Guide bien-être
Pourquoi est-ce si difficile de choisir ? Indécision, maximisation, surcharge de choix et ce qui aide
Pourquoi choisir est si difficile : indécision, maximisateurs et « satisficeurs », surcharge de choix, fatigue décisionnelle, et ce qui aide.
Quand décider est particulièrement difficile : qu’est-ce que l’indécision ?
Certaines personnes mettent un temps fou à choisir un plat à midi, puis se demandent encore après coup s’il aurait mieux valu prendre autre chose. Les psychologues distinguent l’hésitation face à une décision précise de l’indécision comme tendance, c’est-à-dire une difficulté à décider qui revient dans de nombreuses situations. Les chercheurs en décrivent les traits suivants : trouver les décisions pesantes, mettre longtemps à décider, retarder ou éviter les décisions, changer plusieurs fois d’avis avant de trancher, puis revenir sur la décision et s’en inquiéter une fois qu’elle est prise (Cheek & Goebel, 2020).
L’indécision n’est pas un diagnostic. Les lignes directrices diagnostiques de la CIM-11 de l’Organisation mondiale de la santé la définissent comme une tendance à avoir du mal à prendre des décisions ou à s’engager dans une ligne de conduite, et la rangent parmi les symptômes et signes liés aux traits de personnalité, non parmi les troubles (OMS, 2024). Une équipe allemande qui l’a étudiée de façon expérimentale la décrit aussi comme un trait non pathologique, que certaines cultures voient même d’un bon œil (Appel & Gerlach, 2025). En Corée, un terme d’argot courant compare l’indécision à un handicap ; ce n’est pas non plus un diagnostic. Un article des étudiants reporters de Hangeul Munhwa Yeondae, une association de défense de la langue coréenne, reproche à ce terme de tourner le handicap en dérision et propose de dire plutôt « avoir du mal à décider » ou « indécis » (Jeong, 2023). Ce guide parle d’« indécision » et de « difficulté à choisir ».
La recherche mesure l’indécision par questionnaire. Dans les études utilisant l’échelle d’indécision publiée en 1993 (15 items), les personnes aux scores élevés procrastinaient davantage, présentaient plus de difficultés psychologiques générales, disaient avoir du mal à décider dans de nombreux domaines (vie sociale, études, famille, quotidien) et mettaient plus de temps à décider lors d’une tâche expérimentale (Frost & Shows, 1993 ; Bratko & Cetina, 2021). mind.io ne propose pas de test d’indécision. Ce guide présente la recherche sur les raisons pour lesquelles choisir est difficile, les thèses et contre-thèses sur la maximisation, l’excès d’options et la « fatigue décisionnelle », et ce qui aide, en précisant la solidité des preuves.
Ce qui l’accompagne : personnalité, incertitude et regret
L’indécision tend à aller de pair avec certains traits de personnalité. En analysant 296 personnes ayant répondu à une enquête en ligne en croate, une équipe a résumé les études antérieures sur le Big Five : le névrosisme (instabilité émotionnelle) avait la corrélation la plus forte avec l’indécision, et la conscienciosité et l’ouverture montraient aussi des corrélations notables. Leur propre étude utilisait le modèle HEXACO à six facteurs : on était d’autant plus indécis que l’extraversion (r = −0,52) et la conscienciosité (r = −0,35) étaient basses et l’émotivité (r = 0,26) élevée (Bratko & Cetina, 2021). Dans des données portant sur 191 étudiants américains, l’indécision était aussi corrélée à r = 0,57 avec le névrosisme et à r = −0,34 avec la satisfaction de vie (Diab et al., 2008). Ce sont des corrélations mesurées à un seul moment : elles ne signifient pas que la personnalité cause l’indécision. Vous pouvez situer votre sensibilité émotionnelle et votre conscienciosité avec le test de personnalité Big Five.
