Guide bien-être
Déjà-vu : pourquoi il survient et quand consulter
Déjà-vu : l’impression d’avoir déjà connu un moment pourtant nouveau. Fréquence, causes possibles, sentiment de prémonition et signes d’épilepsie à connaître.
Le déjà-vu : un moment familier que l’on sait pourtant nouveau
Le déjà-vu est un phénomène que la plupart des gens vivent au moins une fois dans leur vie (Hadzic & Andersson, 2024). On se trouve dans un lieu inconnu ou au milieu d’une conversation nouvelle, et l’on a soudain l’impression que tout cela s’est déjà produit. La définition classique est celle d’une « impression de familiarité subjectivement inappropriée entre l’expérience présente et un passé indéterminé » (Neppe, 1983, cité par Hadzic & Andersson, 2024).
Ce qui le définit, c’est que deux sensations arrivent ensemble : le moment paraît familier, et l’on sait que cette familiarité n’est pas à sa place (O’Connor & Moulin, 2010). Des chercheurs définissent donc aussi le déjà-vu comme un conflit entre une impression de familiarité et une impression de nouveauté (Aitken et al., 2023). Il se résout d’ordinaire par la conscience que cette familiarité ne colle pas (O’Connor & Moulin, 2010) et passe généralement en quelques secondes (Mumoli et al., 2017).
L’inverse, quand une chose bien connue paraît soudain étrangère, s’appelle le jamais-vu (Moulin et al., 2021). On distingue parfois aussi le déjà vécu, l’impression d’avoir déjà vécu le moment lui-même : le déjà-vu s’expliquerait par une familiarité erronée, le déjà vécu par un souvenir erroné (Illman et al., 2012). En français, « déjà vu » peut aussi désigner simplement le fait d’avoir réellement déjà vu quelque chose (Fortier & Moulin, 2015).
Le déjà-vu n’est pas un diagnostic : la Classification internationale des maladies de l’Organisation mondiale de la santé (CIM-11) ne le mentionne pas (Hadzic & Andersson, 2024). La classification des crises de 2025 de la Ligue internationale contre l’épilepsie (ILAE) cite toutefois le déjà-vu et le jamais-vu parmi les signes qui peuvent apparaître pendant une crise (Beniczky et al., 2025). mind.io ne propose pas de test de déjà-vu, et ce guide ne remplace pas un diagnostic. Il rassemble, à partir de la recherche et de sources officielles, la fréquence du déjà-vu, ses causes possibles, les personnes qui en ont le plus souvent, l’origine de l’impression de savoir ce qui va suivre, les signes qui accompagnent un déjà-vu lié à une crise et le moment où consulter.
Est-ce fréquent ? La plupart une fois, peu de gens souvent
Une méta-analyse regroupant plusieurs enquêtes a trouvé qu’environ 74 % des personnes en bonne santé disaient avoir vécu un déjà-vu, mais les 10 enquêtes à l’origine de ce chiffre différaient beaucoup (Hadzic & Andersson, 2024), si bien qu’aucun taux exact ne peut être donné. Une revue classique l’estimait à environ 60 % (Brown, 2003) ; 76,2 % de 386 adultes au Japon (Adachi et al., 2003), 73 % de 542 adultes en Italie (Mumoli et al., 2017) et 88,8 % de 365 adultes dans une enquête en ligne en République tchèque (Lacinová et al., 2016) déclaraient en avoir eu. Dans une vaste enquête en ligne au Brésil, le déjà-vu était l’expérience inhabituelle la plus souvent rapportée (Fischer et al., 2026).
L’une des raisons de ces écarts est la façon de poser la question. Après une tâche de mémoire qui n’était pas censée provoquer de déjà-vu, 32 à 58 % des participants à qui l’on montrait les définitions actuelles déclaraient tout de même un déjà-vu ou un mot « sur le bout de la langue », et une autre façon de demander réduisait le nombre de signalements (Jersakova et al., 2016). Dans l’enquête brésilienne aussi, présenter les questions comme une enquête de santé mentale ou n’accepter que des réponses oui ou non donnait des taux plus bas pour ces expériences inhabituelles (Fischer et al., 2026).
