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Guide d’interprétation

Cerveau gauche, cerveau droit : ce que la recherche dit vraiment de la personnalité

Cerveau gauche ou droit ? Langage et attention penchent d’un côté, mais une étude d’imagerie sur 1 011 personnes n’a pas trouvé de « types » globaux.

Existe-t-il des « cerveaux gauches » et des « cerveaux droits » ? La réponse courte

Vous avez peut-être déjà entendu quelqu’un dire : « Je suis cerveau droit, donc je suis mon intuition ; toi, tu es cerveau gauche, donc logique. » Dans cette image, une personne « cerveau gauche » est logique et méthodique, une personne « cerveau droit » créative et intuitive. Les auteurs d’une étude d’imagerie cérébrale de 2013 résument ainsi l’usage courant de ces deux étiquettes, appliquées à la fois aux traits de personnalité et aux façons de penser (Nielsen et al., 2013).

La réponse courte : les deux moitiés du cerveau se partagent bien une partie du travail. Chez la plupart des gens, le langage repose surtout sur l’hémisphère gauche, tandis que l’attention portée au monde extérieur et la reconnaissance des visages penchent à droite (Corballis, 2014 ; Badzakova-Trajkov et al., 2010). Mais une étude qui a analysé l’imagerie cérébrale de 1 011 personnes de 7 à 29 ans a conclu que ces différences gauche-droite sont une propriété locale de certains réseaux, et que les données ne correspondent pas à l’idée de personnes « cerveau gauche » ou « cerveau droit » dont tout le cerveau pencherait d’un côté (Nielsen et al., 2013).

Cette étude ne comportait aucune mesure de la personnalité des participants (Nielsen et al., 2013) : elle n’a donc pas testé directement le lien avec la personnalité. Ce que montrent les études présentées ici est plutôt ceci : rien ne permet de classer les gens en deux types, cerveau gauche et cerveau droit. mind.io ne propose pas de test cerveau gauche/cerveau droit. Pour voir vos traits de personnalité sous forme de scores, vous pouvez faire le test Big Five ou le test MBTI.

Ce guide présente ce qui diffère vraiment entre les deux hémisphères, comment l’idée s’est répandue à partir des recherches sur le cerveau divisé, ce qu’a trouvé l’étude des 1 011 cerveaux, les croyances courantes sur la créativité, la logique et les gauchers, les raisons pour lesquelles tant de gens y croient, et la façon de lire un test cerveau gauche/cerveau droit. Il ne s’agit pas de se moquer des personnes qui aiment ces tests.

Ce qui diffère vraiment entre l’hémisphère gauche et l’hémisphère droit

Les différences entre les hémisphères existent bel et bien. L’exemple le plus connu est le langage : on estime que 95 à 99 % des droitiers et environ 70 % des gauchers traitent surtout le langage dans l’hémisphère gauche (Corballis, 2014). Dans une étude qui mesurait par ultrasons le flux sanguin cérébral de 326 personnes en bonne santé pendant qu’elles cherchaient des mots, la part de personnes dont le langage était surtout à droite augmentait avec la préférence pour la main gauche : 4 % chez les droitiers marqués, 15 % chez les ambidextres et 27 % chez les gauchers marqués (d’après le résumé ; Knecht et al., 2000).

Une étude française qui avait volontairement recruté beaucoup de gauchers (153 sur 297 participants) n’a trouvé une nette dominance droite pour la production de phrases que chez environ 7 % des gauchers. En supposant 10 % de gauchers, ses auteurs estiment que ces personnes représentent moins de 1 % de la population générale (Mazoyer et al., 2014).

D’autres tâches penchent à droite. Dans une étude d’IRMf menée en Nouvelle-Zélande auprès de 155 personnes, où les gauchers étaient surreprésentés (48), regarder des expressions du visage, une tâche que seules 86 d’entre elles ont faite, sollicitait surtout l’hémisphère droit chez 50 droitiers sur 53 (94,3 %) et 24 gauchers sur 33 (72,7 %), et une tâche d’attention spatiale (juger si une ligne est coupée exactement au milieu) chez 79,4 % et 78,7 % (Badzakova-Trajkov et al., 2010). Dans l’étude des 1 011 personnes, les pôles latéralisés à droite appartenaient aux réseaux de l’attention au monde extérieur, et les auteurs rappellent les études de lésions où la négligence d’un côté de l’espace est beaucoup plus fréquente après une atteinte de l’hémisphère droit (Nielsen et al., 2013).