Avoir du mal à supporter l’incertitude, ce qu’on appelle l’intolérance à l’incertitude, est aussi régulièrement lié à l’indécision (Appel & Gerlach, 2025). Pour vérifier s’il s’agit d’une cause, une équipe allemande a réparti au hasard 301 adultes en trois groupes, dont deux devaient rédiger des conseils pour une femme fictive, l’invitant soit à se méfier davantage de l’incertitude, soit à mieux l’accepter. Ensuite, lors d’un choix de loterie avec de l’argent réel en jeu, les personnes ayant conseillé de se méfier davantage de l’incertitude étaient plus indécises que celles ayant conseillé de mieux l’accepter (d = 0,54). Pour une décision importante qu’elles avaient réellement à prendre, comme changer d’emploi, l’écart allait dans le même sens mais n’était pas statistiquement significatif (d = 0,23). Les chercheurs notent aussi qu’on ne peut pas attendre d’effet durable d’une courte tâche consistant à conseiller un cas fictif (Appel & Gerlach, 2025). Dans une étude de suivi auprès de 154 personnes ayant reçu un diagnostic de trouble anxieux ou obsessionnel-compulsif, la même méthode n’a eu aucun effet direct sur l’indécision, seulement un petit effet indirect passant par l’incertitude ressentie sur le moment (Appel et al., 2026).
Le lien avec le perfectionnisme dépendait du type mesuré. Dans l’étude de 1993, l’indécision allait avec les pensées obsédantes et les vérifications compulsives, avec le versant du perfectionnisme qui s’inquiète des erreurs et du jugement d’autrui, et avec l’accumulation compulsive (Frost & Shows, 1993). Dans une étude de 2020 portant sur 279 participants en ligne, en revanche, elle n’était presque pas liée à une échelle mesurant la recherche de la perfection (r = −0,06), mais fortement liée au regret (r = 0,65), à l’intolérance à l’incertitude (r = 0,54) et à la peur du jugement des autres (r = 0,51) (Cheek & Goebel, 2020). Le perfectionnisme a son propre guide : voir le guide Perfectionnisme.
La culture compte aussi. Dans une étude comparant des participants chinois, japonais et américains, les participants japonais se déclaraient plus indécis, et les chercheurs y voyaient l’effet de valeurs différentes à l’égard des comportements décidés et d’un souci de minutie (Yates et al., 2010). L’indécision n’est donc pas forcément un simple défaut. L’axe jugement–perception (J/P) du MBTI indique s’il vous est plus confortable de trancher ou de garder les options ouvertes. Les études de ce guide mesuraient l’indécision avec des échelles distinctes, pas avec J/P : un résultat P ne suffit donc pas à parler d’indécision chez vous.
Viser le meilleur ou se contenter du « suffisamment bon »
Pour expliquer la difficulté à choisir, on évoque souvent la maximisation. En 2002, en s’appuyant sur la théorie d’Herbert Simon, l’équipe de Barry Schwartz a appelé maximisateurs les personnes qui cherchent toujours la meilleure option, et « satisficeurs » celles qui choisissent une option dès qu’elle franchit leur seuil d’acceptabilité. Simon soutenait qu’en pratique, on ne cherche pas la meilleure option mais une option « suffisamment bonne » (Schwartz et al., 2002).
L’équipe a construit une échelle de maximisation et l’a fait passer à 1 747 personnes : quatre groupes d’étudiants de deux universités américaines et d’une université canadienne, et trois groupes d’adultes, formés de soignants (surtout du personnel infirmier), d’usagers d’une gare et de jurés potentiels. Des scores de maximisation plus élevés allaient avec plus de regret dans l’ensemble des groupes (r = 0,52), moins de bonheur dans les six groupes où il était mesuré (r = −0,25) et des scores de dépression plus élevés dans les quatre groupes où elle était mesurée (r = 0,34). Les maximisateurs déclaraient aussi moins d’optimisme, d’estime de soi et de satisfaction de vie. L’équipe soulignait que ces résultats ne disent rien du sens de la causalité (Schwartz et al., 2002).