En avoir souvent est rare. Dans l’enquête italienne, « quelques fois par an » était la réponse la plus fréquente sur les 542 personnes, avec 42,8 % ; « quelques fois par mois » représentait 6,8 %, « au moins chaque semaine » 0,9 %, et 25,3 % n’en avaient jamais eu. Parmi celles qui en avaient eu, 66,1 % disaient qu’il durait quelques secondes et 19,5 % d’une à deux minutes (Mumoli et al., 2017).
Il est le plus souvent vécu de façon neutre ou agréable. Dans l’enquête italienne, 45,1 % des personnes concernées disaient qu’il les laissait indifférentes, 29,9 % qu’il était agréable et 13,2 % qu’il leur faisait peur (plusieurs réponses possibles ; Mumoli et al., 2017). Si une peur intense l’accompagne, voyez la partie « Quand c’est un signe de crise » plus bas.
Pourquoi il survient : des hypothèses qui mènent à la mémoire
La cause exacte n’est pas encore connue. Une revue classique a classé les explications scientifiques en quatre familles : le double traitement (deux processus mentaux brièvement désynchronisés), l’explication neurologique (une crise ou une perturbation de la transmission nerveuse), la mémoire (une familiarité venue d’un élément non reconnu) et l’attention (une chose perçue sans attention, puis à nouveau avec attention) (Brown, 2003). Le déjà-vu commence aujourd’hui à être compris scientifiquement comme un phénomène de mémoire (Cleary & Claxton, 2018).
Des expériences ont testé l’explication par la mémoire. L’idée est que, quand une scène nouvelle ressemble à une scène déjà vue dont on ne se souvient pas, seule la familiarité reste, et elle peut devenir un déjà-vu. En laboratoire, la ressemblance avec une scène vue auparavant augmentait à la fois la familiarité et les déjà-vu rapportés (Cleary et al., 2009). Une étude en réalité virtuelle a utilisé des scènes au contenu différent mais à la disposition semblable, comme une salle de bowling et une station de métro (Barnett, 2025) ; quand les participants ne se rappelaient pas la première scène, ils rapportaient plus de familiarité et de déjà-vu que pour des scènes entièrement nouvelles (Cleary et al., 2012). Au Japon aussi, les personnes plus sensibles aux ressemblances avaient tendance à vivre plus souvent des déjà-vu au quotidien (Sugimori & Kusumi, 2014).
Des expériences appuient aussi l’explication par l’attention : après un très bref coup d’œil à un symbole, les participants pensaient plus souvent l’avoir vu avant l’expérience (Brown & Marsh, 2009). Ce n’était pas une mesure du déjà-vu lui-même, mais cela suggère qu’une chose entrevue puis regardée aussitôt avec attention peut sembler « déjà vue ». Il existe aussi une explication neurologique. Chez 24 personnes épileptiques à qui l’on avait posé des électrodes dans le cerveau pour un bilan avant une chirurgie, la stimulation électrique de la partie interne du lobe temporal, surtout du cortex entorhinal, provoquait parfois un déjà-vu (Bartolomei et al., 2004), et la même équipe y a vu une brève coopération entre plusieurs structures du lobe temporal interne (Bartolomei et al., 2012). Ces résultats viennent de personnes épileptiques.