Ces différences ne bougent pas ensemble comme un seul interrupteur qui rendrait un côté dominant dans l’ensemble. Dans la même étude néo-zélandaise, il existait une certaine complémentarité (plus le langage penchait à gauche, plus les tâches des visages et de l’espace penchaient à droite), mais la latéralité manuelle et le biais gauche-droite de la tâche spatiale n’étaient pratiquement pas corrélés (r = 0,001), et si la plupart des gens présentaient le schéma typique (langage à gauche, visages et espace à droite), quelques-uns avaient le schéma complètement inversé et d’autres les deux types de tâche du même côté (Badzakova-Trajkov et al., 2010). Une étude de 300 adultes au repos a montré que les asymétries cérébrales se répartissent en quatre facteurs indépendants, liés au langage, à la vision, à la pensée intérieure et à l’attention (d’après le résumé ; Liu et al., 2009 ; Corballis, 2014).

Les hémisphères ne travaillent pas non plus chacun de leur côté. Ils sont reliés par des centaines de millions de fibres nerveuses, si bien que chacun est constamment informé de ce qui se passe dans l’autre (Nobel Assembly, 1981), et Roger Sperry, récompensé par un prix Nobel pour ses recherches sur le cerveau divisé, notait qu’à l’état normal les deux hémisphères semblent travailler étroitement ensemble, comme une unité, plutôt que l’un fonctionne pendant que l’autre reste au repos (Sperry, 1981). Les questionnaires sur les connaissances des enseignants à propos du cerveau comptent d’ailleurs « les hémisphères gauche et droit travaillent ensemble » comme une affirmation exacte (Dekker et al., 2012 ; Macdonald et al., 2017).

Des recherches sur le cerveau divisé à la vogue du « cerveau gauche » et du « cerveau droit »

L’intérêt pour les deux côtés du cerveau a grandi dans les années 1860, quand on a découvert que la parole dépendait surtout de l’hémisphère gauche. Comme celui-ci commande aussi la main droite, on l’a longtemps appelé l’hémisphère dominant ou majeur, et le droit l’hémisphère mineur (Corballis, 2014).

Les recherches modernes sur le cerveau divisé (split-brain) ont commencé dans les années 1960. Des observations de patients au cerveau divisé avaient été publiées dès les années 1940, et Sperry menait des expériences sur l’animal depuis le début des années 1950 (de Haan et al., 2020 ; Nobel Assembly, 1981) ; dans les années 1960, Roger Sperry, Joseph Bogen et Michael Gazzaniga ont commencé à étudier des patients dont le corps calleux, le faisceau de fibres qui relie les hémisphères, avait été sectionné en dernier recours contre une épilepsie sévère que les autres traitements ne contrôlaient pas (d’après le résumé ; Gazzaniga, 2005 ; Sperry, 1981). Des tests qui présentaient l’information à un seul hémisphère à la fois ont montré que l’hémisphère droit, presque incapable de parler, savait bien lire les visages, insérer des motifs dans des ensembles plus grands ou saisir un tout à partir de ses parties (Sperry, 1981). En 1981, Sperry a reçu le prix Nobel de physiologie ou médecine « pour ses découvertes concernant la spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux » (Nobel Assembly, 1981).

Les patients au cerveau divisé formaient un groupe relativement restreint. Après l’opération, ils se comportaient de façon ordinaire en société et disaient ne pas se sentir changés, même si leur comportement hors des expériences n’a pas été observé en détail, et l’opération complète est rare aujourd’hui (de Haan et al., 2020). Sperry écrivait qu’après rétablissement, une telle personne passait en général inaperçue lors d’une première conversation, voire d’un examen médical de routine (Sperry, 1981).

