Guide d’interprétation
Sentiment d’efficacité personnelle : définition et différence avec l’estime de soi
Ce qu’est le sentiment d’efficacité personnelle, sa différence avec l’estime de soi, sa mesure, ce qu’il prédit et si l’on peut l’augmenter.
Qu’est-ce que le sentiment d’efficacité personnelle ? L’essentiel
Le sentiment d’efficacité personnelle (self-efficacy), aussi appelé auto-efficacité, désigne la conviction « je suis capable de faire cela ». La notion a été proposée en 1977 dans un article d’Albert Bandura, de l’université Stanford. Albert Bandura appelait « attente d’efficacité » la conviction de pouvoir accomplir avec succès le comportement nécessaire pour obtenir un résultat, et faisait l’hypothèse que ces attentes déterminent si l’on se met à affronter une difficulté, combien d’efforts on y consacre et combien de temps on persévère face aux obstacles et aux expériences désagréables. L’article précisait aussi que l’attente seule ne produit pas la performance voulue si les compétences nécessaires manquent (Bandura, 1977).
Dans un guide de 2006 consacré à la construction d’échelles d’auto-efficacité, Albert Bandura le résumait comme les croyances d’une personne en sa capacité à produire des résultats donnés. Ces croyances ne forment pas un trait global unique, mais un ensemble de croyances liées à différents domaines de la vie : une personne qui dirige une entreprise peut avoir un fort sentiment d’efficacité pour diriger une organisation, mais un sentiment faible pour élever des enfants (Bandura, 2006). Parler du sentiment d’efficacité d’une personne pour une tâche précise est donc plus proche de cette définition que parler d’une personne « à forte auto-efficacité ».
En bref : le sentiment d’efficacité personnelle est souvent plus élevé chez les personnes qui réussissent au travail et dans les études, mais en suivant les mêmes personnes dans le temps, il ressemble davantage au résultat de ce qu’elles ont déjà accompli qu’à un moteur des résultats futurs. Des expériences qui augmentaient l’auto-efficacité ont toutefois modifié dans une certaine mesure les comportements de santé. Les programmes destinés à l’augmenter ont surtout eu de petits effets, et plus haut n’est pas toujours mieux. Chaque point est détaillé ci-dessous, avec les études et les chiffres.
Ce guide présente le sens du sentiment d’efficacité personnelle et ce qui le distingue de l’estime de soi et de la confiance en soi, ses quatre sources, sa mesure, son lien avec la performance et le débat sur ce qui vient en premier, les études d’intervention qui ont tenté de l’augmenter et les idées reçues. mind.io ne propose pas de test d’auto-efficacité, et ce guide ne reproduit ni items d’échelle ni interprétation de score. Les outils comme l’échelle d’auto-efficacité généralisée ne sont présentés qu’à travers la recherche, dans la partie sur la mesure.
Ce qui le distingue de l’estime de soi, de la confiance en soi et de l’état d’esprit de croissance
Albert Bandura insistait pour distinguer le sentiment d’efficacité personnelle de l’estime de soi, du lieu de contrôle et des attentes de résultat. Le premier est un jugement de capacité (« suis-je capable de faire cela ? »), la seconde un jugement de valeur personnelle (« suis-je quelqu’un de valeur ? »), et ce sont, selon les mots d’Albert Bandura, deux phénomènes entièrement différents (Bandura, 2006). Si cette distinction tient, on peut se sentir incapable de faire quelque chose tout en s’estimant, ou réussir une tâche tout en se dévalorisant. Les façons de renforcer l’estime de soi sont présentées dans le guide Renforcer l’estime de soi.
Dans les questionnaires, pourtant, les deux se recoupent nettement. Dans les données publiées par les auteurs de l’échelle d’auto-efficacité généralisée (GSE), auprès de personnes ayant émigré d’Allemagne de l’Est (528 hommes et 380 femmes lors de la première vague), la corrélation entre auto-efficacité générale et estime de soi était de 0,51 chez les hommes et de 0,59 chez les femmes en 1989, puis de 0,34 et 0,40 en 1991 (seconde vague, 122 hommes et 102 femmes ; Schwarzer, 2014). Une équipe a trouvé dans une méta-analyse que les mesures de l’estime de soi, du lieu de contrôle, du névrosisme et de l’auto-efficacité généralisée étaient fortement liées, et a suggéré qu’elles pourraient être des marqueurs d’un même concept de niveau supérieur (Judge et al., 2002). Une autre équipe a trouvé l’auto-efficacité générale plus liée aux variables de motivation et l’estime de soi aux variables affectives, et a conclu qu’on pouvait les distinguer (Chen et al., 2004). Ces deux articles ont été lus sous forme de résumé.
