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Guide bien-être

Trouble bipolaire : symptômes, différence avec les sautes d’humeur et ce qui aide

Trouble bipolaire selon l’OMS, le NICE et la recherche : manie, hypomanie, sautes d’humeur ou épisodes, diagnostic tardif, soins et aide.

Trouble bipolaire : ce que recouvre le diagnostic

« Maniaco-dépression » est un ancien nom du trouble bipolaire, encore souvent employé (NIMH, 2025). Tout le monde a des hauts et des bas, mais dans le trouble bipolaire, des périodes d’exaltation (manie ou hypomanie) et des périodes de dépression nettement différentes de l’état habituel de la personne surviennent sous forme d’« épisodes » qui durent de quelques jours à quelques semaines (OMS, 2024). Entre les épisodes, l’humeur peut rester stable pendant des semaines, des mois ou des années (NHS, 2024). La Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-11) parle de trouble bipolaire de type I quand une personne a eu au moins un épisode maniaque ou mixte, et de type II quand elle a eu des épisodes hypomaniaques et dépressifs, mais jamais de manie. Quand de légers hauts et bas reviennent souvent pendant au moins 2 ans, avec une souffrance ou une gêne dans la vie quotidienne, sans atteindre le seuil d’un épisode dépressif, on parle de trouble cyclothymique (OMS, 2024).

L’OMS estime qu’en 2023, environ 36 millions de personnes dans le monde, soit 1 sur 226, vivaient avec un trouble bipolaire (OMS, 2026). Dans les enquêtes mondiales sur la santé mentale, menées en entretien auprès de plus de 61 000 adultes dans 11 pays, 0,6 % avaient eu un trouble bipolaire de type I au cours de leur vie et 0,4 % un type II ; en comptant les personnes juste en dessous du seuil diagnostique, on arrivait à 2,4 %. Moins de la moitié avaient reçu des soins en santé mentale (Merikangas et al., 2011). L’enquête nationale coréenne de 2021 sur la santé mentale a laissé de côté le trouble bipolaire, trop rare dans la population pour être estimé de façon fiable à partir d’un échantillon (Rim et al., 2023).

Dans les statistiques de l’assurance maladie coréenne, le nombre de personnes soignées avec un trouble affectif bipolaire (F31) comme diagnostic principal est passé de 53 056 en 2010 à 144 347 en 2025. En 2025, 62,9 % étaient des femmes, et la tranche des 20-29 ans était la plus nombreuse (33 525). Ces chiffres comptent des personnes soignées, pas le nombre de personnes concernées, et ne montrent pas à eux seuls que la maladie est devenue plus fréquente (Service d’examen et d’évaluation de l’assurance maladie, 2026).

mind.io ne propose pas de test du trouble bipolaire. Si la tristesse dure, consultez aussi Symptômes de la dépression. Le trouble bipolaire peut augmenter le risque de suicide (OMS, 2026). Si vous avez des idées de vous faire du mal, ne gardez pas ces pensées pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Vous n’avez pas à garder cela pour vous

Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.

En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Manie, hypomanie, dépression et épisodes mixtes

La manie est un état qui dure au moins une semaine (sauf si un traitement l’écourte) et où, la plus grande partie de la journée et presque tous les jours, l’humeur est extrêmement exaltée ou irritable, avec une énergie et une activité fortement accrues. On parle vite, les idées s’enchaînent, on se sent exceptionnel, et l’on peut se sentir en forme avec 2 ou 3 heures de sommeil, ce qui diffère de l’insomnie, où l’on veut dormir sans y parvenir. On est facilement distrait, on peut se lancer dans des plaisirs sans penser aux conséquences ou prendre de grandes décisions sans les préparer. La manie peut fortement perturber la vie quotidienne, nécessiter un traitement intensif comme une hospitalisation pour éviter de se nuire ou de nuire à autrui, et s’accompagner d’idées délirantes ou d’hallucinations (OMS, 2024). L’OMS cite aussi des conduites à risque comme des dépenses excessives, des rapports sexuels à risque ou la consommation d’alcool (OMS, 2026).