En arrivant dans le grand public, l’idée a pris de l’ampleur. Le communiqué de presse du prix Nobel de 1981 rapportait que le physiologiste russe Ivan Pavlov avait divisé l’humanité en penseurs et en artistes, et ajoutait : « Peut-être l’hémisphère gauche est-il dominant chez les penseurs et l’hémisphère droit chez les artistes » (Nobel Assembly, 1981). Cette phrase vient du communiqué publié par l’Assemblée Nobel de l’Institut Karolinska, pas de Sperry lui-même. Dans sa conférence Nobel de la même année, Sperry présentait des travaux, notamment de Jerre Levy, selon lesquels les deux hémisphères ont des modes cognitifs différents, mais estimait que certaines conclusions, ainsi que la « vague croissante » d’extrapolations semi-populaires sur le cerveau gauche et le cerveau droit, appelaient à la prudence, et qualifiait la dichotomie gauche-droite d’« idée avec laquelle il est très facile de s’emballer » (Sperry, 1981).

Des lectures semblables ont suivi. Le neuroscientifique Michael Corballis jugeait exagérées ou mal fondées la plupart des spéculations nées des recherches sur le cerveau divisé, et citait le livre de dessin de Betty Edwards, Drawing on the Right Side of the Brain, paru pour la première fois en 1979, comme l’exemple type de l’idée populaire selon laquelle la créativité vient de l’hémisphère droit (Corballis, 2014). Une autre revue relève la profusion de livres grand public proposant une solution « hémisphère droit » pour tout, du dessin à la gestion de l’argent (d’après le résumé ; Lindell, 2011). Des chercheurs japonais notaient l’impression d’un retour du « boom du cerveau droit » qu’avait connu le Japon dans les années 1970 et 1980 (Hatta et al., 2010).

Ce qu’a trouvé une étude de 1 011 cerveaux

S’il existait des personnes « cerveau gauche » et « cerveau droit », certaines auraient des connexions plus fortes dans tout l’hémisphère gauche, d’autres dans tout l’hémisphère droit. Une équipe de l’université de l’Utah a voulu le vérifier directement avec l’imagerie cérébrale au repos (IRMf) de 1 011 personnes de 7 à 29 ans, partagée publiquement par des centres de recherche de plusieurs pays, dont Pékin en Chine, Oulu en Finlande, Leyde aux Pays-Bas et New York aux États-Unis. Les chercheurs ont divisé la substance grise en 7 266 régions et mesuré à quel point chaque connexion penchait d’un côté, en comparant la force des connexions avant et après avoir retourné les images de gauche à droite (Nielsen et al., 2013).

Ils ont trouvé 9 pôles latéralisés à gauche, des centres de nombreuses connexions latéralisées, et 11 pôles latéralisés à droite. Les pôles de gauche comprenaient des aires du langage comme les aires de Broca et de Wernicke, ainsi que des régions du réseau du mode par défaut, plus actif au repos et que l’on pense lié à l’attention portée à la vie intérieure ; ceux de droite appartenaient surtout aux réseaux de l’attention au monde extérieur (Nielsen et al., 2013). Autrement dit, des réseaux qui penchent à gauche ou à droite existent bel et bien.

La question clé venait ensuite : chez une même personne, les connexions qui penchent à gauche se renforcent-elles ensemble ? Les connexions qui variaient ensemble partageaient presque toutes un même pôle (141 sur 144 à gauche, 314 sur 329 à droite). Entre connexions des pôles gauches et connexions des pôles droits, seules 20 comparaisons sur 1 620 (1,2 %) montraient une relation négative significative, et 16 (1,0 %) une relation positive. Les auteurs ont conclu que la latéralisation est une propriété locale et non une propriété du cerveau entier, et qu’« un cerveau individuel n’est pas “cerveau gauche” ou “cerveau droit” en tant que propriété globale » (Nielsen et al., 2013).

