnent souvent le hwabyung. Aucun résultat d’auto-évaluation n’est un diagnostic.
Le hwabyung est-il un diagnostic officiel ?
En Corée, les psychiatres en débattent depuis les années 1960 et l’étudient de façon systématique depuis 1977 (Min, 2008) ; dans la recherche de langue anglaise, le hwabyung a été présenté pour la première fois en 1983, dans une série de cas publiée par une revue américaine de psychiatrie. Les trois personnes décrites sentaient une boule au creux de l’estomac que l’examen ne retrouvait pas, avec une peur de mourir imminente que les paroles rassurantes des médecins ne dissipaient pas facilement (Lin, 1983). En 1994, le hwabyung a été inscrit dans le glossaire des syndromes liés à la culture, en annexe de la quatrième édition du manuel diagnostique de l’Association américaine de psychiatrie (DSM-IV) (Min, 2008). Une étude citant les critères américains en résume ainsi les symptômes : la colère comme symptôme psychologique principal, puis fatigue, panique, peur de mourir imminente, humeur dépressive, indigestion, perte d’appétit, essoufflement, cœur rapide, douleurs diffuses et sensation d’une boule au creux de l’estomac (Im et al., 2017).
La cinquième édition (DSM-5), parue en 2013, a remplacé la notion de « syndromes liés à la culture » par trois notions, dont celle de « syndromes culturels » (Lee et al., 2014), et le guide sur le hwabyung explique que le hwabyung a disparu du DSM-5 quand cette notion s’est restreinte (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). La classification coréenne des maladies comprend depuis sa sixième révision un code de médecine coréenne pour le hwabyung (U22.2) (Kwon et al., 2024). Selon le guide sur le hwabyung, les établissements de médecine occidentale ne posent pas ce diagnostic et soignent plutôt les troubles et symptômes associés, tandis que les soins sous le nom de hwabyung sont assurés par les médecins de médecine coréenne (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021).
La question de savoir si le hwabyung est un trouble à part entière fait débat depuis longtemps. Une étude auprès de 109 personnes d’origine coréenne vivant aux États-Unis a trouvé davantage de dépression majeure chez les personnes qui disaient avoir eu le hwabyung, et y a vu une façon culturellement familière d’exprimer la dépression (Lin et al., 1992). Min soutient au contraire que ses symptômes tournent autour de la colère et diffèrent de la dépression, et a proposé d’en faire un nouveau « trouble de la colère » (Min, 2008). Depuis les années 1970, les médecins en Corée expliquent le hwabyung entre l’idée traditionnelle d’un feu contenu et les troubles dépressifs du DSM (Suh, 2013), et une revue de 2021 relève que le hwabyung n’apparaît pas dans le DSM-5 (Suh et al., 2021).
Quelle fréquence, et seulement chez les femmes d’âge mûr ?
La fréquence du hwabyung dépend beaucoup de la façon de le définir et des personnes interrogées. Le guide sur le hwabyung avance une prévalence de 4,2 à 13,3 % en Corée (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Une enquête dans une zone rurale publiée en 1990 a trouvé le hwabyung chez 4,1 % des habitants (Min, 2008), et dans une étude auprès de 2 807 femmes de 41 à 65 ans dans 7 grandes villes et 6 provinces, 4,95 % disaient avoir connu le hwabyung. Dans cette étude, la part était plus élevée chez les femmes de statut socio-économique modeste, vivant à la campagne, divorcées ou séparées, ou qui fumaient ou buvaient (Park et al., 2001).
Une étude de 2017 qui utilisait des critères diagnostiques définis et des entretiens a trouvé un taux plus bas : sur 290 personnes de 12 à 75 ans sans antécédents psychiatriques, 2,1 % (6 personnes) remplissaient les critères du hwabyung, dont 3 hommes. Selon l’équipe de recherche, les taux plus élevés des études antérieures pourraient s’expliquer par le fait que la plupart comptaient les personnes qui se disaient elles-mêmes atteintes. Cette étude a toutefois recruté son échantillon dans une seule ville (Joe et al., 2017).