Une hypothèse plus récente voit dans le déjà-vu le repérage d’un conflit de mémoire. Dans une expérience qui créait une fausse familiarité avec des mots, les déjà-vu rapportés atteignaient environ 25 % quand il était clair que le mot était nouveau, contre environ 10 % quand c’était moins clair (Urquhart & O’Connor, 2014). Une étude d’imagerie chez 21 personnes en bonne santé, dont 16 ont rapporté un déjà-vu, a mis en évidence des zones liées au conflit de mémoire, dont le cortex cingulaire antérieur, le cortex préfrontal médian et le cortex pariétal ; les chercheurs ont suggéré que la résolution de ce conflit pourrait jouer un rôle central dans le déjà-vu (Urquhart et al., 2021). D’autres proposent que cette explication rende aussi compte de la baisse des déjà-vu avec l’âge (Aitken et al., 2023).
Aucune hypothèse n’est confirmée. La plupart des études reposent sur ce que les personnes rapportent elles-mêmes (Hadzic & Andersson, 2024), et une revue de 2010 notait que les techniques employées pour étudier le déjà-vu en étaient à leurs débuts et appelait à interpréter les résultats avec prudence (O’Connor & Moulin, 2010). Les études comparant la structure du cerveau des personnes sujettes au déjà-vu ont aussi donné des résultats contradictoires (Hadzic & Andersson, 2024). L’idée qu’il viendrait d’un signal visuel arrivé en retard depuis les yeux a été remise en cause par le cas d’un homme aveugle qui avait des déjà-vu tout à fait ordinaires (O’Connor & Moulin, 2006).
Qui en a le plus souvent ? Âge, études, voyages, fatigue et anxiété
Le résultat le plus constant concerne l’âge. Le déjà-vu devient moins fréquent avec l’âge (Brown, 2003) ; d’une étude à l’autre, il diminuait quand l’âge augmentait et n’était pas lié au sexe (Hadzic & Andersson, 2024). Au Japon, les personnes qui en avaient eu étaient plus jeunes et plus diplômées que les autres, sans différence selon le sexe, la latéralité ou la région de résidence (Adachi et al., 2003). Une revue classique rapporte aussi davantage de déjà-vu quand le niveau socio-économique et le niveau d’études sont plus élevés (Brown, 2003).
Dans certaines études, les personnes qui voyagent davantage rapportent plus de déjà-vu. Chez 206 étudiants au Royaume-Uni, la fréquence des voyages et le déjà-vu présentaient une faible corrélation positive (r = 0,216) (O’Connor & Moulin, 2013), et dans une enquête de 1951, 11 % des personnes qui ne voyageaient pas et 32 % de celles qui voyageaient jusqu’à cinq fois par an avaient eu un déjà-vu (Chapman & Mensh, 1951, cité par O’Connor & Moulin, 2013). Dans l’enquête japonaise, en revanche, le déjà-vu se regroupait avec le fait de se souvenir de ses rêves et les rêves « prémonitoires » plutôt qu’avec les voyages ou les items paranormaux, ce que les chercheurs ont lu comme un lien avec une bonne mémoire (Adachi et al., 2003). Dans l’étude britannique, à l’inverse, la fréquence des déjà-vu n’était pas liée à la mémoire mesurée par un test de reconnaissance de mots (O’Connor & Moulin, 2013).
Les résultats sur le stress et la fatigue sont partagés. Une revue classique estime que le déjà-vu semble associé au stress et à la fatigue (Brown, 2003), mais dans l’enquête tchèque, le névrosisme, la dépression et le stress perçu ne prédisaient pas le déjà-vu (Lacinová et al., 2016). Dans l’enquête italienne, l’état le plus fréquent juste avant un déjà-vu était la détente, à 49,9 %, devant la fatigue mentale (13,9 %), la nervosité ou le stress (13,2 %), la fatigue physique (12,9 %) et la somnolence (10,4 %) (plusieurs réponses possibles ; Mumoli et al., 2017). Nous n’avons trouvé aucune étude montrant que le manque de sommeil augmente les déjà-vu.