L’étude a ses limites. Comme ses auteurs l’écrivent eux-mêmes, les données ne contenaient aucune mesure du comportement ou de la personnalité, et les informations sur la latéralité manuelle manquaient ; l’étude ne mesurait que la force des connexions, pas l’information qu’elles transportent, et les participants avaient de 7 à 29 ans (Nielsen et al., 2013). Mieux vaut donc la lire non comme une démonstration que la personnalité est sans rapport avec le cerveau, mais comme un test direct de la prémisse des types cerveau gauche et cerveau droit, à savoir que tout le cerveau de certaines personnes penche d’un côté : cette prémisse ne s’est pas vérifiée. Une seule étude ne règle pas tout, mais elle va dans le même sens que l’étude néo-zélandaise, où la plupart des gens présentaient le schéma typique tout en ayant des latéralisations en partie indépendantes d’une fonction à l’autre (Badzakova-Trajkov et al., 2010).

Créativité à droite, logique à gauche ? Les croyances courantes à l’épreuve

La créativité et l’hémisphère droit sont un sujet sur lequel les études divergent. Une méta-analyse de 2010 portant sur l’activité cérébrale pendant la pensée créative a conclu à une dominance relative de l’hémisphère droit (d’après le résumé ; Mihov et al., 2010). À l’inverse, une méta-analyse de 2013 regroupant 34 études d’imagerie a montré que les régions communes à différentes tâches de créativité se trouvaient surtout dans l’hémisphère gauche (d’après le résumé ; Gonen-Yaacovi et al., 2013). Et une revue de 72 expériences publiée en 2010 a conclu que la pensée créative ne dépend pas de façon décisive d’une seule région du cerveau et n’est « pas particulièrement associée au cerveau droit » (d’après le résumé ; Dietrich & Kanso, 2010).

Une autre revue constate que les travaux examinés indiquent une activité droite plus forte pendant les tâches créatives, mais ajoute que l’interaction de nombreuses régions éloignées des deux hémisphères est aussi un élément essentiel de la créativité, et conclut qu’il vaut mieux voir celle-ci comme une fonction distribuée que purement latéralisée (Lindell, 2011). Des travaux plus récents s’intéressent à la coopération, pendant la pensée créative, de grands réseaux cérébraux qui peuvent aussi s’opposer (d’après le résumé ; Beaty et al., 2016). Surtout, ces études ont observé l’activité du cerveau pendant des tâches ; aucune n’a montré que les personnes créatives sont « cerveau droit ».

« La logique à gauche, l’émotion à droite » est aussi trop simple. Les auteurs de l’étude des 1 011 personnes suggéraient qu’un schéma plus cohérent avec leurs résultats que l’opposition logique-créativité associerait les connexions qui penchent à gauche au langage et à la perception des stimuli internes, et celles qui penchent à droite à l’attention au monde extérieur (Nielsen et al., 2013). Certaines recherches rapportent bien un penchant de l’hémisphère droit pour les émotions : Corballis note qu’une dominance droite pour l’émotion semble présente chez tous les primates étudiés jusqu’ici (Corballis, 2014), et les chercheurs néo-zélandais évoquent une dominance droite pour certaines fonctions non verbales « comme le traitement spatial ou émotionnel » (Badzakova-Trajkov et al., 2010). Mais Sperry observait que, même chez les patients au cerveau divisé, les réactions émotionnelles nées d’un côté se propageaient rapidement aux deux hémisphères, apparemment par le tronc cérébral resté intact, et écrivait qu’à la différence des autres fonctions cognitives, les émotions « n’ont jamais pu être facilement confinées à un seul hémisphère » (Sperry, 1981). On ne peut donc pas dire simplement que les émotions sont l’affaire du seul cerveau droit.

On entend aussi qu’entraîner le cerveau droit développerait la créativité. Interrogés en 2010, 75,9 % de 485 étudiants japonais jugeaient cette affirmation exacte, alors que les chercheurs l’étudiaient comme exemple de croyance scientifiquement fausse (Hatta et al., 2010). L’affirmation selon laquelle de courts exercices de coordination amélioreraient l’intégration des fonctions des hémisphères gauche et droit figurait elle aussi parmi les neuromythes d’une enquête auprès d’enseignants, où 88 % des enseignants britanniques et 82 % des enseignants néerlandais la jugeaient exacte (Dekker et al., 2012). Aucune des études présentées dans ce guide n’a montré qu’entraîner un seul hémisphère rend plus créatif.