Le hwabyung est réputé plus fréquent chez les femmes à partir de l’âge mûr, mais il ne concerne pas que les femmes. Dans les statistiques de l’assurance maladie coréenne citées par le guide sur le hwabyung, 13 757 personnes ont été soignées sous le code du hwabyung (U22.2) en 2017, dont 2 841 hommes. Le nombre d’hommes avait augmenté de 25,9 % depuis 2013, et celui des femmes baissé de 6 %. Les 60-69 ans formaient le groupe le plus nombreux (22,6 %), mais chez les hommes seuls, c’étaient les 40-49 ans (20,3 %) (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). En 2019, 14 064 personnes ont été soignées pour un hwabyung (Suh et al., 2021). Ces chiffres comptent des personnes soignées, pas le nombre de personnes réellement concernées.
Les jeunes générations ne sont pas épargnées. Dans une enquête en ligne de 2024 auprès de 449 adultes de nationalité coréenne nés entre 1980 et 2005, 36,3 % dépassaient le seuil de symptômes de l’échelle du hwabyung, dans des proportions proches chez les hommes (84 sur 240) et chez les femmes (79 sur 209). En tenant compte d’autres facteurs, les femmes avaient plus de chances de le dépasser (rapport de cotes de 2,314), mais il s’agit de réponses déclarées par le panel d’un institut de sondage, pas de diagnostics, et l’équipe de recherche a noté que l’échantillon ne représente peut-être pas toute la génération (Kwon et al., 2024).
Dans une étude de 1992 auprès de 109 personnes d’origine coréenne vivant aux États-Unis, 12 % disaient avoir connu le hwabyung, sans différence sociodémographique apparente avec celles qui ne l’avaient pas connu (Lin et al., 1992).
Différences avec la dépression, la panique et le « trouble de la colère »
Le hwabyung s’accompagne souvent de dépression et d’anxiété. Dans une étude auprès de 280 patients suivis pour des troubles dépressifs, anxieux, somatoformes ou d’adaptation, ou qui se disaient atteints de hwabyung, 183 remplissaient des critères diagnostiques de recherche du hwabyung ; 47 n’avaient que le hwabyung, et les autres avaient aussi d’autres diagnostics, le plus souvent une dépression majeure ou un trouble anxieux généralisé (Min & Suh, 2010). Le portail coréen de santé mentale décrit lui aussi le hwabyung comme des symptômes émotionnels (chagrin, colère, haine, déprime) associés à des symptômes physiques (douleur thoracique, chaleur, oppression), et le considère comme un mélange apparent de trouble dépressif et de trouble à symptomatologie somatique (portail national d’information en santé mentale, 2020).
Il existe pourtant des différences. Dans une étude auprès de 89 patients qui se disaient atteints de hwabyung, le sentiment d’injustice, la colère ressentie, la colère exprimée, la chaleur, l’impression que quelque chose remonte dans la poitrine, la bouche sèche et les soupirs étaient liés à la colère, mais pas à l’humeur dépressive (Min et al., 2009). À l’inverse, une étude comparant des patients âgés a trouvé chez les 58 atteints de hwabyung des scores de dépression plus élevés, en plus d’une colère plus forte, que chez les 180 atteints de dépression (Im et al., 2017). C’est pourquoi, si vous pensez avoir le hwabyung, il vaut la peine de vérifier aussi la dépression et l’anxiété.
