Guide bien-être
Les regrets : ce que l’on regrette le plus, pourquoi certains durent et ce qui aide selon la recherche
Pourquoi certains regrets durent : ce que l’on regrette le plus, agir ou ne pas agir, les « si seulement », les liens avec le moral et ce qui aide.
Le regret, d’où vient-il ? L’essentiel
Le regret, c’est ce qui se cache derrière « je n’aurais pas dû » ou « j’aurais dû essayer ». Les auteurs de la théorie de la régulation du regret le définissent comme une émotion de reproche envers soi-même, née d’une comparaison, que l’on ressent quand on se rend compte ou que l’on imagine que la situation actuelle serait meilleure si l’on avait décidé autrement par le passé. Selon cette définition, le regret suppose deux conditions : avoir joué un rôle dans la décision, et penser qu’une autre décision aurait donné un meilleur résultat. Si l’on n’en était pas la cause, ou si aucune autre décision n’aurait mieux tourné, il n’y a pas de regret selon cette théorie. Elle distingue aussi le regret d’émotions proches comme la déception, la colère, la culpabilité, la honte et la tristesse (Zeelenberg & Pieters, 2007).
Le regret fait mal, mais il peut aussi servir. La même théorie le décrit comme une émotion désagréable que l’on cherche à réguler, mais qui aide à améliorer le résultat à court terme et à apprendre à mieux décider à long terme (Zeelenberg & Pieters, 2007). Une revue de 1997 consacrée aux pensées du type « si seulement… » concluait qu’elles font baisser le moral mais que, en montrant ce qui n’a pas marché, elles sont bénéfiques dans l’ensemble (Roese, 1997). Les gens eux-mêmes voient le regret comme utile. Dans une étude qui demandait à 54 étudiants dans quelle mesure 12 émotions négatives aident à donner un sens au passé, à aller vers ce que l’on souhaite, à éviter ce que l’on veut éviter, à mieux se connaître et à préserver de bonnes relations, aucune émotion n’était jugée plus utile que le regret pour aucune de ces fonctions. L’étude portait toutefois sur ce que les gens croient, et non sur l’aide réellement apportée par le regret (Saffrey et al., 2008).
En bref : les plus grands regrets se concentraient dans des domaines comme l’éducation, le travail et la vie amoureuse, ce que l’équipe d’un article de 2005 expliquait par le sentiment de pouvoir encore y changer les choses (Roese & Summerville, 2005). Beaucoup d’études ont trouvé que les regrets de ce que l’on n’a pas fait durent plus longtemps que ceux de ce que l’on a fait, mais, dans une réplication récente, en repensant à toute leur vie, les gens se partageaient presque à égalité entre regrets d’action et regrets d’inaction (Richardson & Gilovich, 2023). Le regret est courant et peut être utile, mais les personnes chez qui les mêmes regrets revenaient sans cesse avaient une détresse générale plus forte ; l’enquête ayant été menée à un seul moment, elle ne dit pas ce qui vient en premier (Roese et al., 2009). Parmi les approches étudiées figurent le fait de tirer du regret une prochaine étape, de réparer ce qui peut encore l’être, de lâcher prise sur ce qui ne peut plus l’être pour se tourner vers d’autres objectifs, et de se regarder avec compréhension plutôt qu’avec dureté. Rien ne fait disparaître un regret d’un coup, et une bonne partie de ces données vient de courtes expériences et d’enquêtes menées auprès d’étudiants ou de personnes recrutées en ligne.
Ce guide présente ce que l’on regrette le plus, la façon dont les regrets liés à l’action et à l’inaction évoluent avec le temps, l’effet des pensées « si seulement… » sur l’humeur et le comportement, les liens entre un regret qui revient sans cesse et la dépression ou l’anxiété, ce que dit la recherche sur la façon de faire face au regret, et quand en parler à des spécialistes. mind.io ne propose pas de test de regret, et ce guide ne reproduit ni items d’échelle ni seuils.
Ce que l’on regrette le plus : éducation, travail, vie amoureuse
Une étude de 2005 a rassemblé 11 jeux de données tirés de 9 articles parus entre 1989 et 2003, et classé les regrets cités en 12 domaines de vie. Sur 4 054 regrets cités ou choisis par 3 041 personnes, l’éducation arrivait en tête avec 32,2 %, suivie de la carrière (22,3 %), de la vie amoureuse (14,8 %), de la parentalité (10,2 %), du rapport à soi (5,47 %) et des loisirs (2,55 %). Ces six domaines représentaient 86,4 % de l’ensemble des regrets. Il s’agissait toutefois surtout d’échantillons de commodité recueillis aux États-Unis, les personnes très diplômées y étaient surreprésentées et 73 % des personnes interrogées étaient des femmes (Roese & Summerville, 2005). Aucune donnée coréenne n’y figurait.