L’hypomanie comporte des changements semblables pendant au moins plusieurs jours, mais pas assez intenses pour perturber nettement la vie quotidienne, et sans idées délirantes ni hallucinations. C’est tout de même un changement que les personnes qui connaissent bien la personne peuvent remarquer (OMS, 2024). Pendant l’hypomanie, on peut se sentir très bien et productif sans penser que quelque chose ne va pas, si bien que ce sont souvent la famille ou les amis qui s’en aperçoivent en premier (NIMH, 2025). Le portail national coréen d’information en santé mentale décrit une période d’exaltation d’au moins 7 jours dans le type I et d’au moins 4 jours dans le type II (portail national d’information en santé mentale, 2020). Une joie adaptée à la situation, comme gagner au loto, obtenir son diplôme ou tomber amoureux, n’est pas considérée comme une manie ou une hypomanie (OMS, 2024).

Un épisode dépressif, c’est une humeur triste ou une perte d’intérêt la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines, ce qui le distingue des hauts et des bas que tout le monde connaît (OMS, 2026). Un épisode mixte associe des symptômes maniaques et dépressifs en même temps, ou qui alternent rapidement d’un jour à l’autre, voire dans la même journée, pendant au moins deux semaines : on peut se sentir survolté, les pensées qui s’emballent, et en même temps désespéré ou avoir des idées de suicide (OMS, 2024). Les épisodes dépressifs avec caractéristiques mixtes sont considérés comme une période particulièrement dangereuse, avec un risque plus élevé de tentative de suicide à court terme (Yatham et al., 2018).

Dans le type I, épisodes maniaques et dépressifs alternent en général, et avec le temps les épisodes dépressifs deviennent souvent plus fréquents que les épisodes maniaques (OMS, 2026). Le type II signifie une hypomanie au lieu d’une manie ; ce n’est pas une forme plus légère. Beaucoup de personnes ayant un type II passent de longues périodes dans un état dépressif persistant de faible intensité (NIMH, 2025). Dans une étude qui a suivi 146 personnes ayant un type I en notant leurs symptômes chaque semaine pendant 12,8 ans en moyenne, à partir de la fin des années 1970, quand les traitements étaient différents d’aujourd’hui, des symptômes étaient présents 47,3 % des semaines, surtout dépressifs (31,9 %) plutôt que maniaques, et les symptômes légers, sous le seuil diagnostique, étaient plus fréquents que les symptômes complets (Judd et al., 2002). Le trouble commence le plus souvent à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte (NIMH, 2025), mais le type I peut débuter à tout âge (OMS, 2024).

Ce qui le distingue des sautes d’humeur ordinaires et de la dépression

Tout le monde a des hauts et des bas. Se sentir abattu ou exalté pendant quelques heures ou une journée peut arriver chez des personnes sans trouble bipolaire (portail national d’information en santé mentale, 2020). Dans le trouble bipolaire, les changements d’humeur durent de quelques jours à quelques semaines et s’accompagnent de changements de comportement et d’énergie visibles par les autres (NIMH, 2025). Une humeur qui change plusieurs fois par jour n’est pas en soi un signe de trouble bipolaire : ce qui compte, c’est la présence d’épisodes, un état différent qui dure plusieurs jours ou plus (OMS, 2024).

Dans les traits de personnalité borderline, l’humeur peut aussi varier fortement, mais le plus souvent en réaction à un déclencheur comme un stress relationnel, et ces variations durent quelques heures, au plus quelques jours. Dans le trouble bipolaire, les changements d’humeur durent plus longtemps (OMS, 2024 ; Paris & Black, 2015). Il est assez fréquent d’avoir les deux, si bien que l’évaluation spécialisée examine comment va la personne en dehors des épisodes (OMS, 2024). Le TDAH de l’adulte peut sembler proche, avec la distractibilité et l’impulsivité, mais le trouble bipolaire survient par épisodes, avec une humeur exaltée ou irritable (OMS, 2024). Le TDAH de l’adulte est présenté dans Symptômes du TDAH chez l’adulte. Des maladies physiques comme un trouble de la thyroïde, certains médicaments, l’alcool et les drogues peuvent provoquer ou aggraver des symptômes semblables, d’où leur recherche lors de la consultation (NIMH, 2025). Le diagnostic repose sur l’entretien : aucune prise de sang ni imagerie cérébrale ne permet encore de le poser (HAS, 2015).

