Guide d’interprétation
L’effet Barnum : pourquoi tests de personnalité et horoscopes semblent si justes, et comment lire un résultat
L’effet Barnum (effet Forer) : pourquoi résultats de personnalité et horoscopes semblent justes, ce qu’a montré Forer en 1949 et comment lire un résultat.
Qu’est-ce que l’effet Barnum ? Pourquoi des phrases valables pour tous semblent parler de vous
Vous avez peut-être déjà lu un résultat de test de personnalité ou votre horoscope du jour en pensant « c’est tellement moi ! ». L’effet Barnum désigne la tendance à prendre une description vague, qui convient à presque tout le monde, pour un portrait exact de soi. Une revue de la recherche publiée en 1985 le définit comme la tendance à accepter des affirmations vagues, ambiguës et générales comme une description de sa personnalité unique (Dickson & Kelly, 1985). On l’appelle aussi effet Forer, du nom du psychologue Bertram Forer, qui l’a montré le premier par une expérience (Poškus, 2014).
Les phrases « Barnum » relèvent de quelques types familiers. Une étude de 1955 en donnait des exemples : des phrases vagues, comme « vous appréciez un certain degré de changement et de variété dans la vie » ; des phrases à double tranchant, comme « vous avez en général bon moral et de l’optimisme, mais il vous arrive d’avoir des coups de déprime » ; des phrases vraies pour la plupart des gens du groupe, comme « les études ne sont pas toujours faciles pour vous » ; et des phrases flatteuses, comme « vous avez de l’assurance et les autres vous apprécient » (Sundberg, 1955, cité par Dickson & Kelly, 1985). On retrouve ce genre de phrases dans les portraits liés au groupe sanguin, au zodiaque, au signe chinois ou aux rêves, mais aussi dans les comptes rendus de tests de personnalité.
mind.io propose lui-même des tests de personnalité : le sujet nous concerne donc directement. Les comptes rendus du test MBTI et du test Big Five de mind.io peuvent eux aussi contenir des phrases qui conviennent plus ou moins à beaucoup de monde, ce qui peut rendre un résultat plus juste en apparence qu’il ne l’est. Ce guide présente l’expérience de Forer en 1949 et l’origine du nom « Barnum », les descriptions qui paraissent les plus justes, la capacité des gens à distinguer leur vrai résultat d’un faux, le rôle de la croyance et de la culture, et une façon de relire n’importe quel résultat avec plus de recul.
L’expérience de Forer en classe (1949) et le nom « Barnum »
La première démonstration expérimentale vient d’une étude en classe publiée en 1949 par le psychologue Bertram Forer. D’après la revue de 1985, Forer a fait passer un test d’intérêts, le Diagnostic Interest Blank, à 39 étudiants de son cours d’introduction à la psychologie, puis, une semaine plus tard, a remis à chacun une description de personnalité. En réalité, toutes les descriptions étaient identiques : des phrases vagues, ambiguës et générales, tirées pour la plupart d’un livre d’astrologie vendu en kiosque. Les étudiants ont noté leur exactitude de 0 (mauvaise) à 5 (parfaite) : la moyenne était de 4,3, personne n’a donné moins de 2, et seuls 5 étudiants ont donné moins de 4 (Forer, 1949, cité par Dickson & Kelly, 1985). Nous n’avons pas pu lire l’article original de Forer ; les chiffres suivent donc cette revue.
Ce que Forer voulait avant tout montrer avec cette expérience, c’est qu’on ne peut pas valider un test parce que les personnes testées reconnaissent leur résultat ; il appelait ce phénomène l’« erreur de la validation personnelle » (Poškus, 2014). La revue de 1985 résume son avertissement de la même façon : cette validation personnelle ne distingue pas les traits propres à une personne de ceux d’une autre, et ne peut donc pas confirmer la validité du test (Dickson & Kelly, 1985).