Les symptômes du hwabyung peuvent aussi être liés à des idées suicidaires. Une enquête en ligne de 2024 auprès de 457 adultes de nationalité coréenne nés entre 1980 et 2005, sans antécédents de troubles de l’humeur, a montré que plus le score de symptômes du hwabyung était élevé, un peu plus la personne risquait de dire avoir pensé à mettre fin à ses jours au cours de la semaine écoulée. Ce lien persistait en tenant compte des symptômes dépressifs, mais restait à la limite de la signification (rapport de cotes de 1,05), et le lien avec les symptômes dépressifs était plus net (rapport de cotes de 1,41) (Kwon, 2024). Si vous pensez à mourir ou à vous faire du mal, ne gardez pas cela pour vous : appelez dès maintenant le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En Corée, appelez le 109 (24 h/24, gratuit) ; hors de Corée, votre médecin traitant ou les services de santé mentale de votre région sont aussi un point de départ. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Le hwabyung diffère aussi du trouble explosif intermittent, souvent appelé « trouble du contrôle de la colère » en Corée. Le trouble explosif intermittent se caractérise par de brèves explosions agressives répétées, comme des injures, des coups ou des destructions d’objets (OMS, 2025), alors que la colère du hwabyung est surtout ressentie de l’intérieur et dure longtemps, en partie contenue et parfois exprimée (Min et al., 2009). Le cœur des critères du hwabyung est une expérience intérieure, comme le sentiment d’injustice et la colère ressentie, et non l’agression (Suh et al., 2021). La colère qui éclate en explosions est traitée dans le guide Gérer sa colère.
Palpitations, chaleur et souffle court peuvent survenir ensemble et ressembler à une attaque de panique, mais Min explique que ces crises du hwabyung commencent et s’apaisent en général plus lentement qu’une attaque de panique (Min, 2008). Ne cherchez pas pour autant à les distinguer vous-même. Appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 (le 119 en Corée), sans supposer qu’il s’agit de hwabyung ou de panique, si une douleur ou une oppression dans la poitrine survient brusquement et ne passe pas, si la douleur s’étend au bras, au cou, à la mâchoire ou au dos, ou si une douleur thoracique s’accompagne de sueurs, de nausées, d’un étourdissement ou d’un essoufflement (NHS, 2023). Le guide sur le hwabyung rappelle aussi que des maladies physiques, comme les symptômes de la ménopause ou un dérèglement de la thyroïde, peuvent provoquer des symptômes proches et doivent être écartées dès le début (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Pour les attaques de panique, voyez le guide Attaque de panique : que faire.
Pourquoi apparaît-il ? Un sentiment d’injustice accumulé
La cause la plus souvent citée est une injustice qui se répète. Selon Min, les patients expliquent avoir dû ravaler leur colère pour ne pas abîmer des relations harmonieuses, et qu’à force de situations exaspérantes répétées, la colère réprimée s’est accumulée et densifiée. Le déclencheur le plus fréquent était un traitement injuste au sein de la famille, comme la violence d’un mari ou d’une belle-mère, et la pauvreté, la violence, la discrimination, l’isolement, l’exploitation, l’échec d’une entreprise ou une promotion manquée, la perte de biens, une décision de justice injuste, la trahison ou l’escroquerie en étaient aussi (Min, 2008). S’il y a de la violence à la maison, votre sécurité passe avant la gestion de la colère. En cas de danger immédiat, appelez le 17 ou le 112 ; le 3919 (Violences Femmes Info) répond gratuitement et anonymement, 24 h/24. En Corée, appelez le 112, et la ligne d’urgence pour les femmes 1366 (24 h/24) répond pour les violences conjugales et dans le couple.
L’idée coréenne de han revient souvent aussi. Min décrit le han comme un sentiment complexe qui mêle nostalgie, chagrin, regret et déprime à de la haine et à un désir de vengeance, et le voit naître de blessures personnelles ou collectives, de désirs inassouvis, d’une colère réprimée ou d’un sentiment d’injustice (Min, 2008). Une analyse distingue aussi le hwabyung du trouble d’aigreur post-traumatique, centré sur l’amertume juste après un événement injuste, parce que le hwabyung commence en général progressivement, dans un stress de longue durée, plutôt qu’après un seul événement (Joe et al., 2017).