Dans le trouble bipolaire, la dépression vient souvent en premier, avant le diagnostic (portail national d’information en santé mentale, 2020). L’hypomanie est rarement vécue comme un problème, si bien qu’on consulte surtout en phase dépressive (OMS, 2024). Pendant une dépression, on se souvient mal des périodes d’exaltation passées ou on ne les voit pas comme une maladie, et l’erreur de diagnostic la plus fréquente est la dépression (Yatham et al., 2018). Une méta-analyse de 27 études (9 415 patients) a trouvé un délai moyen de 5,8 ans entre le début du trouble bipolaire et sa prise en charge, plus long dans les études comptant davantage de types II ou un début plus précoce (Dagani et al., 2017). Les recommandations notent que beaucoup de personnes ne sont correctement diagnostiquées que jusqu’à 10 ans après le début des symptômes (Yatham et al., 2018).

Dans une analyse de 56 études ayant suivi longtemps des personnes diagnostiquées dépressives, une partie a ensuite reçu un diagnostic de trouble bipolaire, avec un risque maximal pendant les 5 premières années. C’était plus probable en cas d’antécédents familiaux de trouble bipolaire, de dépression ayant commencé jeune ou de symptômes psychotiques comme des hallucinations ou des idées délirantes (Ratheesh et al., 2017). Dans les données de l’assurance maladie coréenne aussi, une partie des personnes ayant commencé un antidépresseur pour une dépression ont ensuite reçu un diagnostic de trouble bipolaire, avec le taux le plus élevé entre 18 et 29 ans (Kim et al., 2020).

Si vous suivez un traitement pour une dépression, signalez à votre médecin toute période passée de plusieurs jours d’activité ou de désinhibition inhabituelles. Les recommandations britanniques (NICE) demandent de rechercher ces périodes chez les personnes déprimées et d’envisager un avis spécialisé si elles ont duré 4 jours ou plus, et déconseillent d’utiliser des questionnaires en soins primaires pour repérer un trouble bipolaire. Avec l’accord de la personne, le témoignage des proches aide aussi (NICE, 2014 ; HAS, 2015). L’auto-évaluation PHQ-9 de mind.io ne porte que sur les symptômes dépressifs des 2 dernières semaines : elle ne distingue pas une dépression bipolaire d’une dépression. Chez l’enfant et l’adolescent, il est difficile de faire la part des variations normales de l’humeur : en cas d’inquiétude, demandez une consultation en pédopsychiatrie (HAS, 2015).

Les traitements qui ont fait leurs preuves : médicaments et psychothérapie ensemble

Le trouble bipolaire est une maladie dont les symptômes peuvent être maîtrisés grâce au traitement. L’OMS souligne que, même si les symptômes reviennent souvent, le rétablissement est possible et que, avec des soins adaptés, on peut faire face aux symptômes et mener une vie riche de sens et productive. Les médicaments sont indispensables, mais seuls ils suffisent rarement à un rétablissement complet : psychothérapie et gestion de la vie quotidienne les accompagnent (OMS, 2026).

Les principaux médicaments sont les régulateurs de l’humeur (thymorégulateurs) et certains antipsychotiques (OMS, 2026 ; NIMH, 2025). Le guide coréen de traitement médicamenteux du trouble bipolaire (2022), fondé sur un consensus d’experts auquel ont répondu 87 psychiatres coréens, s’appuie lui aussi sur ces médicaments pour traiter la manie, comme les recommandations des autres pays (Jeong et al., 2023). Dans une analyse de 5 essais (770 personnes) comparant un régulateur de l’humeur très utilisé à un placebo, le risque de rechute baissait d’environ un tiers ; l’effet sur les rechutes maniaques était net, celui sur les rechutes dépressives plus faible et moins certain (Geddes et al., 2004). Dans une analyse de 48 essais portant sur les troubles de l’humeur, le même médicament était associé à moins de décès par suicide que le placebo (Cipriani et al., 2013). Le choix du médicament se fait avec le médecin, en pesant bénéfices, effets indésirables et situation de vie. Certains régulateurs de l’humeur peuvent nuire au bébé pendant la grossesse : si vous êtes enceinte ou envisagez une grossesse, parlez-en à votre médecin avant de changer ou d’arrêter un médicament (OMS, 2023 ; NHS, 2024). Les premières semaines après l’accouchement sont la période où le risque d’hypomanie est le plus élevé (OMS, 2024) : si vous envisagez une grossesse, préparez-la à l’avance avec votre médecin.