Le nom « effet Barnum » vient d’un article du psychologue Paul Meehl paru en 1956. Meehl constatait que beaucoup de comptes rendus de tests ressemblaient de façon gênante à ce que son collègue Donald Paterson appelait la « description de la personnalité à la manière de P. T. Barnum ». Il proposait d’appeler « effet Barnum » ces procédures cliniques au succès trompeur, où les descriptions tirées des tests conviennent aux patients surtout parce qu’elles sont banales, et où les déductions importantes, peut-être fausses, se perdent parmi des affirmations presque forcément vraies parce qu’elles s’appliquent à la plupart des gens ; donner un nom à ces erreurs, écrivait-il, est l’un des meilleurs moyens d’y rendre attentif (Meehl, 1956). Le terme visait d’abord une faute de la personne qui interprète le test ; les recherches suivantes, comme la revue de 1985, l’emploient pour la tendance de la personne qui lit la description à l’accepter (Dickson & Kelly, 1985). Cette revue présente P. T. Barnum lui-même comme un célèbre directeur de cirque dont la recette du succès était d’avoir toujours un petit quelque chose pour chacun (Snyder & Shenkel, 1976, cité par Dickson & Kelly, 1985).
Après Forer, la plupart des études ont suivi les mêmes étapes : les participants passent un test de personnalité, attendent la correction, reçoivent une description présentée comme tirée de leur test (le plus souvent la même pour tout le monde) et notent son exactitude. Dans la plupart de ces études, la majorité a jugé la description bonne ou excellente pour décrire sa propre personnalité (Dickson & Kelly, 1985). Dans une étude de 1963, ce sont des étudiants, et non des psychologues, qui faisaient passer les tests à des amis et remettaient la même description : 75 % l’ont tout de même jugée bonne ou excellente, et la note moyenne (4,05 ; 79 personnes) ne différait pas de celle d’une expérience précédente où la description était remise par une personne exerçant comme psychologue (4,38 ; 57 personnes). Les participants ont même écrit des commentaires élogieux sur la personne qui faisait passer le test (d’après le résumé ; Ulrich et al., 1963 ; chiffres tirés de Dickson & Kelly, 1985).
Quelles descriptions paraissent les plus justes ?
L’effet Barnum n’a pas la même force pour toutes les descriptions. La revue de 1985 conclut que l’acceptation dépend de la pertinence apparente de la description pour soi et de son caractère favorable, et dans une certaine mesure du type d’évaluation dont elle est censée venir (Dickson & Kelly, 1985).
S’entendre dire qu’une description est « pour vous » renforçait l’effet. Dans une étude de 1972, les personnes à qui l’on disait que la même description générale avait été établie spécialement pour elles la jugeaient plus fidèle à leur personnalité que celles à qui l’on disait qu’elle valait pour les gens en général, et des études ultérieures ont retrouvé ce résultat (Snyder & Larson, 1972, cité par Dickson & Kelly, 1985). Un écran de résultat qui affiche votre prénom ou annonce « votre résultat personnel » peut paraître plus convaincant pour la même raison, même si ces études comparaient des descriptions présentées « pour vous » ou « pour les gens en général » et n’ont pas testé directement les écrans de résultat qui affichent un prénom.
Les descriptions flatteuses étaient acceptées plus facilement. Les études qui opposaient d’avance descriptions favorables et défavorables ont trouvé que les favorables étaient plus facilement jugées exactes. Que l’interprétation vienne de psychologues ou d’étudiants, ou que le résultat soit imprimé par ordinateur ou écrit à la main, cela changeait en général peu de chose, sauf que les descriptions défavorables étaient mieux acceptées venant d’une personne au statut perçu comme élevé (Dickson & Kelly, 1985).
Le type de test n’avait qu’un effet faible. La revue relève une faible tendance à juger plus exactes les descriptions présentées comme issues de tests projectifs, alors qu’une étude n’a trouvé aucune différence statistiquement significative selon que la description était censée venir d’un test projectif, d’une analyse graphologique ou d’un horoscope (Dickson & Kelly, 1985).