Pourquoi tant de gens y croient

Les types cerveau gauche et cerveau droit sont une idée répandue jusque dans l’enseignement. Dans une enquête auprès de 137 enseignants de la région du Dorset, au Royaume-Uni, et de 105 enseignants de la région d’Amsterdam, aux Pays-Bas, 91 % des enseignants britanniques et 86 % des enseignants néerlandais jugeaient exacte l’affirmation selon laquelle « les différences de dominance hémisphérique (cerveau gauche, cerveau droit) peuvent aider à expliquer les différences individuelles entre élèves ». Il s’agissait d’enseignants qui avaient choisi de participer par intérêt pour le cerveau et l’apprentissage (Dekker et al., 2012).

Dans une étude en ligne menée aux États-Unis auprès de 3 877 personnes, l’affirmation selon laquelle certains d’entre nous sont « cerveau gauche » et d’autres « cerveau droit », ce qui aiderait à expliquer des différences d’apprentissage, était jugée vraie par 64 % des participants du grand public, 49 % des professionnels de l’éducation et 32 % des personnes ayant suivi de nombreux cours de neurosciences. Tous étaient des volontaires ayant fait au moins quelques études supérieures, et les auteurs eux-mêmes notent que l’expression « grand public » peut être trompeuse (Macdonald et al., 2017).

Des enquêtes en Corée et au Japon montrent aussi que cette croyance est répandue (les groupes interrogés et les questions diffèrent, si bien que les chiffres ne se comparent pas directement). Dans une enquête auprès de 521 futurs enseignants coréens (269 en formation pour le primaire, 252 pour le secondaire), moins de 10 % ont répondu correctement à la question sur les élèves « cerveau gauche » ou « cerveau droit » (d’après le résumé ; Park et al., 2016). Selon un tableau d’un article ultérieur qui cite cette étude, 94 % de ces futurs enseignants approuvaient l’idée que les différences de dominance hémisphérique aident à expliquer les différences individuelles entre élèves (Park et al., 2016, cité par Chu, 2017). Dans une enquête de 2010 auprès de 485 étudiants japonais, 89,5 % jugeaient exacte l’affirmation « il existe des types cerveau gauche et des types cerveau droit », le taux le plus élevé des 20 affirmations (Hatta et al., 2010).

Pourquoi cette idée est-elle si répandue ? D’abord, elle ne sort pas de nulle part : elle découle en partie de résultats réels montrant que certaines fonctions, comme le langage, penchent vers un hémisphère (Macdonald et al., 2017). Les affirmations souvent entendues étaient aussi plus souvent jugées exactes (Hatta et al., 2010). Dans une enquête, les enseignants qui avaient le plus de connaissances générales sur le cerveau croyaient même davantage aux neuromythes (Dekker et al., 2012), et dans une autre étude, le groupe ayant suivi de nombreux cours de neurosciences y croyait moins souvent (32 %), sans que la croyance disparaisse (Macdonald et al., 2017). Des étudiants japonais à qui un cours avait appris que la distinction cerveau gauche/cerveau droit n’a pas de fondement scientifique jugeaient l’affirmation moins exacte que des étudiants d’une autre université qui n’avaient pas suivi ce cours (3,27 contre 3,82 sur une échelle en cinq points), mais il s’agissait d’étudiants différents, pas des mêmes avant et après le cours, et les auteurs notent que ce cours, optionnel, a pu attirer des étudiants déjà intéressés (Hatta et al., 2010).

Une description en deux types se retient facilement, et quand un résultat est fait de phrases qui conviennent à presque tout le monde, il peut sembler parler de vous ; le guide L’effet Barnum y revient en détail. Puisque des enseignants et des adultes diplômés y croient aussi, il n’y a rien de honteux à y avoir cru. Pour comparer avec d’autres systèmes comme les groupes sanguins ou les signes du zodiaque, voyez le guide MBTI, groupe sanguin, astrologie, saju. L’idée voisine, répandue elle aussi à l’école, selon laquelle chacun aurait une intelligence dominante est examinée dans le guide Intelligences multiples.