Le sentiment d’efficacité personnelle se distingue aussi des attentes de résultat. Dans l’article de 1977, Albert Bandura séparait l’attente de résultat, l’estimation qu’un comportement mènera à certains résultats, de l’attente d’efficacité, la conviction de pouvoir accomplir ce comportement avec succès (Bandura, 1977). Croire que « si je travaille beaucoup, je réussirai l’examen » n’est pas le même jugement que croire « je suis capable de travailler autant ». Le lieu de contrôle (locus of control) est encore autre chose : une croyance sur le fait que les résultats dépendent de ses propres actions ou de forces extérieures sur lesquelles on n’a pas prise. L’exemple d’Albert Bandura : des élèves qui croient que les bonnes notes dépendent entièrement de leurs propres performances, mais se découragent parce qu’ils se croient incapables de réussir aussi bien (Bandura, 2006).
Et la confiance en soi ? Aucune des études lues pour ce guide ne trace de frontière nette entre les deux. La confiance en soi est un mot large, tandis que les échelles d’auto-efficacité décrites par Albert Bandura demandent, activité par activité, son degré de certitude de pouvoir faire chacune dès maintenant. Albert Bandura conseillait aussi de formuler les items en « je peux » plutôt qu’en « je vais », car « pouvoir » relève du jugement de capacité et « aller faire » de l’intention (Bandura, 2006). L’état d’esprit de croissance est la conviction que les qualités humaines sont malléables plutôt que figées (Burnette et al., 2013) ; il ne porte donc pas sur la même question que le sentiment de pouvoir accomplir une tâche précise maintenant. Cet article a été lu sous forme de résumé. La recherche sur l’état d’esprit est présentée dans le guide L’état d’esprit de croissance.
D’où vient-il ? Les quatre sources
Selon Albert Bandura, le sentiment d’efficacité personnelle se construit à partir de quatre sources principales d’information : les réussites personnelles (les expériences de maîtrise), l’expérience vicariante (voir d’autres réussir), la persuasion verbale (s’entendre dire « tu peux y arriver ») et les états physiologiques, comme la tension ou le cœur qui bat vite. Plus la source est fiable, plus le changement d’auto-efficacité est grand. La théorie visait à expliquer comment le comportement change, pas à servir de test de personnalité, et l’article de 1977 s’appuyait sur des études de traitement dans lesquelles des adultes dont la phobie des serpents gênait la vie recevaient un modelage participatif (voir une démonstration, puis faire soi-même avec de l’aide), un modelage seul ou aucun traitement (Bandura, 1977).
Les quatre sources n’ont pas le même poids. Albert Bandura jugeait les réussites personnelles particulièrement influentes parce qu’elles reposent sur une maîtrise vécue : les succès élèvent les attentes et les échecs répétés les abaissent, surtout s’ils surviennent tôt. L’expérience vicariante repose sur la comparaison sociale et constitue donc une source moins fiable que la preuve directe de ses propres réussites, et les attentes créées par la persuasion sont plus faibles, faute d’une véritable base d’expérience, et peuvent s’éteindre facilement face à une expérience contraire. L’activation physiologique est une information sur laquelle on s’appuie en partie pour juger de son anxiété et de sa vulnérabilité au stress (Bandura, 1977).
Les recherches ultérieures ont plutôt confirmé que les réussites personnelles sont la source la plus forte, avec des exceptions. Une revue des études scolaires concluait que l’expérience de maîtrise est en général la source la plus influente, mais que la force de chaque source varie selon le contexte, comme le genre, l’origine ethnique, le niveau scolaire et la matière (Usher & Pajares, 2008). Dans une méta-analyse de 61 études sur l’auto-efficacité scolaire (8 965 personnes), les réussites personnelles avaient de loin le lien propre le plus fort avec l’auto-efficacité une fois les autres sources contrôlées, et les quatre sources ensemble en expliquaient davantage dans les matières hors STEM (14 études, R² = 0,37) que dans les matières STEM (47 études, R² = 0,22 ; Byars-Winston et al., 2017). Ces deux articles ont été lus sous forme de résumé, et comme l’analyse regroupe des corrélations, elle ne montre pas que les sources créent l’auto-efficacité.