Pour les recherches à venir, la revue évoquait aussi la possibilité qu’une ou deux phrases étonnamment justes conduisent à accepter tout le reste (Marks & Kammann, 1980, cité par Dickson & Kelly, 1985). C’est présenté comme une question à étudier, pas comme un résultat établi.
Peut-on distinguer son vrai résultat d’un faux ?
Les recherches sur l’effet Barnum ne montrent pas que les gens ne se connaissent pas. La revue de 1985 souligne qu’on accepte beaucoup de phrases Barnum parce qu’elles s’appliquent vraiment, et parce qu’on n’a rien d’autre à quoi les comparer. Presque tout le monde accepte « vous avez tendance à être critique envers vous-même » et « par moments vous êtes d’un naturel extraverti, affable, sociable, à d’autres moments introverti, méfiant, réservé » comme vrais pour soi (Bachrach & Pattishall, 1960, cité par Dickson & Kelly, 1985), mais la plupart des gens n’accepteraient pas une phrase précise comme « vous avez un œil marron et un œil gris ». Face à un retour précis, ajoute la revue, les gens distinguent souvent sans peine le vrai du faux (Dickson & Kelly, 1985).
La façon de poser la question compte aussi. Une étude demandait séparément si la description était exacte et si elle décrivait la personne comme unique : les étudiants jugeaient la description générale exacte, mais pas comme un portrait de leur personnalité propre, et voyaient qu’elle conviendrait tout aussi bien à n’importe quel camarade de classe (Greene, 1977, cité par Dickson & Kelly, 1985). Ce résultat semble contredire d’autres études où les gens jugeaient une description plus vraie pour eux que pour les gens en général, mais la revue suggère que les deux approches mesuraient peut-être des choses différentes. Elle en conclut que les gens savent distinguer exactitude et singularité quand on le leur demande directement, mais qu’on ignore s’ils le font sans qu’on le leur demande ; le fait qu’on se serve souvent de ces notes d’exactitude pour confirmer la valeur du test laisse penser que non (Dickson & Kelly, 1985).
Certaines études ont glissé de vrais scores dans l’expérience. Dans l’une, 75 personnes (56 élèves pilotes militaires et 19 étudiants de troisième cycle) ayant rempli la traduction norvégienne du NEO PI-R, un inventaire de personnalité Big Five, ont reçu un profil de scores tiré au hasard à la place du leur et ont indiqué leur accord sur une échelle en 7 points. Plus les scores aléatoires se trouvaient proches des vrais, plus l’accord était élevé (corrélations de 0,08 à 0,64 selon le trait), et les scores très éloignés des vrais étaient repérés et rejetés ; les auteurs y voient un résultat qui va à l’encontre de l’effet Barnum (d’après le résumé ; Andersen & Nordvik, 2002).
Dans une étude de 2008, on montrait à 52 étudiants un vrai résultat et un faux, en leur demandant de choisir le leur. Ils retrouvaient leur vrai profil Big Five (NEO-FFI) plus souvent que le hasard, mais pas leur vrai portrait tiré d’un thème astral calculé par ordinateur ; pourtant, quand on leur faisait noter l’exactitude, un effet Barnum apparaissait pour les deux (d’après le résumé ; Wyman & Vyse, 2008). On peut y lire que la capacité à reconnaître son résultat et le sentiment qu’un résultat colle peuvent évoluer séparément.