Une autre étude a suivi des étudiants pendant leur recherche d’emploi. Dans 11 établissements, 548 étudiants en dernière année ont répondu à la première de trois enquêtes, menées de novembre 2001 à mai 2002. Parmi ceux qui avaient accepté une offre d’emploi lors de la dernière enquête, les plus maximisateurs (au-dessus de la médiane) avaient un salaire moyen de 44 515 dollars, soit environ 20 % de plus que les autres (37 085 dollars). Pourtant, plus on maximisait, moins on était satisfait de l’emploi obtenu, même à salaire égal, et plus on disait avoir ressenti pessimisme, anxiété, fatigue et découragement tout au long de la recherche (Iyengar et al., 2006).
Des études ultérieures ont fait valoir que l’idée selon laquelle « les maximisateurs sont malheureux » pouvait tenir en partie à la façon de mesurer la maximisation. Réanalysée à partir de données existantes (12 jeux de données au total, plus de 5 800 personnes), l’échelle d’origine se divisait en trois parties. La « recherche d’alternatives », chercher sans cesse mieux, et la « difficulté à décider » étaient liées au bonheur, à la dépression et à l’optimisme dans le sens attendu, mais les « exigences élevées » envers soi et les choses ne l’étaient pas nettement. Dans la conclusion tirée après l’ajout de nouvelles données recueillies auprès de 176 étudiants et membres du personnel de trois universités, en revanche, la difficulté à décider allait avec moins de bonheur, de satisfaction de vie et d’optimisme et plus de dépression, tandis que la recherche d’alternatives n’était liée ni au bonheur ni à la dépression, seulement à une moindre satisfaction de vie et à plus de regret (Nenkov et al., 2008). Dans une étude portant sur 191 étudiants américains, une nouvelle échelle de maximisation, contrairement à l’ancienne, n’était liée ni à la satisfaction de vie (r = 0,04), ni à l’indécision (r = 0,05), ni au névrosisme (r = 0,01), et ne l’était qu’au regret (r = 0,27) (Diab et al., 2008).
Une revue de 2016 cosignée par Schwartz, l’auteur de l’échelle d’origine, a proposé de voir la maximisation comme deux composantes : le but de choisir le meilleur et la stratégie consistant à passer en revue les alternatives. Le but lui-même ne semble prédire ni le malheur, ni l’insatisfaction de vie, ni la dépression, et la difficulté à décider et le regret seraient plutôt des causes ou des conséquences de la maximisation que des parties de celle-ci (Cheek & Schwartz, 2016). De fait, dans deux études en ligne (639 personnes au total), les items de « difficulté à décider » des échelles de maximisation et une échelle d’indécision étaient corrélés à r = 0,85 ou plus, et les chercheurs ont conclu qu’ils mesurent au fond la même tendance (Cheek & Goebel, 2020). Au total, comparer sans fin et peiner à décider semblent plus liés à l’insatisfaction que les exigences élevées en elles-mêmes. Gardez à l’esprit que tout cela est corrélationnel.
Trop d’options empêchent-elles de choisir ? L’étude des confitures et la suite
L’étude des confitures revient souvent quand on parle du « paradoxe du choix ». Un stand de dégustation a été installé dans une épicerie haut de gamme en Californie pendant deux samedis, en alternant chaque heure 6 et 24 confitures. Avec 24 confitures, 60 % des 242 clients qui passaient se sont arrêtés ; avec 6, 40 % des 260. Mais parmi les clients qui s’étaient arrêtés, environ 30 % (31) de ceux qui avaient vu 6 confitures en ont acheté un pot, contre 3 % (4) de ceux qui en avaient vu 24. Dans une expérience menée avec des étudiants dans le même article, les personnes ayant choisi parmi 6 chocolats plutôt que 30 étaient plus satisfaites de leur choix (Iyengar & Lepper, 2000).
Mais ce résultat ne s’est pas toujours confirmé. Une méta-analyse de 2010 portant sur 50 expériences publiées ou non (63 conditions, 5 036 personnes) a trouvé un effet négatif moyen pratiquement nul (D = 0,02, intervalle de confiance à 95 % de −0,09 à 0,12). Quand l’un de ses auteurs a tenté de reproduire l’étude des confitures dans un supermarché haut de gamme en Allemagne, aucun effet négatif n’est apparu. Et les personnes qui avaient déjà des préférences claires ou une expertise avant de choisir s’en sortaient mieux avec plus d’options (Scheibehenne et al., 2010).