Comment lire un test cerveau gauche/cerveau droit

Un « test cerveau gauche/cerveau droit » très partagé en ligne est la danseuse qui tourne, la silhouette d’une femme qui pivote sur un pied. Publiée en ligne en 2003 par le designer Flash japonais Nobuyuki Kayahara, c’est une illusion que l’on peut voir tourner dans le sens des aiguilles d’une montre comme dans le sens inverse. Des chercheurs canadiens s’y sont intéressés après qu’elle s’est répandue comme « test » pour distinguer les « cerveaux droits » des « cerveaux gauches » (Troje & McAdam, 2010).

Dans un sondage en ligne de 2008 cité par les chercheurs, environ deux tiers de quelque 1 600 répondants la voyaient tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Les chercheurs expliquent ce biais non par un type de cerveau, mais par la préférence du système visuel pour interpréter les objets comme vus d’en haut plutôt que d’en bas. Ils ont aussi recréé une silhouette semblable à l’originale en 12 versions, en faisant varier la hauteur de la caméra (3 ou 10 degrés au-dessus ou en dessous) et la vitesse de rotation, puis ont montré chaque version une fois, pendant quatre minutes, à chacune des 24 personnes : le sens perçu s’inversait en moyenne 3,68 fois par minute, et sur l’ensemble de ces angles répartis de façon égale, elles la voyaient tourner dans le sens des aiguilles d’une montre 50,8 % du temps (Troje & McAdam, 2010). Puisque le sens change sans cesse pour une même personne, le premier sens perçu ne peut pas classer les cerveaux en types.

Il existe aussi des tests qui lisent votre type de cerveau d’après le pouce qui se retrouve dessus quand vous croisez les doigts, ou le bras qui se retrouve dessus quand vous croisez les bras. Les deux études sur ces postures présentées ici n’ont examiné que leur lien avec la main dominante, et même ce lien est incertain : une étude a trouvé que croiser les doigts, croiser les bras et la main dominante étaient indépendants les uns des autres (d’après le résumé ; Ogah et al., 2012), tandis qu’une étude de deux grands échantillons d’Europe centrale (7 658 et 5 062 personnes) a rapporté des liens avec la main dominante (d’après le résumé ; Tran et al., 2014). Aucune n’a mesuré un type de cerveau ou la personnalité.

Les questions cerveau gauche/cerveau droit qui vous demandent si vous suivez votre intuition ou un plan enregistrent la façon dont vous décrivez votre manière de penser et de travailler, pas l’hémisphère le plus actif. L’entreprise qui diffuse le Herrmann Brain Dominance Instrument (HBDI), un questionnaire de préférences de pensée fondé sur une carte du cerveau en quatre parties, explique elle-même que le modèle est une métaphore de notre façon de penser, que le HBDI ne mesure pas l’activité de zones précises du cerveau et que le modèle ne classe pas les gens en cerveau droit ou cerveau gauche (site de Herrmann International). Ce genre de résultat peut s’apprécier comme une description de soi et un point de départ pour la conversation.

Quel que soit le test, essayez de le lire ainsi. D’abord, rappelez-vous que le résultat résume les préférences que vous avez déclarées ; ce n’est pas une image de votre cerveau. Ensuite, demandez-vous si les phrases conviendraient aussi bien à n’importe qui d’autre ; si beaucoup conviennent à tout le monde, l’effet Barnum peut rendre le résultat plus juste en apparence qu’il ne l’est. Enfin, si vous voulez vos traits sous forme de scores, essayez le test Big Five, qui présente cinq traits, et si vous aimez vous résumer par un type, le test MBTI ; ses limites sont présentées dans le guide Fiabilité du MBTI. Ces suggestions s’inspirent des recherches présentées ici plutôt que de méthodes testées par des études.