Une revue qui a rassemblé 7 études qualitatives sur l’expérience des patients a dégagé quatre thèmes communs : la colère qui monte, le fait d’en vouloir à une personne ou à une situation précise, des symptômes physiques et émotionnels difficiles à maîtriser, et une façon de faire face en encaissant, en faisant des compromis et en tenant pour l’instant. L’équipe de recherche a conclu que, comme les personnes atteintes de hwabyung ont l’impression de perdre le contrôle à cause de leurs difficultés de régulation émotionnelle et de leurs symptômes physiques, un soutien professionnel devrait les aider à faire face (Suh et al., 2021).
Le hwabyung a surtout été étudié à travers l’expérience de femmes d’âge mûr dans une culture familiale patriarcale. La revue qui a proposé ce type d’explication avertit toutefois que l’appliquer à toutes les personnes coréennes pourrait renforcer des stéréotypes, et que toutes ne partagent pas les valeurs traditionnelles (Lee et al., 2014). Les études ci-dessus s’accordent mieux avec l’idée que le hwabyung n’est pas « une maladie de femmes coréennes », mais une souffrance qui peut toucher des personnes ayant longtemps ravalé leur colère face à des situations qu’elles ressentent comme injustes.
Traitement : ce que recommande le guide de médecine coréenne, et la solidité des preuves
Le guide de 2021 sur le hwabyung a attribué à chaque traitement, par revues systématiques et consensus d’experts, un grade de recommandation (A à D) et un niveau de preuve (élevé à très faible). La recommandation la plus forte (A, niveau de preuve modéré) concerne le soutien psychologique, parce qu’une thérapie de groupe réduisait davantage les symptômes du hwabyung et les scores de colère qu’une liste d’attente. Quand le guide a été rédigé, la seule approche de soutien psychologique étayée chez des personnes atteintes de hwabyung était la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT). Cette recommandation repose toutefois sur 2 essais quasi randomisés contre liste d’attente, avec 39 personnes au total, et la tendance habituelle à se mettre en colère (colère-trait) n’a pas changé de façon significative (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021).
La méditation « devrait être envisagée » (B, modéré), sur la base d’un essai randomisé qui a réparti 22 personnes atteintes de hwabyung entre méditation et liste d’attente : les symptômes du hwabyung, la dépression et l’anxiété ont davantage baissé avec la méditation. Les méthodes de relaxation, comme la respiration profonde, la relaxation musculaire progressive et le training autogène, relèvent aussi du grade B (« devrait être envisagé »), mais avec un niveau de preuve très faible : la seule étude chez des personnes atteintes de hwabyung était un rapport de cas. La technique de libération émotionnelle (EFT) n’a pas fait mieux que le traitement auquel elle était comparée, mais la colère a baissé dans les deux groupes, d’où le grade « peut être envisagée » (C, faible) (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021).
Les plantes médicinales « devraient être envisagées » (B, modéré), alors que, en regroupant les essais randomisés, elles ne réduisaient pas les symptômes du hwabyung significativement plus qu’un placebo. Le guide invoque une amélioration bien plus forte que d’habitude dans les groupes placebo et une baisse cliniquement notable des scores après le traitement. Côté sécurité, il rapporte que, dans un essai, une indigestion légère était plus fréquente avec les plantes (27 %) qu’avec le placebo (4,5 %). L’acupuncture faisait mieux que l’absence de traitement mais pas significativement mieux qu’une acupuncture simulée, d’où le grade « peut être envisagée » (C, faible) ; le guide ajoute que l’acupuncture simulée n’était peut-être pas dénuée de tout effet de stimulation. La pharmacopuncture, la moxibustion et les ventouses, utilisées selon les symptômes associés, « peuvent être envisagées » (C, très faible). Le guide précise aussi que, les personnes atteintes de hwabyung ayant souvent d’autres troubles liés au stress comme la dépression, l’anxiété ou l’insomnie, les plantes doivent être prescrites en tenant compte des interactions avec les médicaments occidentaux déjà pris (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Si vous prenez des médicaments sur ordonnance, dites-le au médecin de médecine coréenne ; si vous prenez des plantes, dites-le aussi au médecin qui vous prescrit.