Traiter un épisode dépressif par un antidépresseur seul peut déclencher une manie ou des cycles rapides : dans le trouble bipolaire, les antidépresseurs ne sont donc pas utilisés seuls (NIMH, 2025). Les recommandations coréennes et internationales écartent toutes l’antidépresseur en monothérapie (Jeong et al., 2023). Dans une étude suédoise portant sur 3 240 personnes ayant un trouble bipolaire, le risque de manie était environ 2,8 fois plus élevé avec un antidépresseur seul, mais n’augmentait pas dans les 3 mois suivant le début d’un antidépresseur associé à un régulateur de l’humeur (Viktorin et al., 2014). Dans une analyse de 6 essais ajoutant un antidépresseur à un régulateur de l’humeur ou à un antipsychotique, les symptômes dépressifs baissaient un peu, sans différence nette de rétablissement, et un usage prolongé près d’un an augmentait le risque de manie (McGirr et al., 2016). L’ajout d’un antidépresseur relève donc de l’appréciation du médecin. Si vous prenez actuellement un traitement contre la dépression, ne l’arrêtez pas à cause de cet article : signalez au médecin qui l’a prescrit toute période d’exaltation passée. Si vous ressentez une exaltation ou dormez beaucoup moins après le début d’un médicament, contactez tout de suite la personne qui l’a prescrit (OMS, 2016).

La psychothérapie s’ajoute au traitement médicamenteux (OMS, 2023). Dans une analyse de 39 essais randomisés (3 863 personnes), les 20 essais aux données exploitables montraient qu’ajouter une psychothérapie structurée au traitement médicamenteux réduisait la probabilité de rechute (rapport de cotes 0,56). La psychoéducation où l’on s’exerce à gérer la maladie en famille ou en groupe, plutôt qu’en individuel, tendait à réduire davantage les rechutes (Miklowitz et al., 2021). La psychoéducation apprend à connaître la maladie, les signes précoces de rechute, les médicaments et la gestion du stress ; les recommandations canadiennes et internationales (CANMAT et ISBD) la placent en première intention pour prévenir les rechutes (Yatham et al., 2018). Une revue d’essais de psychoéducation chez des personnes stabilisées a trouvé une rechute évitée en plus pour 5 à 7 personnes formées, mais pas d’effet net sur les seules rechutes dépressives, et un effet plus net en groupe (Bond & Anderson, 2015).

Dans un essai portant sur 293 personnes en dépression bipolaire, celles qui suivaient, en plus des médicaments, une thérapie centrée sur la famille, une thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux ou une thérapie cognitivo-comportementale (jusqu’à 30 séances en 9 mois) étaient plus nombreuses à s’être rétablies au bout d’un an (64,4 %) que celles qui avaient eu une intervention brève de 3 séances en 6 semaines (51,5 %), sans différence nette entre les trois thérapies (Miklowitz et al., 2007). La thérapie interpersonnelle et des rythmes sociaux aide à garder des rythmes quotidiens réguliers : heures de lever, de repas, de rencontres et de coucher. Dans un essai portant sur 175 personnes, celles qui l’avaient suivie restaient plus longtemps sans nouvel épisode (Frank et al., 2005), mais les recommandations canadiennes et internationales la classent en troisième intention, faute de données suffisantes (Yatham et al., 2018). Le traitement de la dépression en général est présenté dans Dépression : ce qui aide, mais le traitement médicamenteux de la dépression bipolaire est différent : ne le lisez qu’à titre indicatif.

Rester stable : signes d’alerte, sommeil et rythme de vie

Le trouble bipolaire a tendance à s’améliorer et à revenir sur une longue période : apprendre à le gérer soi-même compte donc beaucoup (NICE, 2014). Dans une analyse d’études ayant suivi 734 personnes après un premier épisode maniaque, 84,2 % s’étaient assez rétablies en un an pour ne plus remplir les critères, mais 41,0 % avaient un nouvel épisode dans l’année et 59,7 % dans les 4 ans (Gignac et al., 2015). Dans une étude ayant suivi jusqu’à 2 ans 858 personnes rétablies sous traitement, 48,5 % ont eu un nouvel épisode, plus de deux fois plus souvent dépressif que maniaque, et les rechutes étaient plus fréquentes quand des symptômes légers persistaient au moment du rétablissement (Perlis et al., 2006). Ces symptômes résiduels sont un objectif de soin à aborder avec votre médecin.