Cela ne veut pas dire que la surcharge de choix n’existe pas. Une méta-analyse de 2015 portant sur 99 observations (7 202 personnes) a rapporté qu’elle était plus probable quand l’ensemble des options était complexe, que la tâche était difficile, qu’on ne savait pas bien ce qu’on voulait ou qu’on cherchait à choisir avec le moins d’effort possible, et qu’une fois ces conditions prises en compte, le nombre d’options avait un effet significatif (Chernev et al., 2015). Lues ensemble, les deux méta-analyses suggèrent que beaucoup d’options n’empêchent pas toujours de choisir, mais que dans certaines conditions elles peuvent rendre le choix plus difficile.
Plus d’options peut aussi conduire à reporter la décision elle-même. Une étude de 1992 a rapporté que lorsque l’ensemble des options s’élargit ou s’améliore et que le choix devient un conflit, la tendance à différer la décision, à chercher de nouvelles options ou à prendre l’option par défaut peut augmenter (Tversky & Shafir, 1992). Si vous repoussez sans cesse vos décisions, voyez aussi le guide Procrastination.
La « fatigue décisionnelle » existe-t-elle ? Les juges affamés et leurs critiques
Une étude souvent citée à l’appui de la « fatigue décisionnelle », l’idée que décider beaucoup use le jugement, a analysé 1 112 décisions rendues par 8 juges en 10 mois dans deux commissions de libération conditionnelle en Israël. La part des décisions favorables au détenu était d’environ 65 % en début de journée ou juste après une pause repas, et tombait presque à zéro à l’approche de la pause suivante. Les auteurs y ont vu l’épuisement des ressources mentales par des décisions répétées, tout en précisant qu’ils n’avaient pas mesuré directement les ressources mentales des juges (Danziger et al., 2011a).
Des critiques ont suivi. Des chercheurs du service de recherche des tribunaux israéliens et du Federal Judicial Center américain ont relevé que l’ordre des dossiers n’était pas aléatoire : la commission cherche à terminer les dossiers d’une prison avant une pause, et les détenus sans avocat passent généralement en dernier dans chaque séance. Dans 227 décisions qu’ils ont recueillies, les détenus sans avocat obtenaient une libération conditionnelle dans 15 % des cas, contre 35 % pour ceux qui étaient représentés (Weinshall-Margel & Shapard, 2011). Les auteurs initiaux ont répondu que leurs résultats tenaient en ajoutant la représentation par un avocat à l’analyse (Danziger et al., 2011b). Une étude de simulation de 2016 a conclu qu’une « gestion rationnelle du temps », qui consiste à ne pas commencer juste avant une pause une décision favorable, plus longue à rendre, pouvait produire une baisse comparable quoique un peu plus faible, si bien que l’étude originale surestimait l’ampleur de l’effet ; elle ajoutait que cela ne peut pas expliquer à soi seul tous les résultats (Glöckner, 2016).
Lire cette étude comme un épuisement mental repose sur la théorie de l’« épuisement de l’ego », selon laquelle la maîtrise de soi est une ressource limitée qui s’use avec l’effort (Danziger et al., 2011a ; Hagger et al., 2016). Or, dans une réplication préenregistrée où 23 laboratoires ont suivi la même procédure avec 2 141 personnes, l’effet d’épuisement de l’ego était faible, d = 0,04, avec un intervalle de confiance à 95 % incluant zéro (de −0,07 à 0,15) (Hagger et al., 2016). Dans un projet préenregistré de 2021 réunissant 36 laboratoires et 3 531 personnes, les analyses prévues n’étaient pas significatives (d = 0,06) ; seule une analyse exploratoire de l’ensemble des participants, sans les critères d’exclusion, trouvait un très petit effet significatif (d = 0,08) (Vohs et al., 2021). Ces études examinaient la performance après une tâche de maîtrise de soi, non après une série de décisions : elles ne testaient donc pas directement la fatigue décisionnelle. Un sentiment d’épuisement après une longue hésitation est bien possible, mais l’idée que décider beaucoup épuise le jugement est moins solidement établie qu’on ne le dit.