Il en va de même pour l’anxiété. Dans une enquête en ligne, les personnes déclarant un diagnostic de trouble anxieux avaient eu plus de déjà-vu le mois précédent que des témoins du même âge, en avaient plus souvent et plus intensément quand leur anxiété était forte, et les trouvaient plus pénibles (Wells et al., 2021). En revanche, une étude britannique comparant des personnes épileptiques, des patients de neurologie et des étudiants en médecine a montré qu’une fois le groupe pris en compte, les scores d’anxiété et de dépression n’étaient pas liés à la fréquence des déjà-vu (Warren-Gash & Zeman, 2014). Avoir souvent des déjà-vu ne signifie pas avoir un trouble anxieux.
L’impression de savoir ce qui va suivre : une prémonition ?
Le déjà-vu peut s’accompagner de l’impression de savoir ce qui va se passer. Dans l’enquête italienne, 16,5 % des personnes concernées disaient avoir alors l’impression de pouvoir prédire ce qui arriverait dans les minutes suivantes (Mumoli et al., 2017). Dans une tâche de laboratoire, un peu plus de la moitié des déjà-vu rapportés s’accompagnaient de ce sentiment de prédiction, et ceux-là allaient de pair avec une familiarité plus forte (Cleary et al., 2021a).
Une étude a vérifié si ce sentiment était juste. Les participants parcouraient des chemins dans un environnement virtuel, et les chemins qui ressemblaient à un trajet antérieur oublié augmentaient les déjà-vu rapportés. Pendant un déjà-vu, ils avaient davantage l’impression de savoir dans quelle direction irait le prochain virage, mais ne le prédisaient pas mieux que le hasard (Cleary & Claxton, 2018). Les chercheurs ont suggéré qu’un biais de jugement créé par l’état de déjà-vu lui-même pourrait expliquer cette impression. Après avoir vu le virage, les participants avaient aussi plus tendance à penser que tout s’était passé comme prévu quand ils avaient signalé un déjà-vu (Cleary et al., 2019).
Une autre expérience suggère que la familiarité nourrit elle-même ce sentiment. Sans jamais interroger les participants sur le déjà-vu, les chercheurs ont rendu plus familière la disposition des scènes ; quand les participants ne se rappelaient pas la scène semblable étudiée, l’impression de savoir ce qui allait suivre augmentait avec la familiarité (Huebert et al., 2025). La familiarité venue d’un souvenir qui ne revient pas peut ainsi se changer en impression de « savoir ».
Certaines personnes voient dans le déjà-vu le souvenir d’une vie antérieure ou un pouvoir paranormal. Dans l’enquête italienne, les explications choisies (plusieurs possibles) étaient les « souvenirs inconscients » pour 65,3 %, « l’anxiété ou la tension » pour 21,5 %, « une mauvaise mémoire » pour 21,3 %, « la réincarnation » pour 5,8 % et « des capacités paranormales » pour 5,1 % (Mumoli et al., 2017). Chez 422 adultes en bonne santé à Taïwan, plus de déjà-vu allait avec une croyance plus forte au paranormal (Shiah et al., 2014). Les croyances appartiennent à chacun, mais ce que les expériences ont montré, c’est que le sentiment de prédiction pendant un déjà-vu ne se traduisait pas en prédiction réelle. Pourquoi les rêves qui se sont « réalisés » restent en mémoire est expliqué dans le guide Les rêves ont-ils un sens ?, et pourquoi une description plausible semble personnelle dans le guide sur l’effet Barnum.
Quand c’est un signe de crise : ce qui l’accompagne
Il est largement admis qu’un déjà-vu très fréquent peut signaler des crises, le plus souvent des crises focales qui partent de la partie interne du lobe temporal (Cleary et al., 2021b). L’Hôpital universitaire national de Séoul appelle aura les sensations ou émotions inhabituelles qui précèdent une crise du lobe temporal, et en donne des exemples typiques : une peur soudaine ou un sentiment de grand bonheur, le déjà-vu, une odeur ou un goût étranges et soudains, et une sensation de quelque chose qui remonte de l’estomac (Hôpital universitaire national de Séoul, s. d.). Une association britannique de l’épilepsie explique que l’aura est elle-même un type de crise focale qui commence dans une seule partie du cerveau (Epilepsy Action, 2025).