Comment le mesurer : échelles générales, échelles par tâche et tests gratuits
La mesure générale la plus connue est l’échelle d’auto-efficacité généralisée (General Self-Efficacy Scale, GSE), mise au point en Allemagne par Ralf Schwarzer et Matthias Jerusalem. Elle a été créée pour prédire la façon de faire face aux tracas quotidiens et l’adaptation après toutes sortes d’événements de vie stressants, et compte 10 items notés sur une échelle en 4 points (Schwarzer & Jerusalem, 1995). Elle a commencé en 1979 avec 20 items, a été réduite en 1981 à 10 items, puis adaptée dans de nombreuses langues. Une équipe dont faisait partie Ralf Schwarzer admettait avec Albert Bandura que l’auto-efficacité devrait être conçue de façon propre à chaque situation, et décrivait la GSE comme visant un sentiment large et stable de pouvoir faire face à des situations stressantes variées. Dans les données de 19 120 personnes de 25 pays, sa fidélité (α) était de 0,86, et l’hypothèse de plusieurs facteurs a été rejetée au profit d’un facteur unique. Les échantillons n’ayant pas été tirés au hasard dans chaque pays, l’équipe note que les écarts entre pays peuvent refléter les personnes interrogées ; ce guide ne compare donc aucun pays (Scholz et al., 2002).
La GSE a aussi été traduite en coréen (Lee et al., 1994), en japonais (Ito et al., 2005) et en français (Dumont et al., 2000), sous le nom « Auto-efficacité Généralisée ». Dans l’étude des 25 pays, l’échantillon coréen comptait 147 personnes, avec une fidélité de 0,88 (Scholz et al., 2002), et chez 941 personnes interrogées à Séoul en 2004, elle était de 0,86 (Luszczynska et al., 2005). La seule étude trouvée qui examine à part la structure de la version coréenne portait sur 171 personnes âgées immigrées d’origine coréenne et atteintes de diabète, recrutées dans deux communautés religieuses du sud de la Californie fréquentées par la population coréenne et sur les réseaux sociaux. La fidélité était de 0,81 ; un modèle à deux facteurs s’ajustait mieux aux données, mais la fidélité de l’une de ses sous-échelles, « confiance », n’était que de 0,54, si bien que l’équipe recommande d’utiliser la version coréenne comme un facteur unique. Elle précise aussi que les résultats ne peuvent pas être généralisés à d’autres populations et que la pandémie de COVID-19 a pu influer sur la façon dont les participants percevaient leur auto-efficacité (Kim et al., 2023). Au Japon, une échelle distincte de 16 items, la GSES, a été mise au point (Sakano & Tohjoh, 1986).
Selon Albert Bandura, il n’existe pas de mesure d’auto-efficacité valable pour tout : l’approche « une mesure pour tout » explique et prédit généralement peu, car la plupart des items d’un test universel peuvent n’avoir que peu ou pas de rapport avec le domaine concerné. Les échelles recommandées demandent, pour des activités précises du domaine visé, d’indiquer son degré de certitude de pouvoir faire chacune, de 0 (« impossible ») à 100 (« certitude de pouvoir le faire ») par paliers de 10, et d’éviter les échelles à peu de degrés, moins sensibles et moins fiables. Pour réduire la crainte du jugement, on répond en privé, sans nom, et mieux vaut donner à l’échelle un titre neutre comme « Appraisal Inventory » (inventaire d’évaluation) plutôt que « Self-Efficacy » (Bandura, 2006).
De fait, les échelles adaptées à la tâche ont souvent mieux prédit. Une revue sur l’auto-efficacité en milieu scolaire concluait que les mesures ajustées aux tâches auxquelles on les compare expliquent et prédisent mieux les résultats liés que les mesures globales (Pajares, 1996). Une échelle coréenne d’auto-efficacité scolaire de 28 items en trois facteurs, confiance, efficacité d’autorégulation et préférence pour la difficulté des tâches (8, 10 et 10 items), prédisait elle aussi mieux la réussite scolaire qu’une échelle d’auto-efficacité générale (Kim & Park, 2001). Les auteurs de la GSE indiquent eux-mêmes qu’une échelle spécifique vaut mieux pour prédire un comportement particulier (Schwarzer, 2014). On reproche aux mesures générales une possible faible validité de contenu et un caractère multidimensionnel (Chen et al., 2001), tandis qu’une analyse des items a trouvé des propriétés de mesure acceptables pour trois mesures générales, surtout aux niveaux d’auto-efficacité bas (Scherbaum et al., 2006). Dans ce paragraphe, les quatre articles autres que la FAQ des auteurs de la GSE ont été lus sous forme de résumé.