Le guide reconnaît lui-même que les preuves manquent cruellement, car la recherche sur le hwabyung n’a été menée qu’en Corée (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Les revues systématiques parues ensuite pointent les mêmes limites. Une revue de 9 études sur les approches corps-esprit (dont 5 essais randomisés) a rapporté que l’art-thérapie abaissait les scores du hwabyung par rapport à une liste d’attente, tout en relevant des problèmes de fiabilité du diagnostic, d’évaluation en aveugle et de groupes témoins adaptés (Kwon & Lee, 2024), et une revue de 9 études de psychothérapie (dont 7 essais contrôlés) a conclu que des limites comme l’absence de groupe témoin adapté rendent difficile l’obtention de preuves de qualité (Kwon & Lee, 2025). Méfiez-vous donc de tout ce qui promet une guérison assurée du hwabyung.
En psychiatrie, on diagnostique et on soigne plutôt les troubles associés, comme la dépression ou les troubles anxieux, que le hwabyung lui-même (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). En 2008, Min notait qu’aucun essai médicamenteux systématique n’avait encore porté sur le hwabyung lui-même, et proposait d’associer psychothérapie et médicaments pour réduire la colère, ainsi que la gestion de la colère ou la thérapie cognitivo-comportementale, et une intervention familiale quand une situation familiale oppressante est en jeu (Min, 2008). Le guide sur le hwabyung recommande aussi d’envisager des soins psychiatriques spécialisés, une hospitalisation et un traitement de médecine occidentale associé quand les symptômes sont sévères ou en cas d’urgence psychiatrique (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Ne prenez de médicaments que sur ordonnance, et si vous en prenez déjà un, ne l’arrêtez pas brutalement de vous-même : parlez-en d’abord au médecin qui l’a prescrit.
Ce que vous pouvez essayer vous-même, et où trouver de l’aide
Ni ravaler sa colère à tout prix ni la laisser éclater ne semble être la solution. Dans une expérience, les personnes qui frappaient un sac de frappe en pensant à la personne qui les avait mises en colère devenaient plus en colère et plus agressives (Bushman, 2002). L’équipe qui a étudié des patients âgés a suggéré qu’exprimer sa colère de façon appropriée, plutôt que la réprimer, pourrait réduire le risque de hwabyung (Im et al., 2017). Les façons d’apaiser la colère sur le moment et de dire calmement ce que l’on ressent, comme les messages en « je », sont dans le guide Gérer sa colère, et la respiration et la relaxation pour relâcher les tensions du corps, dans le guide Comment évacuer le stress.
Les programmes de méditation que le guide sur le hwabyung présente comme utilisables sont la méditation de bienveillance et la réduction du stress basée sur la pleine conscience (MBSR). Comme les résultats peuvent dépendre de l’expérience de la personne qui guide, le guide conseille de pratiquer après un apprentissage encadré par un médecin de médecine coréenne ayant de l’expérience (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Si la vie vous paraît vide ou si vous vous sentez sans importance et pitoyable, voyez aussi le guide Cultiver l’autocompassion.
Les critères diagnostiques du guide sur le hwabyung comprennent des difficultés dans la vie quotidienne, comme les tâches ménagères, le travail ou les relations (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Si vos symptômes durent depuis longtemps et que ces difficultés apparaissent, ne gardez pas cela pour vous : consultez. Si vous avez une douleur thoracique qui va et vient, ou qui est passée vite mais vous inquiète encore, faites-la vérifier par un médecin (NHS, 2023).