Une fois les symptômes apaisés, régulateurs de l’humeur ou antipsychotiques sont en général poursuivis au moins six mois, et plus longtemps en cas d’épisodes répétés (OMS, 2026). Les recommandations estiment que presque toutes les personnes ayant un trouble bipolaire ont besoin d’un traitement d’entretien pour prévenir de nouveaux épisodes (Yatham et al., 2018). N’arrêtez pas votre traitement sans en parler à votre médecin, même si vous allez mieux (NHS, 2024). Si vous décidez de l’arrêter, diminuez-le progressivement avec votre médecin et surveillez les signes de rechute pendant 2 ans après l’arrêt (NICE, 2014).

Au moins 80 % des personnes ayant un trouble de l’humeur pouvaient repérer un ou plusieurs signes précoces avant un épisode, et dans le trouble bipolaire, le signe précoce de manie le plus constant était un sommeil raccourci ou perturbé (médiane 77 %). Les signes précoces de manie duraient en moyenne plus de 20 jours (Jackson et al., 2003). Une revue Cochrane des programmes qui aident à repérer ses propres signes d’alerte et à y réagir a trouvé un délai plus long avant la rechute suivante (rapport de risques 0,57) et moins d’hospitalisations, mais les études étaient anciennes et beaucoup manquaient de données sur le critère principal (Morriss et al., 2007). Tenez un carnet de vos changements d’humeur, de sommeil et d’énergie (NIMH, 2025) et, quand vous allez bien, préparez avec votre médecin un plan qui liste vos signes d’alerte, ce qu’il faut faire et qui contacter, puis partagez-le avec vos proches (NICE, 2014).

Sur 3 140 adultes britanniques ayant un trouble bipolaire interrogés, 20 % ont dit qu’un manque de sommeil avait déclenché une manie ou une hypomanie, et c’était, parmi les déclencheurs proposés, le plus souvent cité (Lewis et al., 2017). Gardez des horaires réguliers de coucher, de lever, de repas et d’activité physique, et si possible évitez le travail posté, les journées de travail très longues, les vols de nuit ou les voyages avec décalage horaire, et les boissons riches en caféine (NHS, 2024). Pour les troubles du sommeil, voyez Insomnie : ce qui aide vraiment, mais la restriction du sommeil, qui réduit le temps passé au lit, peut ne pas convenir aux personnes sujettes à la manie : faites-la avec un accompagnement professionnel (Edinger et al., 2021).

Dans une analyse d’enquêtes en population générale, environ un quart (24 %) des personnes ayant un trouble bipolaire avaient un trouble de l’usage de l’alcool (Hunt et al., 2016). L’alcool et les drogues peuvent aggraver les symptômes et sont à éviter (OMS, 2016) ; ils peuvent aussi gêner l’effet des médicaments et des psychothérapies (NICE, 2014). La santé physique compte aussi : les personnes ayant un trouble bipolaire vivaient en moyenne environ 13 ans de moins, et près de la moitié de cet écart tenait à des causes naturelles comme les maladies physiques (Chan et al., 2022). Faites contrôler régulièrement votre tension, votre glycémie et votre poids.

Ce que les proches peuvent faire

Que l’entourage comprenne la maladie aide aussi. Dans une méta-analyse en réseau comparant les traitements psychosociaux, l’information et le soutien destinés aux proches ou aux aidants réduisaient le risque de rechute maniaque ou dépressive (Chatterton et al., 2017). Une revue Cochrane de 2007 trouvait toutefois des données rares et contradictoires sur les interventions familiales, sans conclusion ferme (Justo et al., 2007). L’OMS recommande d’envisager psychoéducation et groupes d’entraide pour les familles qui accompagnent une personne ayant un trouble bipolaire (OMS, 2023).

Offrez compréhension, patience et encouragements, et une aide concrète, comme accompagner aux rendez-vous ou aller chercher les médicaments. Rappelez que l’on peut aller mieux avec le bon traitement (NIMH, 2025). Si vous remarquez des changements de sommeil, de discours ou de dépenses, parlez-en calmement (Santé.fr, 2026). Pendant une phase d’exaltation, encouragez la personne à reporter les décisions importantes jusqu’à son rétablissement (NICE, 2014) et aidez-la à demander conseil à quelqu’un de confiance avant tout engagement financier important (OMS, 2016). Ne reprochez pas les symptômes à la personne ni à sa famille (OMS, 2016).