Une étude de 2014, qui répartissait au hasard 359 étudiants lituaniens en quatre groupes et analysait les 243 revenus à la seconde séance, offre un contraste plus net. Deux à trois semaines après un inventaire Big Five (NEO PI-R), chacun recevait un résumé de personnalité en cinq phrases : conforme à ses vrais scores, aussi opposé que possible à son vrai profil, flatteur pour tous les traits, ou moyen pour tous les traits. Sur une échelle d’exactitude en 7 points, les résumés réels, flatteurs et moyens avaient tous une médiane de 6, sans différence entre eux ; seul le résumé opposé était moins bien noté, avec une médiane de 5 (Poškus, 2014). Autrement dit, les vrais résultats n’étaient pas jugés plus exacts que des résumés flatteurs ou moyens qu’on pourrait dire à n’importe qui. Dans le groupe au résumé flatteur, toutefois, les notes données à chaque phrase étaient le plus souvent liées aux vrais scores de traits (l’ouverture faisant exception), et l’auteur y voit une part de jugement objectif, pas seulement l’effet Barnum (Poškus, 2014).
Croyance, culture, et résultats qui orientent l’image de soi
Une étude de 1989 comparant des personnes qui croient à l’astrologie et des sceptiques a montré que les premières acceptaient plus souvent les descriptions comme exactes. Les descriptions favorables étaient en général jugées plus exactes, à une exception près : les croyants acceptaient une description astrologique négative autant qu’une positive. Les sceptiques comme les croyants jugeaient une description plus exacte quand elle était attribuée à l’astrologie que lorsque la même description ne l’était pas, et les sceptiques qui recevaient un horoscope favorable, contrairement à tous les autres groupes, devenaient significativement plus favorables à l’astrologie (d’après le résumé ; Glick et al., 1989).
Les différences culturelles n’étaient pas nettes. Une étude de 2009 a remis à 130 Occidentaux et 128 ressortissants chinois un profil Barnum censé venir de l’astrologie occidentale ou chinoise. Une première analyse semblait soutenir un effet Barnum universel, mais il disparaissait une fois pris en compte le genre, l’âge, le niveau d’études et les connaissances en psychologie. Peu d’éléments soutenaient des différences culturelles dans la croyance en l’astrologie ou dans la sensibilité à l’effet Barnum, et l’origine annoncée du profil, occidentale ou chinoise, ne changeait rien ; les ressortissants chinois qui croyaient à l’astrologie jugeaient toutefois leur profil plus exact pour les gens en général que les sceptiques chinois (d’après le résumé ; Rogers & Soule, 2009).
On peut aussi se rapprocher du résultat qu’on nous donne. Dans une expérience japonaise de 1995, 64 étudiantes d’une université pour femmes ont répondu soit à un test psychologique grand public tiré de livres populaires, soit à un test de personnalité académique, puis se sont vu dire au hasard, à tort, qu’elles étaient extraverties ou introverties. Celles à qui l’on avait dit qu’elles étaient extraverties se jugeaient plus extraverties que celles à qui l’on avait dit l’inverse. Dans une salle d’attente, elles adressaient plus souvent la parole à une inconnue (complice des chercheurs), et la complice comme les évaluateurs qui regardaient la vidéo les trouvaient plus extraverties. L’effet sur le comportement ne différait pas entre le test grand public et le test académique, et l’adhésion au résultat dépassait dans l’ensemble le milieu de l’échelle en 7 points (4), sans différence significative entre les conditions (Sakamoto et al., 1995).
Les auteurs soulignent que toutes les participantes étaient des étudiantes et qu’il faut vérifier davantage si un bref comportement en laboratoire se retrouve dans la vie quotidienne. Ils reconnaissent aussi que le retour « extravertie » était jugé plus souhaitable que le retour « introvertie » : une explication par le caractère souhaitable et l’humeur reste donc possible, même s’ils la jugeaient eux-mêmes moins probable (Sakamoto et al., 1995). Une étude de 1974 décrite dans la revue de 1985 a aussi montré que les personnes recevant un profil astrologique les décrivant comme dominantes et en quête de changement se notaient ensuite plus haut sur ces qualités dans un inventaire de personnalité que celles ayant reçu un profil les décrivant à l’inverse, sans qu’on sache si leur comportement avait changé (Delaney & Woodyard, 1974, cité par Dickson & Kelly, 1985).