Et les « tests d’auto-efficacité » gratuits en ligne ? Aucune étude évaluant un test gratuit en ligne en particulier n’a été trouvée pour ce guide. Le plus proche est une étude de 1999 dans laquelle les auteurs de la GSE ont recueilli sur le web les réponses de 1 437 utilisateurs d’ordinateurs et jugé toutes les caractéristiques psychométriques satisfaisantes (Schwarzer et al., 1999). Cet article a été lu sous forme de résumé, et il portait sur l’enquête en ligne des auteurs eux-mêmes, pas sur un site de tests gratuits. Les auteurs précisent que la GSE n’a pas de seuil, qu’ils n’approuvent pas un tel classement des personnes et que leur FAQ est la seule documentation de l’échelle (Schwarzer, 2014). Mieux vaut lire un score comme une indication de ce que l’on ressent en ce moment, et vérifier sa confiance pour une tâche précise avec des questions sur cette tâche, ce qui est plus proche des conseils d’Albert Bandura.
Quel lien avec la performance, et qu’est-ce qui vient en premier ?
Le sentiment d’efficacité personnelle est lié à la performance dans de nombreux domaines. Une méta-analyse de 114 études sur la performance au travail (157 tailles d’effet, 21 616 personnes) a trouvé une corrélation moyenne pondérée de 0,38 entre auto-efficacité et performance (Stajkovic & Luthans, 1998). En tenant compte de la personnalité (Big Five), de l’intelligence et de l’expérience du poste ou de la tâche, l’auto-efficacité ajoutait cependant relativement peu. Elle prédisait la performance pour les postes ou les tâches peu complexes, mais pas pour ceux de complexité moyenne ou élevée, et la performance à la tâche mais pas la performance dans le poste (Judge et al., 2007). Ces deux articles ont été lus sous forme de résumé, et le résumé ne dit pas si le 0,38 a été corrigé.
Les résultats scolaires vont dans le même sens. Une méta-analyse de 1991 rapportait des liens positifs et significatifs entre auto-efficacité, réussite scolaire et persévérance, dans des matières, des plans d’étude et des mesures variés, mais d’ampleur variable selon les études (Multon et al., 1991). Une méta-analyse des corrélats des notes à l’université (GPA), tirée de 7 167 articles fournissant 241 jeux de données et comparant 50 corrélats, a trouvé une corrélation moyenne pour l’auto-efficacité scolaire et forte pour l’auto-efficacité de performance (performance self-efficacy), la plus forte des 50 (Richardson et al., 2012). Pour la santé, dans l’échantillon de Séoul, les personnes à GSE élevée pratiquaient une activité physique et mangeaient sainement plus régulièrement que celles à GSE basse (Luszczynska et al., 2005). Ce sont toutes des associations : elles ne montrent pas qu’une auto-efficacité plus élevée a amélioré la performance. Les articles de Multon et de Richardson ont été lus sous forme de résumé.
Pour établir une cause, il faut des expériences. Une méta-analyse de 204 tests expérimentaux, dans lesquels les participants étaient répartis au hasard entre une condition témoin et un traitement qui renforçait les attitudes, les normes ou l’auto-efficacité, a trouvé que modifier l’auto-efficacité changeait de façon moyenne l’intention d’adopter un comportement de santé (d+ = 0,51) et de façon faible à moyenne le comportement lui-même (d+ = 0,47 ; Sheeran et al., 2016). Le résumé ne dit pas combien de ces 204 tests portaient sur l’auto-efficacité. Parmi les études de ce guide, c’est la preuve expérimentale la plus directe que l’auto-efficacité modifie le comportement. Cet article a été lu sous forme de résumé, qui ne dit pas combien de temps le comportement a été suivi.