L’équipe expliquait ce classement par un « principe d’opportunité » : l’insatisfaction et le regret sont les plus forts là où les chances de rectifier le tir sont les plus nettes. Quand une porte s’est fermée, on rationalise ou l’on réinterprète ce qui s’est passé, et le regret s’atténue ou s’éteint ; quand le changement reste possible, ce travail ne se fait pas, le regret persiste et pousse à corriger le tir. Pour expliquer la première place de l’éducation, l’équipe soulignait qu’aux États-Unis, reprendre des études reste possible à tout âge. Dans une expérience du même article, 121 étudiants choisissaient le domaine de vie où leurs possibilités étaient les plus grandes et celui où elles étaient les plus réduites ; les regrets étaient plus intenses dans le premier, mais l’écart était faible (d = 0,21). Les domaines riches en possibilités étaient aussi jugés plus importants, et possibilités et importance prédisaient chacune de leur côté l’intensité du regret (Roese & Summerville, 2005).
Le classement change avec l’âge et la situation. Quand le même article demandait à 34 étudiants de noter un regret marquant, la vie amoureuse venait en premier, l’amitié en deuxième et l’éducation en troisième ; l’équipe y voyait le signe que, dans une vie étudiante où les relations durables ne sont pas encore installées, la vie amoureuse est un domaine riche en possibilités (Roese & Summerville, 2005). Dans un échantillon représentatif des États-Unis, joint par appels téléphoniques aléatoires, la vie amoureuse était aussi le domaine de regret le plus fréquent, et les femmes plus que les hommes citaient des regrets liés à l’amour plutôt qu’au travail. Dans cette enquête, pourtant, les regrets portaient plus souvent sur des situations qu’il n’était plus possible de réparer que sur des situations encore réparables (Morrison & Roese, 2011). L’idée que le regret naît là où il reste des possibilités n’explique donc pas tous les regrets.
La culture peut aussi jouer. L’équipe de l’article de 2005 ne s’attendait pas à retrouver le même classement dans d’autres cultures, tout en pensant que le sentiment d’avoir des possibilités sous-tendrait le classement obtenu, quel qu’il soit (Roese & Summerville, 2005). Dans une étude où 39 étudiants japonais et 40 étudiants américains décrivaient leurs regrets, dans les deux pays, les regrets d’inaction revenaient plus souvent dans les situations qui ne concernaient que soi que dans les situations avec d’autres personnes, et, dans les deux types de situations, ils étaient plus fréquents du côté américain ; dans les situations avec d’autres personnes, les étudiants japonais regrettaient plus souvent ce qu’ils avaient fait que ce qu’ils n’avaient pas fait, et ressentaient leurs regrets plus fortement que les étudiants américains (Komiya et al., 2011).
Ce que l’on a fait, ce que l’on n’a pas fait : des regrets qui changent avec le temps
Des travaux plus anciens avaient montré qu’à résultat négatif égal, on regrette davantage ce que l’on a fait que ce que l’on n’a pas fait. Pourtant, quand Gilovich et Medvec ont interrogé des gens sur les plus grands regrets de leur vie, par enquêtes téléphoniques, questionnaires et entretiens, ce sont surtout des choses non faites qui étaient citées. Les deux chercheurs ont réconcilié ces résultats par le temps : dans deux expériences par scénarios sur les regrets d’autrui et dans une étude sur les regrets personnels de deux périodes, l’action faisait plus mal à court terme, mais l’inaction était davantage regrettée à long terme (Gilovich & Medvec, 1994). Dans une étude de cet article, sur 32 habitants d’Ithaca, dans l’État de New York, 53 % regrettaient davantage une action et 47 % une inaction en pensant à la semaine écoulée, mais 84 % citaient une inaction en pensant à toute leur vie (d’après Richardson & Gilovich, 2023).