Ce qui rend la décision moins pénible
Les pistes ci-dessous reposent sur des preuves de nature différente. Nous avons distingué ce que des expériences ou des méta-analyses ont testé directement des suggestions tirées des résultats de recherche. Parmi les sources lues pour ce guide, aucune ne testait une méthode pour réduire l’indécision elle-même.
Fixez d’abord un seuil « suffisamment bon ». Pour acheter un ordinateur portable, par exemple, notez les conditions vraiment nécessaires, comme le budget, le poids et la taille d’écran, et prenez le premier modèle qui les remplit toutes. C’est le « satisficing » tel que Simon le décrivait (Schwartz et al., 2002). Plus on maximisait, plus on déclarait de regret (Schwartz et al., 2002), et la tendance à chercher sans cesse mieux allait avec une moindre satisfaction de vie et plus de regret (Nenkov et al., 2008). Ce sont toutes des études corrélationnelles, et nous n’avons trouvé aucune expérience entraînant des personnes à se contenter du suffisamment bon et mesurant le résultat : c’est donc une suggestion tirée de la recherche.
Moins vous savez ce que vous voulez, moins vous devriez comparer d’options. Dans une méta-analyse, la surcharge de choix était plus probable quand on ne savait pas bien ce qu’on voulait et que les options étaient complexes (Chernev et al., 2015), et les personnes ayant des préférences claires au départ s’en sortaient même mieux avec plus d’options (Scheibehenne et al., 2010). Avant de commencer à chercher, choisissez donc deux ou trois critères qui comptent pour vous, servez-vous-en pour réduire le choix à quelques candidats, puis comparez. Fixer ses critères d’abord et réduire le choix sont des suggestions fondées sur ces résultats ; la recherche ne donne pas de nombre d’options idéal.
Pour les petites décisions, fixez-vous des options par défaut. Les options présélectionnées (options par défaut) influencent nettement les choix : dans une méta-analyse de 58 études (73 675 personnes), leur effet était de d = 0,68, mais il variait beaucoup, et certaines études ne trouvaient pas d’effet significatif, voire un effet inverse (Jachimowicz et al., 2019). Ces études portaient sur des options par défaut fixées par des pouvoirs publics ou des entreprises. Appliquer la même idée à soi-même, avec des règles comme « en semaine, déjeuner dans l’un de mes deux endroits habituels » ou « garder ce que j’ai sauf si autre chose est clairement meilleur », est une suggestion qui n’a pas été testée directement.
Pensez à ce que vous pourriez en faire d’autre. Quand on incitait des personnes hésitant à acheter quelque chose à penser à d’autres usages de cet argent, elles achetaient moins souvent et choisissaient plus souvent des options moins chères (Frederick et al., 2009). Une méta-analyse de 39 expériences (14 005 personnes) a confirmé l’effet, mais nettement plus petit (d = 0,22) que ce qui avait d’abord été rapporté (d = 0,45 à 0,85) (Maguire et al., 2023). Mettre en balance le temps et l’énergie passés à comparer avec « ce que je pourrais faire d’autre de ce temps » est une suggestion tirée de ces études.
Une fois la décision prise, essayez de la considérer comme définitive. Dans une expérience menée avec des étudiants en photographie, ceux qui pouvaient changer de tirage plus tard aimaient moins celui qu’ils avaient choisi que ceux qui ne le pouvaient pas. Les chercheurs ont conclu que la possibilité de changer d’avis gêne les processus qui, après une décision, rendent d’habitude satisfait, et pourtant la plupart des participants voulaient cette possibilité (Gilbert & Ebert, 2002). L’étude mesurait l’attachement aux photos choisies, non l’effet sur l’indécision de considérer ses décisions comme définitives : c’est une suggestion tirée de ce résultat. Nous n’avons lu que le résumé de cette étude, et ce n’est pas une raison pour renoncer aux garanties dont vous avez vraiment besoin, comme un remboursement ou une annulation.