Alors, qu’est-ce qui vient en premier ? L’article de 1977 disait déjà qu’il faut mesurer les attentes d’efficacité et la performance aux moments clés du changement pour éclairer leurs effets réciproques (Bandura, 1977). Une méta-analyse d’études ayant mesuré les mêmes personnes à plusieurs reprises a trouvé une corrélation intra-individuelle corrigée de 0,23 entre auto-efficacité et performance suivante, tombée à 0,06, non significative, une fois contrôlée la tendance de chaque personne dans le temps. Dans l’autre sens, la corrélation corrigée entre performance passée et auto-efficacité suivante était de 0,40 et restait de 0,30 avec la tendance contrôlée. Les auteurs concluaient que l’auto-efficacité est surtout un produit des performances passées plutôt que le moteur des performances futures (Sitzmann & Yeo, 2013). Une analyse regroupant 11 études scolaires ayant mesuré les deux à deux moments (2 688 personnes) a trouvé des effets dans les deux sens, mais l’effet de la performance sur l’auto-efficacité suivante (β = 0,205) était plus grand que l’inverse (β = 0,071), et chez les enfants, seul le chemin de la performance vers la croyance apparaissait. Les effets dans les deux sens étaient plus forts dans les études dont la méthode suivait les recommandations des théoriciens de l’auto-efficacité (Talsma et al., 2018). Ces deux articles ont été lus sous forme de résumé, et le résumé ne dit pas par rapport à quoi les corrélations ont été corrigées.
Certaines études ont même trouvé l’auto-efficacité évoluant à l’opposé de la performance. Une étude intra-individuelle de 56 étudiants a confirmé les prédictions selon lesquelles la corrélation positive habituelle vient de l’effet des performances passées sur l’auto-efficacité, et l’auto-efficacité peut faire baisser la performance suivante, tandis qu’une seconde étude de 185 étudiants a trouvé que l’auto-efficacité prédisait positivement la performance quand l’objectif était difficile (Vancouver et al., 2001). Quand l’auto-efficacité a été augmentée expérimentalement chez 43 des 87 étudiants d’un jeu d’analyse, leur performance à l’essai suivant a baissé (Vancouver et al., 2002), et chez 63 étudiants ayant répondu à des questionnaires avant cinq examens, une auto-efficacité plus élevée chez une même personne allait avec une motivation et des notes plus basses, alors que le lien entre personnes était positif (Vancouver & Kendall, 2006). Une autre étude a trouvé le lien négatif quand ce qu’exige une bonne performance était flou et positif quand c’était clair (Schmidt & DeShon, 2010). Le groupe de Vancouver modélise désormais l’auto-efficacité comme pouvant agir positivement ou négativement sur l’effort et la performance (Vancouver & Purl, 2017). En réponse, Bandura et Locke ont soutenu que 9 méta-analyses et la recherche sur la fixation d’objectifs contredisent ces résultats (Bandura & Locke, 2003), et Albert Bandura a reproché à ces études de ne pas remplir des exigences théoriques, méthodologiques, analytiques et de mesure essentielles (Bandura, 2012). Il s’agit surtout de petites études menées auprès d’étudiants : elles ne doivent pas être lues comme une règle selon laquelle une forte auto-efficacité ferait baisser la performance, et le débat continue. Tous les articles de ce paragraphe ont été lus sous forme de résumé.
Les méthodes qui ont fait leurs preuves pour atteindre un objectif, comme les plans « si… alors » et WOOP, sont présentées dans le guide Loi de l’attraction, et le lien entre procrastination et confiance dans sa capacité à bien faire, dans le guide Procrastination : ce qui aide.
Peut-on l’augmenter ? Ce que montrent les études d’intervention
Les programmes destinés à augmenter le sentiment d’efficacité personnelle ont surtout eu de petits effets. Dans une méta-analyse de 27 études d’intervention sur l’activité physique chez des adultes en bonne santé (5 501 personnes), l’effet moyen sur l’auto-efficacité était de d = 0,16 (Ashford et al., 2010). Sur 1 080 études repérées pour une analyse limitée aux essais contrôlés randomisés visant à augmenter l’activité physique d’adultes en bonne santé, 20 ont été retenues ; les interventions augmentaient l’auto-efficacité pour l’exercice de g = 0,208, l’auto-efficacité face aux obstacles de g = 0,128 et l’activité physique de g = 0,335 (Higgins et al., 2014). Pour 20 études de programmes de santé numériques automatisés (5 624 personnes), l’effet était de g = 0,190 (Newby et al., 2021). Ces trois articles ont été lus sous forme de résumé.