Le déjà-vu lui-même est vécu de façon très semblable, qu’il fasse partie d’une crise ou non : on le distingue donc par ce qui l’accompagne (Warren-Gash & Zeman, 2014). Dans une étude britannique, le déjà-vu des personnes épileptiques était plus fréquent et durait un peu plus longtemps, et s’accompagnait plus souvent de déréalisation, d’hallucinations olfactives ou gustatives, de symptômes physiques comme des maux de tête ou des sensations abdominales, et de peur (Warren-Gash & Zeman, 2014). Contrairement au déjà-vu ordinaire, fugace, un déjà-vu lié à une crise peut durer une minute ou deux (Barnett, 2025).
Une crise du lobe temporal dure en général de 30 secondes à 2 minutes et peut s’accompagner d’une absence de réaction à l’entourage, d’un regard fixe, de mouvements des lèvres ou de claquements de langue, de mastication et de déglutition répétées, ou de gestes des doigts qui grattent ou arrachent. Après la crise, la personne peut rester confuse et avoir du mal à parler pendant un moment (Hôpital universitaire national de Séoul, s. d.).
Cela ne veut pas dire que le déjà-vu soit un signe d’épilepsie. Il est courant, rapporté par environ 74 % des personnes en bonne santé, et dans la même méta-analyse, environ 22 % des personnes épileptiques avaient des déjà-vu pendant leurs crises (Hadzic & Andersson, 2024). Chez 312 personnes épileptiques au Japon aussi, le déjà-vu ordinaire, non perçu comme une crise (55,6 %), était plus fréquent que le déjà-vu reconnu comme faisant partie d’une crise (24,0 %) (Adachi et al., 2010). Aucune activité cérébrale de type épileptique n’a été enregistrée pendant le déjà-vu de personnes en bonne santé, et le déjà-vu pendant une crise s’accompagnait des émotions les plus négatives, surtout de la peur (Hadzic & Andersson, 2024).
Il est utile aussi de le distinguer d’expériences qui peuvent lui ressembler. Un neurologue américain rapporte que des patients lui ont dit avoir cette sensation depuis des années en la prenant pour une attaque de panique (Barnett, 2025). Le déjà-vu et la déréalisation peuvent survenir ensemble (Hadzic & Andersson, 2024), mais dans une enquête auprès de 227 adultes au Japon, le déjà-vu n’était pas associé à la dissociation pathologique (Adachi et al., 2008). Si ce qui vous est familier continue de sembler étrange et irréel, ou si vous avez la sensation d’être à distance de vous-même, il peut s’agir de dépersonnalisation ou de déréalisation. Plus rarement, on a rapporté le cas d’un homme qui a eu des déjà-vu intenses et répétés dans les 24 heures après avoir commencé deux médicaments ensemble contre la grippe, et qui ont cessé à l’arrêt des médicaments (Taiminen & Jääskeläinen, 2001).
Quand laisser passer et quand consulter
Un déjà-vu occasionnel de quelques secondes est le plus souvent sans danger. Le magazine destiné aux patients de l’American Academy of Neurology indique qu’environ deux personnes sur trois ont déjà vécu un déjà-vu et que, dans la grande majorité des cas, il est étrange mais sans danger (Barnett, 2025). Pour les chercheurs de l’enquête brésilienne, le fait que le déjà-vu soit l’expérience la plus fréquente concorde avec des travaux selon lesquels les erreurs de familiarité pourraient être courantes et relativement bénignes (Fischer et al., 2026). Nous n’avons trouvé aucune méthode éprouvée pour éviter ou arrêter un déjà-vu ordinaire.