Si vous tournez en rond depuis longtemps entre deux options vraiment proches, lancer une pièce est une façon d’en sortir. Dans une expérience menée sur un site web par un économiste de l’université de Chicago, des personnes qui n’arrivaient pas à se décider lançaient une pièce (22 511 lancers analysés). Celles dont la pièce tombait sur face, c’est-à-dire « changer », étaient 24,9 points de pourcentage plus nombreuses que celles qui obtenaient pile à dire, deux mois plus tard, qu’elles avaient effectivement changé. Pour les décisions importantes, comme quitter un emploi ou mettre fin à une relation, les personnes à qui la pièce disait de changer se déclaraient plus heureuses six mois plus tard. Les participants avaient choisi de venir sur le site et sont loin d’être représentatifs, et toutes les réponses étaient déclaratives (Levitt, 2016). Il peut aussi être utile de remarquer votre première réaction au verdict de la pièce, comme « ah non, pas celle-là ». Dans deux expériences en ligne menées auprès de 78 et 87 personnes qui choisissaient les plats d’un menu imaginaire en cinq services, celles qui voyaient la suggestion d’une pièce ou d’un dé disaient mieux sentir ce qu’elles voulaient (Jaffé et al., 2019).
Si vous repoussez sans cesse une décision, fixez-vous une date pour trancher, par exemple vendredi soir, et choisissez avec les informations dont vous disposerez alors. Cette piste n’a pas été testée spécifiquement pour l’indécision.
Quand elle s’accompagne d’anxiété ou de déprime
Si décider est devenu nettement plus difficile qu’avant, regardez aussi votre humeur. La CIM-11 compte parmi les symptômes de l’épisode dépressif une « capacité réduite à se concentrer et à maintenir son attention sur les tâches, ou une indécision marquée », et parle d’épisode dépressif quand au moins cinq symptômes, dont une humeur dépressive ou une perte d’intérêt, sont présents la plus grande partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins 2 semaines (OMS, 2024). Dans une enquête en ligne auprès de 602 adultes, l’indécision était aussi fortement associée aux symptômes dépressifs (Hallenbeck et al., 2022). Si même des décisions autrefois faciles vous paraissent insurmontables et que le manque d’intérêt ou d’énergie dure presque chaque jour depuis au moins 2 semaines, consultez Symptômes de la dépression et l’auto-évaluation PHQ-9. Ces auto-évaluations ne sont pas des diagnostics : elles aident à faire le point.
Si l’inquiétude vous empêche de décider dans de nombreux domaines depuis des mois, voyez aussi Symptômes de l’anxiété et l’auto-évaluation GAD-7. L’indécision est un symptôme souvent cité dans le trouble obsessionnel-compulsif et dans le trouble de la personnalité obsessionnelle-compulsive (Frost & Shows, 1993), et la CIM-11 note que les personnes chez qui le domaine de traits « anankastie » des troubles de la personnalité est marqué ont du mal à décider, de peur de ne pas avoir envisagé tous les aspects et toutes les options (OMS, 2024). Mais avoir du mal à décider n’est pas en soi un TOC. On parle de TOC quand des pensées indésirables reviennent sans cesse (obsessions) et/ou que des actes comme les vérifications sont répétés en réponse à ces pensées (compulsions), et que cela prend du temps, par exemple plus d’une heure par jour, ou cause une détresse ou une gêne importantes (OMS, 2024). Si cela vous parle, lisez le guide TOC.
Dans les troubles liés à l’anxiété, les traitements qui renforcent la tolérance à l’incertitude ont montré des effets. Dans une méta-analyse de 28 essais contrôlés randomisés, les traitements fondés sur des preuves réduisaient nettement plus l’intolérance à l’incertitude que les conditions témoins (g = 0,89) (Miller & McGuire, 2023). Nous n’avons pas trouvé de données directes montrant que ces traitements réduisent aussi l’indécision, mais l’équipe expérimentale citée plus haut voit dans le renforcement de la tolérance à l’incertitude une piste prometteuse pour la réduire (Appel & Gerlach, 2025). Si l’indécision perturbe fortement votre quotidien, plutôt que d’essayer de vous en sortir par vous-même, parlez-en à votre médecin traitant, en consultation de psychologie ou au service de santé universitaire.