Chez des adultes en situation d’obésité, l’effet sur l’auto-efficacité était aussi faible (d = 0,23), tandis que celui sur l’activité physique était moyen (d = 0,50). Sur 61 comparaisons, 25 avaient un groupe témoin et 36 comparaient seulement avant et après, et les changements d’auto-efficacité n’étaient pas liés de façon significative aux changements d’activité physique (Olander et al., 2013). Sur 30 études portant sur l’auto-efficacité en lecture d’élèves et d’étudiants (2 300 personnes traitées et 1 957 en groupe témoin ou de comparaison), l’effet était de g = 0,24 face aux groupes témoins, de g = 0,44 face à d’autres traitements et de g = 0,36 entre avant et après, et le fait qu’une étude soit publiée dans une revue modifiait la taille de l’effet (Unrau et al., 2018). Dans une méta-analyse d’un programme d’autogestion de 6 semaines destiné aux personnes atteintes de maladies chroniques (Chronic Disease Self-Management Program, CDSMP), l’effet sur l’auto-efficacité globale passait de 0,35 à 4-6 mois (5 études) à 0,20 à 9-12 mois (3 études), alors que les effets sur l’auto-efficacité pour gérer la maladie et pour gérer les autres symptômes augmentaient à 9-12 mois. Ces tailles d’effet combinent essais randomisés et évaluations avant-après (Brady et al., 2013). L’article d’Unrau a été lu sous forme de résumé.
Quels ingrédients allaient avec de plus fortes hausses ? Dans les études sur l’activité physique, les programmes comportant un retour sur ses propres performances passées ou sur celles d’autres personnes produisaient l’auto-efficacité la plus élevée, et l’expérience vicariante était aussi associée à une auto-efficacité plus élevée, tandis que la persuasion, la maîtrise graduée et l’identification des obstacles étaient associées à une auto-efficacité plus basse (Ashford et al., 2010). Dans une analyse du même groupe, portant elle aussi sur 27 études d’adultes en bonne santé, la planification de l’action, les instructions et le renforcement de l’effort allaient avec une auto-efficacité et une activité physique plus élevées, et la prévention de la rechute et les tâches graduées avec des niveaux plus bas des deux (Williams & French, 2011). Les deux analyses portaient probablement sur les mêmes études : mieux vaut ne pas les compter comme deux résultats indépendants, et les résumés n’expliquent pas pourquoi les tâches graduées, censées construire la maîtrise pas à pas, allaient avec une auto-efficacité plus basse. Dans les essais randomisés sur l’alimentation saine, la gestion du stress était associée de façon constante aux gains d’auto-efficacité, avec des preuves plus faibles pour les autres techniques (Prestwich et al., 2014). Pour les programmes numériques, on ne savait pas clairement quelles techniques marchent le mieux (Newby et al., 2021).
L’équipe de la méta-analyse sur les adultes en situation d’obésité avertissait que ses propres résultats, tirés de programmes combinant plusieurs techniques, ne signifient pas qu’une technique aurait le même effet utilisée seule (Olander et al., 2013). Les résultats du paragraphe précédent viennent eux aussi de programmes mixtes et ont la même limite. Certaines études ne comparaient qu’avant et après, sans groupe témoin, et des facteurs comme la publication dans une revue modifiaient la taille des effets. Les articles d’Ashford, de Williams et French, de Prestwich et de Newby cités plus haut ont été lus sous forme de résumé.
Traduits dans la vie courante, les ingrédients associés à de plus fortes hausses dans ces études étaient de faire un plan d’action concret, de recevoir un retour sur ses propres performances passées ou sur celles d’autres personnes, de voir d’autres personnes réussir (expérience vicariante), d’apprendre comment faire, de voir son effort reconnu et, dans les essais sur l’alimentation, de gérer son stress. Ce sont des tendances observées dans des programmes mixtes, pas une recette établie pour augmenter l’auto-efficacité. La persuasion, comme s’entendre dire « tu peux y arriver », allait plutôt avec une auto-efficacité plus basse dans ces programmes mixtes, et aucune étude mesurant si les affirmations positives augmentent l’auto-efficacité n’a été trouvée. La recherche sur les affirmations est présentée dans le guide Loi de l’attraction.