Pendant une phase d’exaltation, la personne peut ne pas voir de problème : convenir ensemble, quand elle va bien, des signes d’alerte et des personnes à contacter en cas de crise peut aider (NICE, 2014 ; portail national d’information en santé mentale, 2020). Si vous craignez des idées de suicide, vous pouvez en parler ouvertement (Santé.fr, 2026). La façon d’aborder le sujet et de soutenir quelqu’un de proche est présentée dans Dépression : ce qui aide. Les aidants ont eux aussi besoin de soutien : cherchez de l’aide, comme l’information et les groupes destinés aux familles (OMS, 2023).

Quand et où se faire aider

Si une personne dort très peu ou plus du tout depuis plusieurs jours tout en débordant d’énergie, multiplie les conduites à risque qui ne lui ressemblent pas, comme des dépenses qu’elle ne peut pas assumer, entend des choses que les autres n’entendent pas ou croit fermement des choses fausses, consultez en psychiatrie sans attendre. En cas de suspicion de manie ou de dépression sévère, ou de risque pour elle-même ou pour autrui, une évaluation spécialisée urgente est nécessaire (NICE, 2014). Un premier épisode maniaque est une urgence psychiatrique qui peut nécessiter une hospitalisation (HAS, 2015), et certaines personnes ont besoin d’une hospitalisation ou d’un soutien de crise à domicile pour rester en sécurité (NHS, 2024). Si les changements d’humeur durent ou perturbent votre vie quotidienne, consultez même sans urgence (NHS, 2024).

En France, parlez-en à votre médecin traitant, qui pourra vous orienter vers une consultation en psychiatrie (HAS, 2015). En Corée, on peut se faire aider en psychiatrie ou par le centre de santé mentale de sa ville ou de son arrondissement, et la ligne de crise en santé mentale 1577-0199 (24 h/24) met en relation avec un centre proche (ministère coréen de la Santé et du Bien-être, 2025). mind.io ne propose pas de test du trouble bipolaire ; l’auto-évaluation PHQ-9 fait le point sur les symptômes dépressifs, mais ne repère pas un trouble bipolaire.

Dans une étude danoise qui a suivi jusqu’à 36 ans plus de 170 000 personnes après leur premier contact avec des soins spécialisés en santé mentale, 7,8 % des hommes et 4,8 % des femmes ayant un trouble bipolaire sont morts par suicide, bien plus que les personnes sans trouble psychique (0,7 % des hommes et 0,3 % des femmes) ; vu autrement, la plupart ne sont pas mortes par suicide (Nordentoft et al., 2011). Un régulateur de l’humeur a aussi réduit les décès par suicide, d’où l’importance de poursuivre les soins (Cipriani et al., 2013). Le risque est particulièrement élevé pendant les épisodes dépressifs ou mixtes (OMS, 2024). Si vous avez des idées de vous faire du mal, ne gardez pas ces pensées pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Questions fréquentes

Q. Si j’ai de fortes sautes d’humeur, est-ce un trouble bipolaire ? R. Pas forcément. Une humeur qui monte et descend sur quelques heures ou une journée peut arriver à tout le monde. Le trouble bipolaire, ce sont des périodes d’exaltation ou de dépression nettement différentes de l’état habituel, qui durent de quelques jours à quelques semaines (portail national d’information en santé mentale, 2020 ; OMS, 2024). Si vos sautes d’humeur vous rendent la vie difficile, quelle qu’en soit la cause, demandez une aide professionnelle. Ce qui peut accentuer les sautes d’humeur, comme le sommeil, le cycle menstruel ou la ménopause, est présenté dans Sautes d’humeur.

Q. Existe-t-il un test du trouble bipolaire ? R. mind.io n’en propose pas. Le diagnostic se pose lors d’un entretien clinique, et les recommandations britanniques déconseillent d’utiliser des questionnaires en soins primaires pour repérer un trouble bipolaire (NICE, 2014). Même quand un questionnaire de dépistage est utilisé, il doit être suivi d’un entretien (Yatham et al., 2018). L’auto-évaluation PHQ-9 ne porte que sur les symptômes dépressifs et ne repère pas un trouble bipolaire.