Si vous vivez hors de Corée, commencez par votre médecin traitant ou les services de santé mentale de votre région. En Corée, on peut consulter en psychiatrie, ou s’adresser au centre de santé mentale de sa ville ou de son arrondissement pour un accompagnement et une orientation vers d’autres services. La ligne de crise en santé mentale 1577-0199 (24 h/24) met en relation avec un centre proche pour une écoute, des informations en santé mentale et une orientation vers des soins (ministère coréen de la Santé et du Bien-être, 2025). En 2026, un « chèque psychologique en santé mentale » (ancien programme national « investir dans l’esprit ») finance 8 séances de soutien psychologique professionnel (au moins 50 minutes chacune) pour les personnes en difficulté émotionnelle, comme la dépression ou l’anxiété. Il faut un justificatif : orientation par un centre de santé mentale ou un service de soutien universitaire, diagnostic ou avis psychiatrique, ou score PHQ-9 de 10 ou plus au bilan de santé national, et le reste à charge va de 0 à 50 % selon les cotisations d’assurance maladie. Un résultat d’auto-évaluation mind.io ne sert pas de justificatif (ministère coréen de la Santé et du Bien-être, 2026).
Si vous êtes à bout au point de vouloir disparaître, ne gardez pas cela pour vous : appelez dès maintenant le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En Corée, appelez le 109 (24 h/24, gratuit) ou la ligne de crise en santé mentale 1577-0199 (24 h/24) ; hors de Corée, votre médecin traitant est aussi un point de départ. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Questions fréquentes
Q. Existe-t-il un test du hwabyung ? R. mind.io ne propose pas de test du hwabyung. Le guide sur le hwabyung renvoie, pour l’évaluation, à un entretien sur le hwabyung, à un entretien diagnostique structuré et à une échelle de symptômes du hwabyung (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Le PHQ-9 et le GAD-7 ne sont pas des tests du hwabyung : ils font le point sur les symptômes dépressifs et anxieux des 2 dernières semaines. Quel que soit un score, si des idées de mettre fin à vos jours vous viennent, appelez dès maintenant le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En Corée, appelez le 109 (24 h/24, gratuit) ; hors de Corée, votre médecin traitant est aussi un point de départ. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Q. Le hwabyung ne touche-t-il que les femmes d’âge mûr ? R. Non. Il a surtout été décrit chez des femmes à partir de l’âge mûr, mais sur les 13 757 personnes soignées pour un hwabyung par l’assurance maladie coréenne en 2017, 2 841 étaient des hommes, et chez les hommes, les 40-49 ans formaient le groupe le plus nombreux (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Dans une enquête en ligne de 2024 auprès de jeunes adultes, hommes et femmes dépassaient le seuil de l’échelle du hwabyung dans des proportions brutes proches (Kwon et al., 2024).
Q. Si j’ai la poitrine oppressée et le cœur qui bat fort, est-ce le hwabyung ? R. C’est possible, mais ne tranchez pas par vous-même. Appelez immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 (le 119 en Corée), sans supposer qu’il s’agit de hwabyung ou de panique, si une douleur ou une oppression dans la poitrine survient brusquement et ne passe pas, si la douleur s’étend au bras, au cou, à la mâchoire ou au dos, ou si une douleur thoracique s’accompagne de sueurs, de nausées, d’un étourdissement ou d’un essoufflement (NHS, 2023). Même sans ces signes, des maladies physiques comme un dérèglement de la thyroïde ou les symptômes de la ménopause peuvent donner des symptômes proches : mieux vaut consulter pour vérifier (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021).
Q. Faut-il consulter en médecine coréenne ou en psychiatrie ? R. Vous pouvez commencer par l’une ou l’autre. Les soins sous le nom de hwabyung se font dans les établissements de médecine coréenne, tandis que les psychiatres diagnostiquent et soignent la dépression ou l’anxiété associées. Le guide sur le hwabyung conseille d’envisager des soins psychiatriques spécialisés quand les symptômes sont sévères ou en cas d’urgence, et de tenir compte des interactions entre les médicaments occidentaux déjà pris et les plantes (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Si vous consultez des deux côtés, signalez à chaque consultation ce que vous prenez.