Cinq idées reçues
Idée reçue n° 1 : le sentiment d’efficacité personnelle, c’est l’estime de soi. Albert Bandura qualifiait le jugement de capacité et le jugement de valeur personnelle de phénomènes entièrement différents (Bandura, 2006). Les scores se recoupent nettement, et une équipe suggère que les mesures pourraient refléter un même concept de niveau supérieur (Judge et al., 2002), mais une autre a trouvé qu’ils se lient différemment à la motivation et aux émotions et qu’on peut les distinguer (Chen et al., 2004). Les deux sont liés, sans être la même chose.
Idée reçue n° 2 : plus l’auto-efficacité est élevée, mieux c’est. Dans une étude de 207 étudiants ayant évalué cinq fois leur auto-efficacité pour une matière, pour deux devoirs écrits, deux examens et la matière dans son ensemble, les croyances s’écartaient souvent des notes. Les étudiants les plus faibles se surestimaient et les plus forts se sous-estimaient, et ceux qui se sous-estimaient réussissaient mieux des tâches semblables ensuite que ceux qui s’évaluaient avec justesse ou se surestimaient. Les auteurs concluaient que l’auto-efficacité n’est pas une prophétie autoréalisatrice et qu’un excès peut nuire à l’autorégulation scolaire et aux résultats, tout en notant que les chercheurs ne s’accordent pas sur la question de savoir si les croyances doivent correspondre aux capacités pour être le plus utiles (Talsma et al., 2019). Dans un jeu d’analyse, augmenter l’auto-efficacité a conduit à un excès de confiance et à plus d’erreurs logiques (Vancouver et al., 2002). Albert Bandura notait déjà que, quand les exigences sont floues, les personnes qui sous-estiment ce qu’exige la situation affichent une auto-efficacité supérieure à leurs résultats réels (Bandura, 1977). Cela ne veut pas dire que plus bas serait mieux. Les deux premiers articles ont été lus sous forme de résumé.
Idée reçue n° 3 : répéter des affirmations positives renforce le sentiment d’efficacité personnelle. Aucune étude mesurant directement si les affirmations augmentent l’auto-efficacité n’a été trouvée. Pour Albert Bandura, les attentes créées par la persuasion verbale sont plus faibles que celles nées de ses propres réussites et peuvent s’éteindre facilement face à une expérience contraire (Bandura, 1977). Dans une méta-analyse de programmes d’activité physique, la persuasion était associée à une auto-efficacité plus basse (Ashford et al., 2010). La recherche sur les affirmations et l’auto-affirmation est présentée dans le guide Loi de l’attraction.
Idée reçue n° 4 : un score à un test d’auto-efficacité dit qui l’on est. Pour Albert Bandura, aucune mesure ne vaut pour tout (Bandura, 2006), et les auteurs de l’échelle générale disent qu’elle n’a pas de seuil et qu’une échelle spécifique vaut mieux pour prédire un comportement particulier (Schwarzer, 2014). En milieu scolaire, les échelles adaptées à la tâche prédisaient mieux que les échelles globales (Pajares, 1996 ; Kim & Park, 2001). Se demander à quel point on se sent capable de faire une chose précise, maintenant, est plus proche de l’approche d’Albert Bandura qu’un score unique.
Idée reçue n° 5 : une faible auto-efficacité, c’est une dépression. Les deux vont souvent ensemble. Dans les données des auteurs de la GSE, auprès de personnes ayant émigré d’Allemagne de l’Est, l’auto-efficacité générale et la dépression étaient corrélées à −0,31 (hommes) et −0,44 (femmes) en 1989, et à −0,27 et −0,32 en 1991 (Schwarzer, 2014). Chez des patients atteints de maladies cardiovasculaires, une auto-efficacité générale plus forte allait avec une dépression plus faible (Luszczynska et al., 2005), et dans l’étude qui a construit la GSES japonaise, pour vérifier son pouvoir discriminant, des patients en état dépressif ont été comparés à des personnes en bonne santé ayant une auto-efficacité moyenne à élevée : les patients obtenaient des scores significativement plus bas (Sakano & Tohjoh, 1986). Dans une étude qui a suivi des enfants, se sentir incapable dans le travail scolaire et les relations sociales contribuait à la dépression du moment et ultérieure, directement et par le biais des notes, des comportements prosociaux et des problèmes de comportement, et à court terme les enfants étaient déprimés par leurs croyances sur leurs capacités scolaires plutôt que par leurs notes réelles (Bandura et al., 1999). Un score d’auto-efficacité ne permet pas pour autant de diagnostiquer une dépression. Si votre humeur est basse depuis plus de 2 semaines, faites l’auto-évaluation PHQ-9, consultez le guide Symptômes de la dépression et demandez l’avis de professionnels de santé. L’étude sur les enfants et l’article sur l’échelle japonaise ont été lus sous forme de résumé.