Q. Devrai-je prendre un traitement toute ma vie ? R. Cela dépend des personnes. Le traitement est en général poursuivi au moins six mois après l’apaisement des symptômes, et plus longtemps en cas d’épisodes répétés (OMS, 2026) ; les recommandations estiment que presque tout le monde a besoin d’un traitement d’entretien (Yatham et al., 2018). Si vous souhaitez le réduire ou l’arrêter, ne décidez pas par vous-même : diminuez-le progressivement avec votre médecin (NICE, 2014).

Q. Le type II est-il une forme légère ? R. Non. Le type II signifie une hypomanie au lieu d’une manie. Beaucoup de personnes ayant un type II passent de longues périodes dans un état dépressif de faible intensité (NIMH, 2025), et, comme pour le type I, leur risque de suicide est nettement plus élevé que dans la population générale. Jusqu’à 15 % des personnes ayant un type II font plus tard un épisode maniaque, et le diagnostic devient alors celui de type I (OMS, 2024).

Q. Les personnes ayant un trouble bipolaire sont-elles dangereuses ? R. Non. Dans une étude suédoise, le risque plus élevé de crime violent concernait surtout les personnes ayant aussi un problème d’alcool ou de drogues ; sans ces problèmes, l’augmentation était minime, et presque nulle par rapport à leurs propres frères et sœurs (Fazel et al., 2010). Beaucoup de personnes ayant un trouble bipolaire subissent au contraire discrimination et stigmatisation (OMS, 2026).

Q. Je prends un traitement contre la dépression, mais j’ai déjà eu des périodes d’exaltation de plusieurs jours. R. N’arrêtez pas votre traitement de vous-même : parlez de ces périodes au médecin qui l’a prescrit, pour que le diagnostic et le traitement puissent être revus (NICE, 2014). Si vous ressentez une exaltation ou dormez beaucoup moins après le début d’un médicament, contactez ce médecin tout de suite (OMS, 2016).

Q. C’est si dur que j’ai des idées de me faire du mal. R. Ne restez pas sans aide avec ces pensées. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Références : World Health Organization (2024), Clinical descriptions and diagnostic requirements for ICD-11 mental, behavioural and neurodevelopmental disorders (CDDR), https://www.who.int/publications/i/item/9789240077263 ; World Health Organization (2026), Bipolar disorder [Fact sheet], https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/bipolar-disorder ; World Health Organization (2016), mhGAP Intervention Guide for mental, neurological and substance use disorders in non-specialized health settings, version 2.0, https://iris.who.int/handle/10665/250239 ; World Health Organization (2023), Mental Health Gap Action Programme (mhGAP) guideline for mental, neurological and substance use disorders, https://iris.who.int/handle/10665/374250 ; NHS (2024), Bipolar disorder, https://www.nhs.uk/mental-health/conditions/bipolar-disorder/ ; National Institute of Mental Health (2025), Bipolar disorder (NIH Publication No. 25-MH-8088), https://www.nimh.nih.gov/health/publications/bipolar-disorder ; National Center for Mental Health (2020), Bipolar I disorder and Bipolar II disorder [National Mental Health Information Portal, in Korean], https://www.mentalhealth.go.kr/portal/disease/diseaseDetail.do?dissId=25 and https://www.mentalhealth.go.kr/portal/disease/diseaseDetail.do?dissId=24 ; National Center of Neurology and Psychiatry (n.d.), Bipolar disorder (manic depression) [Kokoro no Joho site, in Japanese], https://kokoro.ncnp.go.jp/disease.php?@uid=RM3UirqngPV6bFW0 ; Santé.fr (2026), Troubles bipolaires, by Psycom [in French], https://www.sante.fr/troubles-bipolaires-0 ; Haute Autorité de santé (2015), Patient avec un trouble bipolaire : repérage et prise en charge initiale en premier recours [Fiche mémo, in French], https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2015-10/fiche_memo_trouble_bipolaire_vd.pdf ; National Institute for Health and Care Excellence (2014, updated 2025), Bipolar disorder: assessment and management (CG185), https://www.nice.org.uk/guidance/cg185 ; Yatham, L. 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