Q. Laisser éclater sa colère ne soulage-t-il pas ? R. Dans une expérience, les personnes qui frappaient un sac de frappe en pensant à la personne qui les avait mises en colère devenaient plus en colère et plus agressives (Bushman, 2002). Comment mettre calmement des mots sur sa colère est expliqué dans le guide Gérer sa colère.
Q. Peut-on guérir du hwabyung ? R. Personne ne peut le promettre. D’anciennes études auprès de patients venus consulter montraient qu’au moment de consulter, le trouble durait déjà depuis plus de 10 ans en moyenne (Min, 2008). Certaines études ont vu les symptômes s’atténuer avec le soutien psychologique ou la méditation, mais la plupart étaient petites, et le guide lui-même reconnaît que les preuves manquent cruellement (Société coréenne de neuropsychiatrie orientale, 2021). Les symptômes s’apaisent pourtant chez certaines personnes : plutôt que de tout endurer en silence, cherchez de l’aide.
Q. J’ai un tel sentiment d’injustice et d’épuisement que j’ai des idées de mort. R. Ne gardez pas cette pensée pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En Corée, appelez le 109 (24 h/24, gratuit) ou la ligne de crise en santé mentale 1577-0199 (24 h/24) ; hors de Corée, votre médecin traitant ou les services de santé mentale de votre région sont aussi un point de départ. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Dites à une personne de confiance ce que vous ressentez en ce moment.
Références : Korean Society of Oriental Neuropsychiatry (2021), Korean Medicine clinical practice guideline for hwabyung [in Korean], National Institute for Korean Medicine Development, https://nikom.or.kr/nckm/module/practiceGuide/viewPDF.do?guide_idx=147 ; Min, S. K. (2008), Clinical correlates of hwa-byung and a proposal for a new anger disorder, Psychiatry Investigation 5(3), 125-141, https://doi.org/10.4306/pi.2008.5.3.125 ; Min, S. K., Suh, S.-Y., & Song, K.-J. (2009), Symptoms to use for diagnostic criteria of hwa-byung, an anger syndrome, Psychiatry Investigation 6(1), 7-12, https://doi.org/10.4306/pi.2009.6.1.7 ; Kwon, J.-H., Kim, J. W., Park, D. K., Lee, M. S., Min, S. K., & Kwon, H. I. (2008), Development and validation of the Hwa-Byung Scale [in Korean], Korean Journal of Clinical Psychology 27(1), 237-252, https://doi.org/10.15842/kjcp.2008.27.1.014 ; Lin, K.-M. (1983), Hwa-Byung: A Korean culture-bound syndrome?, American Journal of Psychiatry 140(1), 105-107, https://doi.org/10.1176/ajp.140.1.105 ; Im, C.-S., Baeg, S., Choi, J.-H., Lee, M., Kim, H. J., Chee, I.-S., et al. (2017), Comparative analysis of emotional symptoms in elderly Koreans with hwa-byung and depression, Psychiatry Investigation 14(6), 864-870, https://doi.org/10.4306/pi.2017.14.6.864 ; Lee, J., Wachholtz, A., & Choi, K.-H. (2014), A review of the Korean cultural syndrome hwa-byung: Suggestions for theory and intervention, Journal of Asia Pacific Counseling 4(1), 49-64, https://doi.org/10.18401/2014.4.1.4 ; Kwon, C.-Y., Kim, J. Y., & Park, S. Y. (2024), Hwa-Byung (anger syndrome) in the MZ generation of Republic of Korea: A survey, Journal of Clinical Medicine 13(22), 6667, https://doi.org/10.3390/jcm13226667 ; Lin, K.-M., Lau, J. K., Yamamoto, J., Zheng, Y. P., Kim, H. S., Cho, K. H., & Nakasaki, G. (1992), Hwa-byung: A community study of Korean Americans, Journal of Nervous and Mental Disease 180(6), 386-391, https://doi.org/10.1097/00005053-199206000-00008 ; Suh, S. (2013), Stories to be told: Korean doctors between hwa-byung (fire-illness) and depression, 1970-2011, Culture, Medicine and Psychiatry 37(1), 81-104, https://doi.org/10.1007/s11013-012-9291-x ; Suh, H.