Questions fréquentes
Q. Sentiment d’efficacité personnelle et confiance en soi, est-ce la même chose ? R. Les deux expressions s’emploient de façon proche, mais ne se recouvrent pas tout à fait. La confiance en soi est un mot large, tandis que les échelles d’auto-efficacité demandent, tâche par tâche, à quel point on se sent capable de faire chacune maintenant (Bandura, 2006). Même l’auto-efficacité générale est décrite par une équipe dont faisait partie Ralf Schwarzer comme une vision optimiste et confiante de sa capacité à faire face aux sources de stress de la vie (Scholz et al., 2002). Aucune étude lue pour ce guide ne trace de frontière nette entre les deux.
Q. Peut-on se fier aux tests d’auto-efficacité gratuits ? R. Aucune étude évaluant un test gratuit précis n’a été trouvée. Même la GSE, très utilisée, n’a pas de seuil, et ses auteurs n’approuvent pas le classement des personnes en groupes « haut » et « bas » (Schwarzer, 2014). Pour prédire une tâche précise, une échelle adaptée à cette tâche faisait mieux qu’une échelle globale (Pajares, 1996). Prenez un score comme une simple indication.
Q. Le sentiment d’efficacité personnelle peut-il changer ? R. Selon Albert Bandura, persévérer dans des activités qui semblent menaçantes mais sont en réalité assez sûres renforce l’auto-efficacité par des expériences de maîtrise (Bandura, 1977), et dans les études scolaires, les notes précédentes influaient sur l’auto-efficacité suivante (Talsma et al., 2018). C’est une croyance qui peut évoluer avec l’expérience, mais les programmes destinés à l’augmenter ont surtout eu de petits effets.
Q. Comment développer le sentiment d’efficacité personnelle d’un enfant ? R. Chez les enfants, seul le chemin des notes vers l’auto-efficacité suivante apparaissait (Talsma et al., 2018), et dans les études scolaires, l’expérience de maîtrise était en général la source la plus influente (Usher & Pajares, 2008). Les programmes visant l’auto-efficacité en lecture d’élèves et d’étudiants avaient un effet de g = 0,24 face aux groupes témoins (Unrau et al., 2018). Selon la théorie d’Albert Bandura, réussir réellement une tâche pèse plus que des mots d’encouragement, mais ce guide ne présente pas d’étude ayant testé ce conseil lui-même.
Q. Les personnes qui réussissent bien au travail ont-elles une forte auto-efficacité ? R. Les deux vont plutôt ensemble : sur 114 études, la corrélation entre auto-efficacité et performance au travail était de 0,38 (Stajkovic & Luthans, 1998). Mais en suivant les mêmes personnes dans le temps, l’auto-efficacité était surtout le résultat des performances passées (Sitzmann & Yeo, 2013), et une fois prises en compte la personnalité, l’intelligence et l’expérience, elle ajoutait relativement peu (Judge et al., 2007).
Q. Qui est Albert Bandura ? R. Albert Bandura, de l’université Stanford, a signé l’article de 1977 qui a posé la théorie du sentiment d’efficacité personnelle (Bandura, 1977) et un guide de 2006 pour construire des échelles d’auto-efficacité (Bandura, 2006). Albert Bandura a aussi répondu, en 2003 et en 2012, aux études affirmant que l’auto-efficacité peut nuire à la performance (Bandura & Locke, 2003 ; Bandura, 2012). Ce guide ne présente que ce que disent ces articles.
Q. À quoi ressemble une faible auto-efficacité ? R. D’après l’hypothèse d’Albert Bandura, on a alors moins tendance à se lancer dans la tâche, on y met moins d’efforts et on s’arrête plus vite quand elle devient difficile (Bandura, 1977). Mais l’auto-efficacité varie d’un domaine à l’autre : elle peut être basse pour les études et haute ailleurs (Bandura, 2006), et s’il arrive qu’une faible auto-efficacité aille avec une humeur basse, ce n’est pas en soi une dépression. Si le sentiment de ne rien pouvoir faire dure longtemps et vous épuise, voyez aussi le guide Manque de motivation.
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