Les étudiants en psychologie n’y échappent pas non plus. Des chercheurs d’une université française ont fait passer un faux test en ligne à 2 269 étudiants de licence en psychologie, sur cinq promotions, avant leur premier cours de psychométrie : 85 % ont jugé son efficacité au-dessus du point neutre, et 77 % se sont dits prêts à l’utiliser une fois psychologues (d’après le résumé ; Gonthier & Thomassin, 2025). Selon la revue de 1985, une étude a trouvé que les étudiants en psychologie plus avancés jugeaient les descriptions Barnum moins favorablement que les plus jeunes (Greene, 1977, cité par Dickson & Kelly, 1985), tandis que la plupart des études ne trouvaient pas de lien significatif entre l’acceptation et le sexe. La revue relevait aussi que la plupart des études avaient été menées auprès d’étudiants (Dickson & Kelly, 1985).
Ce que dit, et ne dit pas, l’impression que « c’est tout moi »
La leçon centrale de ces recherches est que l’impression qu’un résultat colle ne dit pas si le test est exact. Comme Forer l’avait signalé, cette validation personnelle ne distingue pas une personne d’une autre (Dickson & Kelly, 1985), et une étude de 1979 a conclu qu’accepter un retour sur sa personnalité ne prouve pas qu’un test est valide, pas plus que le rejeter ne prouve qu’il ne l’est pas (d’après le résumé ; Layne & Michels, 1979). La revue de 1985 ajoute que des résultats, vrais ou faux, qui contiennent des phrases Barnum paraîtront exacts et donneront une illusion de validité, et que les personnes qui trouvent un résultat exact font davantage confiance au test (Dickson & Kelly, 1985).
L’inverse est vrai aussi : un résultat qui sonne juste ne prouve pas que le test ne vaut rien. Dans les études ci-dessus, les gens retrouvaient leur vrai résultat Big Five mieux que le hasard (Wyman & Vyse, 2008) et rejetaient des scores très éloignés des leurs (Andersen & Nordvik, 2002). La fiabilité d’un test se juge non à l’impression, mais par des études qui vérifient si une même personne obtient des résultats proches en le repassant (fidélité) et si le test mesure bien ce qu’il prétend mesurer et se relie de façon cohérente à d’autres données (validité). La façon dont le MBTI s’en sort au regard de ces critères est présentée dans le guide Fiabilité du MBTI, et le degré d’appui scientifique des différents systèmes dans le guide MBTI, groupe sanguin, astrologie, saju.
Les lectures fondées sur le groupe sanguin, la date de naissance, le visage, les lignes de la main, l’écriture ou les rêves, comme les portraits par groupe sanguin, le zodiaque, le signe chinois, la lecture du visage, la chiromancie, la graphologie ou l’interprétation des rêves, ne peuvent pas non plus se juger à l’impression qu’elles collent. Savoir si elles sont vraiment liées à la personnalité ou à l’avenir relève de la recherche. Les études sont présentées dans les guides Groupe sanguin et personnalité, Signes du zodiaque et personnalité, Signe chinois et personnalité, Lire la personnalité sur un visage, Fiabilité de la chiromancie, Fiabilité de la graphologie et Interprétation des rêves, et la façon de lire le saju autrement qu’un test de personnalité dans le guide Saju et tests de personnalité. Pourquoi un tirage de tarot peut sembler juste, et les rares études qui l’ont testé, sont présentés dans le guide Le tarot est-il fiable ?. Le classement en « cerveau gauche » ou « cerveau droit », qui emprunte le vocabulaire des neurosciences, doit lui aussi se juger sur la recherche, et non à l’impression qu’il colle. Les deux hémisphères se partagent bien une partie du travail, mais d’après les études présentées dans le guide Cerveau gauche, cerveau droit, rien ne permet de classer les gens en ces deux types. Sur mind.io, les pages sur le groupe sanguin, le zodiaque et le saju présentent ces lectures comme une culture à apprécier pour le plaisir.