-W., Lee, K.-B., Chung, S.-Y., Park, M., Jang, B.-H., & Kim, J. W. (2021), How suppressed anger can become an illness: A qualitative systematic review of the experiences and perspectives of hwabyung patients in Korea, Frontiers in Psychiatry 12, 637029, https://doi.org/10.3389/fpsyt.2021.637029 ; Park, Y. J., Kim, H. S., Kang, H. C., & Kim, J. W. (2001), A survey of Hwa-Byung in middle-age Korean women, Journal of Transcultural Nursing 12(2), 115-122, https://doi.org/10.1177/104365960101200205 ; Joe, S., Lee, J. S., Kim, S. Y., Won, S.-H., Lim, J. S., & Ha, K. S. (2017), Posttraumatic embitterment disorder and hwa-byung in the general Korean population, Psychiatry Investigation 14(4), 392-399, https://doi.org/10.4306/pi.2017.14.4.392 ; Min, S. K., & Suh, S.-Y. (2010), The anger syndrome hwa-byung and its comorbidity, Journal of Affective Disorders 124(1-2), 211-214, https://doi.org/10.1016/j.jad.2009.10.011 ; World Health Organization (2025), ICD-11 for Mortality and Morbidity Statistics, 6C73 Intermittent explosive disorder, https://icd.who.int/browse/2025-01/mms/en ; National Center for Mental Health (2020), Somatic symptom disorder [National Mental Health Information Portal, in Korean], https://www.mentalhealth.go.kr/portal/disease/diseaseDetail.do?dissId=8 ; Kwon, C.-Y. (2024), Hwa-byung (anger syndrome) as a risk factor for suicidal ideation in MZ generation: A survey study in South Korea, Frontiers in Psychology 15, 1461750, https://doi.org/10.3389/fpsyg.2024.1461750 ; NHS (2023), Chest pain, https://www.nhs.uk/symptoms/chest-pain/ ; Kwon, C.-Y., & Lee, B. (2024), Effectiveness of mind-body medicine for Hwa-Byung (a Korean cultural diagnosis of suppressed anger): A systematic review of interventional studies, Complementary Therapies in Medicine 80, 103016, https://doi.org/10.1016/j.ctim.2024.103016 ; Kwon, C.-Y., & Lee, B. (2025), Effectiveness of psychotherapy for Hwa-Byung: A systematic review of interventional studies, Medicine 104(6), e41315, https://doi.org/10.1097/MD.0000000000041315 ; Bushman, B. J. (2002), Does venting anger feed or extinguish the flame? Catharsis, rumination, distraction, anger, and aggressive responding, Personality and Social Psychology Bulletin 28(6), 724-731, https://doi.org/10.1177/0146167202289002 ; Ministry of Health and Welfare (2025), Community mental health welfare centres and the mental health crisis line [in Korean], https://www.mohw.go.kr/menu.es?mid=a10706040100 ; Ministry of Health and Welfare (2026), 2026 mental health counselling voucher programme guideline and leaflet [in Korean], https://www.mohw.go.kr/board.es?act=view&bid=0026&list_no=1488771&mid=a10409020000.
Vous n’avez pas à garder cela pour vous
Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Vous pouvez envoyer le lien à quelqu’un que ce guide pourrait aider.
Tests et guides à découvrir ensuite
Faire l’auto-évaluation PHQ-9
Ce n’est pas un test du hwabyung. Il fait le point sur les symptômes dépressifs des 2 dernières semaines, qui accompagnent souvent le hwabyung.
Faire le test de burn-out
Ce n’est pas un test du hwabyung. Mesurez l’épuisement accumulé au quotidien et au travail avec le Copenhagen Burnout Inventory.
Faire l’auto-évaluation GAD-7
Ce n’est pas un test du hwabyung, mais il fait le point sur l’anxiété des 2 dernières semaines, qui accompagne souvent le hwabyung.