Si, à force de vous reprocher de ne pas arriver à décider, vous en venez à penser que plus rien n’a de sens, ne gardez pas cela pour vous. Si vous avez des idées suicidaires, appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Questions fréquentes
Q. Avoir du mal à décider, est-ce une maladie ? R. Non. L’indécision n’est pas un diagnostic, mais une tendance liée à la personnalité (OMS, 2024). Si décider est soudain devenu beaucoup plus difficile et qu’une humeur dépressive ou une perte d’intérêt l’accompagne depuis au moins 2 semaines, cela peut être un symptôme d’épisode dépressif : demandez un avis professionnel (OMS, 2024).
Q. Peut-on changer quand on est de nature indécise ? R. Nous n’avons trouvé aucune étude testant un traitement de l’indécision elle-même. Mais dans une expérience, lors d’un choix de loterie avec de l’argent réel en jeu, les personnes qui avaient rédigé des conseils pour se méfier davantage de l’incertitude étaient plus indécises que celles qui avaient rédigé l’inverse ; pour une décision réellement à prendre, l’écart n’était pas significatif, et les chercheurs notent qu’on ne peut pas attendre d’effet durable d’une courte tâche d’écriture (Appel & Gerlach, 2025). Les traitements des troubles liés à l’anxiété réduisaient nettement l’intolérance à l’incertitude (Miller & McGuire, 2023). Fixer ses critères d’abord et réduire le nombre d’options sont des habitudes à essayer dès aujourd’hui.
Q. Avoir P au MBTI, est-ce un signe d’indécision ? R. On ne peut pas le conclure. J/P est une préférence sur la façon d’organiser sa vie et son travail, et la recherche sur l’indécision utilise des échelles distinctes. Dans les études sur le Big Five, une synthèse désigne le névrosisme (instabilité émotionnelle) comme le trait le plus fortement corrélé à l’indécision (Bratko & Cetina, 2021).
Q. Beaucoup d’options, est-ce toujours mauvais ? R. Non. Dans une méta-analyse de 50 expériences, l’effet moyen était pratiquement nul (Scheibehenne et al., 2010) ; la surcharge de choix était plus probable quand on ne savait pas bien ce qu’on voulait ou que les options étaient complexes (Chernev et al., 2015).
Q. Les maximisateurs ne finissent-ils pas par mieux réussir ? R. Dans une étude, parmi les étudiants en dernière année ayant accepté un emploi, les plus maximisateurs gagnaient environ 20 % de plus, mais étaient moins satisfaits de l’emploi obtenu (Iyengar et al., 2006). Le but de vouloir le meilleur ne semble pas en soi lié au malheur ; comparer sans fin et peiner à décider semblent plus liés à l’insatisfaction (Cheek & Schwartz, 2016).
Q. Je me déteste de ne pas arriver à prendre la moindre décision, et j’ai envie de disparaître. R. Ne gardez pas ces pensées pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Références : Cheek, N. N., & Goebel, J. (2020), What does it mean to maximize? “Decision difficulty,” indecisiveness, and the jingle-jangle fallacies in the measurement of maximizing, Judgment and Decision Making 15(1), 7-24, https://doi.org/10.1017/S1930297500006884 ; World Health Organization (2024), Clinical descriptions and diagnostic requirements for ICD-11 mental, behavioural and neurodevelopmental disorders (CDDR), https://www.who.int/publications/i/item/9789240077263 ; Appel, H., & Gerlach, A. L. (2025), Intolerance of uncertainty causally affects indecisiveness, British Journal of Clinical Psychology 64(3), 806-816, https://doi.org/10.1111/bjc.12534 ; Jeong, C. (2023), Are the words I use discriminatory? “Short-sleeve tee”, “decision disability” and other expressions that feel uncomfortable once you know [in Korean], Hangeul Munhwa Yeondae student reporters, https://www.urimal.org/4597 ; Frost, R. O., & Shows, D. L. 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Vous n’avez pas à garder cela pour vous
Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
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