Il en va de même des résultats de mind.io. Quand une description de type MBTI ou une interprétation Big Five vous fait hocher la tête, l’effet Barnum peut y être pour quelque chose. Mieux vaut donc regarder, en plus des descriptions, les chiffres calculés à partir de vos réponses : le test MBTI de mind.io indique de combien, en pourcentage, vous penchez sur chacun des quatre axes et quels axes sont proches de 50/50, et le test Big Five donne un score pour chacun des cinq traits.
Relire n’importe quel résultat avec plus de recul
Les idées ci-dessous sont des suggestions tirées des recherches sur l’effet Barnum ; les méthodes elles-mêmes n’ont pas été testées. Servez-vous-en comme d’une liste de vérification pour lire vos résultats.
Premièrement, demandez-vous si cela conviendrait aussi à quelqu’un de votre entourage. Relisez le résultat phrase par phrase en vous demandant : « Est-ce que ce serait vrai aussi pour quelqu’un de mon entourage ? » Une phrase qui convient à la plupart des gens vous apprend peu de chose sur vous. L’idée vient du constat que les gens distinguaient exactitude et singularité quand on les interrogeait sur les deux (Greene, 1977, cité par Dickson & Kelly, 1985).
Deuxièmement, lisez aussi les descriptions des autres résultats. Si beaucoup de phrases des types MBTI qui ne sont pas le vôtre, ou des portraits d’autres groupes sanguins que le vôtre, vous font aussi hocher la tête, ces phrases ne vous distinguent de personne. Les types qui ne diffèrent que d’une lettre sont comparés côte à côte dans le guide Types MBTI faciles à confondre.
Troisièmement, cherchez les phrases qui pourraient être fausses. Une phrase à double tranchant comme « d’un naturel tantôt extraverti, tantôt introverti » ne risque guère d’être fausse. Un résultat vous apprend quelque chose quand une phrase qui aurait pu ne pas vous convenir, comme « en groupe, vous avez tendance à mener la conversation », se révèle juste. Comme le suggère l’exemple de la couleur des yeux dans la revue de 1985, plus une affirmation est précise, plus il est facile de savoir si elle est vraie (Dickson & Kelly, 1985).
Quatrièmement, regardez les scores et les cas limites plutôt que la description. Pour un résultat MBTI, vérifiez quels axes étaient proches de 50/50 ; pour le Big Five, quels traits se situent vers le milieu. Un résultat proche d’une limite peut changer si vous repassez le test. Le guide Fiabilité du MBTI explique en détail pourquoi les résultats changent et comment les lire.
Cinquièmement, repassez le test plus tard ou comparez avec un autre. Obtenir la même tendance quelques semaines après, un jour ordinaire, sans épuisement ni euphorie, et voir des tests qui fonctionnent différemment, comme le test MBTI et le test Big Five, pointer dans la même direction vous donne plus d’éléments qu’un résultat unique. La façon de lire les deux ensemble est présentée dans le guide MBTI ou Big Five. Demander à quelqu’un qui vous connaît bien quelle description vous ressemble le plus peut aussi aider.
Sixièmement, prenez les pages faites pour s’amuser comme un amusement. Chercher les phrases qui collent dans un portrait de groupe sanguin ou de signe et en discuter peut être un vrai plaisir. Évitez simplement de vous en servir pour juger quelqu’un ou pour prendre des décisions importantes, en amour comme pour un recrutement. Gardez aussi en tête que plus un résultat est flatteur, plus on a tendance à y croire (Dickson & Kelly, 1985).
Effet Barnum : questions fréquentes
Q. Effet Barnum et effet Forer, est-ce la même chose ? R. Oui, les deux désignent le même phénomène. Forer l’a montré dans une expérience de 1949 et l’appelait l’« erreur de la validation personnelle » (Poškus, 2014) ; le nom « effet Barnum » a été proposé par Paul Meehl en 1956 (Meehl, 1956), qui s’en servait d’abord pour critiquer les descriptions banales des comptes rendus de tests.