Cerveau gauche, cerveau droit : questions fréquentes

Q. Les gauchers sont-ils « cerveau droit » ? R. Pas en ce sens. Environ une personne sur dix est gauchère : une méta-analyse situe la meilleure estimation globale à 10,6 % (de 9,3 à 18,1 % selon le critère) (d’après le résumé ; Papadatou-Pastou et al., 2020). Pourtant, environ 70 % des gauchers traitent, comme les droitiers, le langage surtout dans l’hémisphère gauche (Corballis, 2014). Dans une étude de 662 jeunes adultes en Nouvelle-Zélande, gauchers et droitiers ne différaient sur aucun des cinq traits du Big Five, mais les personnes qui utilisent les deux mains de façon mixte étaient plus introverties que les uns et les autres ; dans une seconde étude du même article, gauchers comme droitiers pensaient que les gauchers sont plus introvertis et plus ouverts à l’expérience (d’après le résumé ; Grimshaw & Wilson, 2013).

Q. Entraîner le cerveau droit rend-il plus créatif ? R. Nous n’avons trouvé aucune donnée en ce sens. La pensée créative est décrite comme le travail de nombreuses régions et de réseaux des deux hémisphères, pas du seul hémisphère droit (Lindell, 2011 ; Beaty et al., 2016), et « entraîner le cerveau droit développe la créativité » a été étudié au Japon comme exemple de croyance fausse (Hatta et al., 2010).

Q. Si la danseuse tourne dans le sens des aiguilles d’une montre pour moi, suis-je « cerveau droit » ? R. Non. Le sens perçu est biaisé par la tendance du système visuel à supposer une vue d’en haut, et en laboratoire il s’inversait en moyenne 3,68 fois par minute pour une même personne (Troje & McAdam, 2010).

Q. Mon résultat de test cerveau gauche/cerveau droit me correspond parfaitement. R. Un résultat fait de phrases qui conviennent à presque tout le monde paraît facilement juste (voyez le guide L’effet Barnum). Ces tests résument aussi les préférences de pensée et de travail que vous avez déclarées : le résultat peut donc bien décrire vos préférences, sans pour autant montrer quel hémisphère domine.

Q. Les deux hémisphères font-ils donc la même chose ? R. Non. Chez la plupart des gens, le langage penche vers l’hémisphère gauche, le traitement des visages et l’attention spatiale vers le droit (Corballis, 2014 ; Badzakova-Trajkov et al., 2010). Ce qui n’est pas étayé, c’est de s’appuyer sur ces différences pour classer des personnes entières en types cerveau gauche et cerveau droit (Nielsen et al., 2013).

Q. Les personnes opérées du cerveau divisé se comportent-elles comme deux personnes ? R. En laboratoire, quand l’information n’est montrée qu’à un hémisphère, les deux hémisphères peuvent réagir séparément, mais dans la vie courante ces patients se comportaient de façon ordinaire en société et disaient ne pas se sentir changés. La question de savoir si la conscience elle-même est divisée reste ouverte chez les chercheurs (de Haan et al., 2020).

Références : Nielsen, J. A., Zielinski, B. A., Ferguson, M. A., Lainhart, J. E., & Anderson, J. S. (2013), An evaluation of the left-brain vs. right-brain hypothesis with resting state functional connectivity magnetic resonance imaging, PLoS ONE 8(8), e71275, https://doi.org/10.1371/journal.pone.0071275 ; Corballis, M. C. (2014), Left brain, right brain: facts and fantasies, PLoS Biology 12(1), e1001767, https://doi.org/10.1371/journal.pbio.1001767 ; Knecht, S., Dräger, B., Deppe, M., Bobe, L., Lohmann, H., Flöel, A., Ringelstein, E.-B., & Henningsen, H. (2000), Handedness and hemispheric language dominance in healthy humans, Brain 123(12), 2512-2518, https://doi.org/10.1093/brain/123.12.2512 ; Mazoyer, B., Zago, L., Jobard, G., Crivello, F., Joliot, M., Perchey, G., Mellet, E., Petit, L., & Tzourio-Mazoyer, N. 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