Consultez un médecin, idéalement en neurologie, si les déjà-vu sont inhabituellement fréquents ou durent une minute ou deux ; s’ils s’accompagnent d’une odeur ou d’un goût étranges, d’une sensation qui remonte de l’estomac ou d’une peur soudaine ; si l’on vous dit que vous aviez ensuite le regard fixe sans répondre ou que vous faisiez des mouvements des lèvres ; ou si une confusion ou une difficulté à parler suit l’épisode (Warren-Gash & Zeman, 2014 ; Barnett, 2025 ; Hôpital universitaire national de Séoul, s. d. ; Epilepsy Action, 2025). Un neurologue américain estime que toute combinaison de ces signes doit être examinée en neurologie (Barnett, 2025). L’Hôpital universitaire national de Séoul oriente l’épilepsie du lobe temporal vers la neurologie et la neurochirurgie (Hôpital universitaire national de Séoul, s. d.). Votre médecin traitant est un bon premier interlocuteur.
Le diagnostic d’une crise repose sur les symptômes et sur ce qu’ont observé les témoins (Adamolekun, 2026). Comme on ne se souvient souvent pas de ses propres crises, le récit des proches qui y ont assisté aide beaucoup, et un électroencéphalogramme (EEG) ainsi qu’un examen d’imagerie cérébrale comme une IRM peuvent être proposés (Hôpital universitaire national de Séoul, s. d. ; NHS, 2025). Comme la durée d’enregistrement est limitée, un EEG peut être normal même en cas de trouble épileptique (Adamolekun, 2026). Noter quand c’est arrivé, combien de temps cela a duré et ce qui l’accompagnait aide à l’expliquer. Signalez tout médicament commencé récemment, et n’arrêtez pas un médicament prescrit de vous-même : parlez-en au médecin qui l’a prescrit. Environ 60 à 70 % des personnes atteintes d’épilepsie du lobe temporal voient leurs symptômes bien contrôlés par un traitement médicamenteux (Hôpital universitaire national de Séoul, s. d.).
Si l’anxiété ou une impression d’irréalité vous pèse davantage que le déjà-vu, c’est là-dessus qu’il faut se pencher. L’auto-évaluation GAD-7 porte sur votre anxiété des 2 dernières semaines, pas sur le déjà-vu. Si vous avez souvent une impression d’étrangeté face à vous-même ou à ce qui vous entoure, voyez le guide Dépersonnalisation et déréalisation, et s’il s’agit d’un premier rendez-vous, le guide Première consultation en psychiatrie. Dans le cas d’un jeune homme anxieux, atteint de dépersonnalisation, dont les déjà-vu étaient persistants et invalidants, l’EEG et l’IRM étaient normaux (Wells et al., 2014).
Questions fréquentes
Q. Pourquoi le déjà-vu survient-il ? R. La cause exacte n’est pas encore connue. Des expériences appuient l’hypothèse d’une familiarité qui subsiste quand une scène ressemble à une scène antérieure dont on ne se souvient pas (Cleary et al., 2012), et une autre hypothèse y voit le cerveau qui repère et résout un conflit de mémoire (Urquhart et al., 2021).
Q. Des déjà-vu fréquents sont-ils le signe d’une maladie ? R. Le déjà-vu seul ne veut pas dire que l’on est malade. En avoir chaque semaine est rare, 0,9 % (Mumoli et al., 2017), et le déjà-vu lié à une crise est plus fréquent et s’accompagne d’autres symptômes (Warren-Gash & Zeman, 2014). S’il s’accompagne d’une odeur ou d’un goût étranges, d’une sensation qui remonte de l’estomac, de peur ou d’absences, consultez (Hôpital universitaire national de Séoul, s. d.).
Q. Le déjà-vu est-il une prémonition ou un don de voyance ? R. Pas dans les expériences. L’impression de savoir ce qui allait suivre devenait plus forte pendant un déjà-vu, mais les participants ne prédisaient pas mieux que le hasard (Cleary & Claxton, 2018), et, quand une scène semblable ne revenait pas en mémoire, rendre simplement les choses plus familières renforçait cette impression (Huebert et al., 2025).