Q. Quels sont des exemples d’effet Barnum ? R. Des phrases qui conviennent plus ou moins à presque tout le monde, comme « vous avez en général bon moral et de l’optimisme, mais il vous arrive d’avoir des coups de déprime », « les études ne sont pas toujours faciles pour vous » ou « vous avez tendance à être critique envers vous-même » (Dickson & Kelly, 1985). Le « un changement approche » d’un horoscope ou le « d’ordinaire calme, mais parfois susceptible » d’un portrait de groupe sanguin sont du même genre.
Q. Un résultat MBTI qui me ressemble, est-ce seulement l’effet Barnum ? R. En partie, peut-être. Les descriptions de types peuvent contenir des phrases valables pour beaucoup de monde, ce qui peut amplifier l’impression que le résultat colle. Mais le MBTI calcule des scores à partir de vos réponses, et la constance des scores du MBTI officiel comme ce à quoi ils sont liés ont été étudiés à part. Le test MBTI de mind.io n’est pas l’instrument officiel mais une série d’items de style MBTI conçus sur les quatre mêmes axes de préférence : ces études ne valident donc pas le test de mind.io lui-même. Voyez le guide Fiabilité du MBTI.
Q. Est-ce à cause de l’effet Barnum que le groupe sanguin ou le signe astrologique semble si juste ? R. C’est l’une des raisons avancées. Les personnes qui croyaient à l’astrologie jugeaient les descriptions plus exactes, et même les sceptiques jugeaient une description identique plus exacte quand on la disait astrologique (Glick et al., 1989). Les recherches sur chacun sont présentées dans les guides Groupe sanguin et personnalité et Signes du zodiaque et personnalité.
Q. Si un résultat me paraît juste, le test est-il fiable ? R. Cela ne suffit pas à le dire. Une étude a conclu qu’accepter un retour sur sa personnalité ne prouve pas qu’un test est valide (Layne & Michels, 1979). L’impression de justesse ne veut pas dire non plus que le test se trompe. Il faut regarder les études qui vérifient si l’on obtient des résultats proches en le repassant (fidélité) et si le test mesure ce qu’il prétend mesurer (validité).
Q. Certaines personnes sont-elles plus sensibles à l’effet Barnum ? R. La plupart des études n’ont pas trouvé de lien significatif entre l’acceptation et le sexe. Quelques éléments relient l’effet à des caractéristiques de personnalité comme un lieu de contrôle externe, l’autoritarisme ou le besoin d’approbation (Dickson & Kelly, 1985), mais cela peut arriver à tout le monde : même parmi des étudiants de licence en psychologie, 85 % ont jugé l’efficacité d’un faux test au-dessus du point neutre (Gonthier & Thomassin, 2025).
Q. Comment savoir si un résultat est faux ? R. Vérifiez si les phrases conviendraient aussi à quelqu’un de votre entourage, si elles contiennent des affirmations précises qui pourraient être fausses, et si un nouveau passage ou un autre test donne un résultat proche. Ce sont des suggestions tirées des recherches sur l’effet Barnum plutôt que des méthodes testées par des études.
Références : Dickson, D. H., & Kelly, I. W. (1985), The “Barnum effect” in personality assessment: a review of the literature, Psychological Reports 57(2), 367-382, https://doi.org/10.2466/pr0.1985.57.2.367 ; Forer, B. R. (1949), The fallacy of personal validation: a classroom demonstration of gullibility, Journal of Abnormal and Social Psychology 44(1), 118-123, https://doi.org/10.1037/h0059240 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Sundberg, N. D. (1955), The acceptability of “fake” versus “bona fide” personality test interpretations, Journal of Abnormal and Social Psychology 50(1), 145-147, https://doi.org/10.1037/h0044374 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Poškus, M. S. (2014), A new way of looking at the Barnum effect and its links to personality traits in groups receiving different types of personality feedback, Psichologija 50, 95-105, https://doi.org/10.15388/psichol.2014.50.4893 ; Meehl, P. E. (1956), Wanted—a good cookbook, American Psychologist 11(6), 263-272, https://doi.org/10.1037/h0044164 (read in its reprint, Problems in the actuarial characterization of a person, Minnesota Studies in the Philosophy of Science 1, 205-222, https://hdl.handle.net/11299/184265) ; Snyder, C. R., & Shenkel, R. J. (1976), Effects of “favorability,” modality, and relevance on acceptance of general personality interpretations prior to and after receiving diagnostic feedback, Journal of Consulting and Clinical Psychology 44(1), 34-41, https://doi.org/10.1037/0022-006X.44.1.34 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Ulrich, R. E., Stachnik, T. J., & Stainton, N. R. (1963), Student acceptance of generalized personality interpretations, Psychological Reports 13(3), 831-834, https://doi.org/10.2466/pr0.1963.13.3.831 ; Snyder, C. R., & Larson, G. R. (1972), A further look at student acceptance of general personality interpretations, Journal of Consulting and Clinical Psychology 38(3), 384-388, https://doi.org/10.1037/h0032899 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Marks, D., & Kammann, R. (1980), The psychology of the psychic, Prometheus Books (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Bachrach, A. J., & Pattishall, E. G. (1960), An experiment in universal and personal validation, Psychiatry 23(3), 267-270, https://doi.org/10.1080/00332747.1960.11023225 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Greene, R. L. (1977), Student acceptance of generalized personality interpretations: a reexamination, Journal of Consulting and Clinical Psychology 45(5), 965-966, https://doi.org/10.1037/0022-006X.45.5.965 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Andersen, P., & Nordvik, H. (2002), Possible Barnum effect in the five factor model: do respondents accept random NEO Personality Inventory-Revised scores as their actual trait profile?, Psychological Reports 90(2), 539-545, https://doi.org/10.2466/pr0.2002.90.2.539 ; Wyman, A. J., & Vyse, S. (2008), Science versus the stars: a double-blind test of the validity of the NEO Five-Factor Inventory and computer-generated astrological natal charts, Journal of General Psychology 135(3), 287-300, https://doi.org/10.3200/GENP.135.3.287-300 ; Glick, P., Gottesman, D., & Jolton, J. (1989), The fault is not in the stars: susceptibility of skeptics and believers in astrology to the Barnum effect, Personality and Social Psychology Bulletin 15(4), 572-583, https://doi.org/10.1177/0146167289154010 ; Rogers, P., & Soule, J. (2009), Cross-cultural differences in the acceptance of Barnum profiles supposedly derived from Western versus Chinese astrology, Journal of Cross-Cultural Psychology 40(3), 381-399, https://doi.org/10.1177/0022022109332843 ; Sakamoto, A., Miura, S., Sakamoto, K., & Mori, T. (1995), A self-fulfillment phenomenon due to outcome feedback of pop psychological tests: an experiment and a survey of female undergraduate students [in Japanese], Japanese Journal of Experimental Social Psychology 35(1), 87-101, https://doi.org/10.2130/jjesp.35.87 ; Delaney, J. G., & Woodyard, H. D. (1974), Effects of reading an astrological description on responding to a personality inventory, Psychological Reports 34, 1214 (cited in Dickson & Kelly, 1985) ; Gonthier, C., & Thomassin, N. (2025), Getting students interested in psychological measurement by experiencing the Barnum effect, Teaching of Psychology 52(2), 183-192 (online 2024), https://doi.org/10.1177/00986283241240454 ; Layne, C., & Michels, P. J. (1979), Inventory responding as a model of people’s acceptance of personality interpretations, Journal of Personality Assessment 43(5), 509-513, https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4305_13
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