Q. Quelle différence entre déjà-vu et jamais-vu ? R. Ils vont en sens inverse : dans le déjà-vu, une chose nouvelle paraît familière ; dans le jamais-vu, une chose familière paraît nouvelle (Moulin et al., 2021). Quand des participants recopiaient le même mot encore et encore, environ deux sur trois ont rapporté une sensation étrange, en général après une trentaine de répétitions, soit une minute ; au quotidien, ceux qui avaient plus souvent des déjà-vu avaient aussi plus souvent des jamais-vu (Moulin et al., 2021). L’équipe a reçu le prix Ig Nobel de littérature 2023 (Improbable Research, 2023).
Q. Diminue-t-il avec l’âge ? R. Oui. De nombreuses enquêtes montrent que le déjà-vu devient moins fréquent avec l’âge (Brown, 2003 ; Hadzic & Andersson, 2024), et il serait le plus fréquent chez les jeunes adultes (Aitken et al., 2023).
Q. Est-ce dû au stress ou à la fatigue ? R. Ce n’est pas clair. Une revue classique l’associe au stress et à la fatigue (Brown, 2003), mais le stress ne prédisait pas le déjà-vu dans une autre enquête (Lacinová et al., 2016), et dans l’enquête italienne, la détente était l’état le plus fréquent juste avant (Mumoli et al., 2017).
Q. Est-ce un signe de démence ou de maladie mentale ? R. Pas le déjà-vu ordinaire. Au Japon, les personnes atteintes de schizophrénie rapportaient moins souvent des déjà-vu (53,1 %) qu’un groupe de comparaison (76,2 %) (Adachi et al., 2006). On a décrit de rares cas de deux personnes atteintes de démence qui avaient sans cesse l’impression d’avoir déjà vécu le moment présent (Moulin et al., 2005), mais dans le déjà-vu ordinaire on sait que l’impression est fausse, alors que les cas décrits dans la démence n’ont pas cette conscience (O’Connor & Moulin, 2010 ; Wells et al., 2014).
Q. Faut-il écrire « déjà-vu » ou « déjà vu » ? R. Les deux s’écrivent. Le nom prend généralement un trait d’union, « déjà vu » est une variante admise, et le nom est invariable ; en revanche, pas de trait d’union quand « déjà » précède le participe dans un temps composé, comme dans « je l’ai déjà vu » (Office québécois de la langue française, s. d.). Une étude a trouvé autant de déjà-vu chez les francophones que chez les anglophones, mais les francophones le décrivaient comme plus fréquent et, de façon inattendue, plus troublant (Fortier & Moulin, 2015).
Références : Hadzic, A., & Andersson, S. (2024), Non-ictal, interictal and ictal déjà vu: A systematic review and meta-analysis, Frontiers in Neurology 15, 1406889, https://doi.org/10.3389/fneur.2024.1406889 ; Neppe, V. M. (1983), The concept of déjà vu, Parapsychological Journal of South Africa 4, 1-10 (cited in Hadzic & Andersson, 2024) ; O’Connor, A. R., & Moulin, C. J. A. (2010), Recognition without identification, erroneous familiarity, and déjà vu, Current Psychiatry Reports 12(3), 165-173, https://doi.org/10.1007/s11920-010-0119-5 ; Aitken, C. B. A., Jentzsch, I., & O’Connor, A. R. (2023), Towards a conflict account of déjà vu: The role of memory errors and memory expectation conflict in the experience of déjà vu, Neuroscience & Biobehavioral Reviews 155, 105467, https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2023.105467 ; Mumoli, L., Tripepi, G., Aguglia, U., Augimeri, A., Baggetta, R., Bisulli, F., et al. 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