Une revue de 1995 avançait trois types de raisons : avec le temps, la douleur d’une action regrettée diminue, celle d’une inaction regrettée augmente, et les deux types de regrets ne reviennent pas en mémoire aussi facilement (Gilovich & Medvec, 1995). Face à une action regrettée, on fait davantage pour changer de conduite ou pour l’accepter, alors que le chemin non pris paraît de plus en plus beau avec le recul et que les inquiétudes qui retenaient d’agir à l’époque semblent moins convaincantes (Richardson & Gilovich, 2023). Dans trois études publiées en 1998, les regrets d’action suscitaient surtout des émotions « chaudes » comme la colère, et les regrets d’inaction à la fois une mélancolie, comme la nostalgie, et du désespoir, comme la détresse. Certains regrets d’inaction relèvent donc de la nostalgie, d’autres sont vraiment douloureux (Gilovich et al., 1998).
Ce schéma n’est pas toujours aussi net. Dans une étude où les personnes décrivaient des événements de leur vie qu’elles regrettaient fortement, les inactions étaient plus nombreuses que les actions, mais les deux types de regrets étaient aussi intenses (Feldman et al., 1999). Dans quatre expériences, quand un résultat négatif antérieur donnait l’impression qu’il fallait changer quelque chose, les gens estimaient que c’est l’inaction qui serait la plus regrettée (Zeelenberg et al., 2002). Une réplication de 2022 auprès de 988 personnes recrutées en ligne aux États-Unis a refait quatre des études d’origine : trois ont donné des résultats dans le même sens mais plus faibles, et une n’a pas été reproduite (Yeung & Feldman, 2022). Une réplication de 2023, fondée sur les réponses de 2 600 visiteurs d’un musée des sciences de Chicago, a trouvé que, pour les regrets des derniers jours, 58 % disaient regretter davantage une action ; pour la vie jusqu’ici, 51 % citaient une action et 49 % une inaction, sans réelle différence. Le changement avec le temps a été reproduit, mais pas la nette avance des inactions observée au départ (Richardson & Gilovich, 2023).
Dans cinq études menées en Chine, au Japon et en Russie, on avait aussi tendance, à long terme, à regretter davantage les inactions que les actions, comme aux États-Unis (Gilovich et al., 2003), et dans l’échantillon représentatif des États-Unis, les regrets d’inaction duraient plus longtemps que les regrets d’action (Morrison & Roese, 2011). Au fond, « on regrette ce que l’on n’a pas fait » est une tendance, pas une règle. Si un « j’aurais dû essayer » revient souvent, cela peut être l’occasion de se demander si c’est encore possible.
« Si seulement… » : se comparer vers le haut ou vers le bas
Derrière le regret, il y a des pensées sur la façon dont le passé aurait pu tourner autrement, les « si seulement… », que la recherche appelle pensée contrefactuelle. Elles vont dans deux directions : vers le haut, quand on imagine un résultat meilleur que la réalité (« si j’avais travaillé davantage, j’aurais réussi l’examen »), et vers le bas, quand on en imagine un pire (« au moins, ça aurait pu être pire ») (Roese, 1994). Le regret naît des pensées tournées vers le haut (Roese & Summerville, 2005).
Dans trois expériences publiées en 1994, les deux directions avaient des effets différents. Les personnes qui formulaient des pensées tournées vers le bas se sentaient mieux ; celles qui formulaient des pensées tournées vers le haut à propos d’un examen décevant avaient davantage l’intention de faire ce qui mène à la réussite ; et dans une tâche d’anagrammes, les pensées tournées vers le haut et celles qui ajoutent une action manquante (« si seulement j’avais fait plus… ») amélioraient chacune davantage les résultats, même si les différences d’humeur n’étaient pas significatives dans cette expérience (Roese, 1994). Ces pensées font mal par la comparaison mais aident en désignant une cause (Roese, 1997), et une revue ultérieure a décrit comment elles peuvent changer le comportement en passant par des intentions précises pour la fois suivante (Epstude & Roese, 2008).
Un même résultat peut être vécu différemment selon ce à quoi on le compare. Dans une étude où des étudiants évaluaient à quel point des médaillés avaient l’air heureux dans des images des Jeux olympiques d’été de 1992, les médaillés de bronze paraissaient plus heureux que les médaillés d’argent. L’équipe expliquait que la comparaison la plus facile, pour une médaille d’argent, est l’or, et pour une médaille de bronze, l’absence de médaille (Medvec et al., 1995). Une étude ultérieure a proposé une autre explication : les attentes des médaillés d’argent étaient plus élevées au départ (McGraw et al., 2005) ; une étude qui a analysé des photos de podiums des Jeux de 2000 à 2016 par codage automatique des expressions faciales a trouvé des arguments en faveur des deux explications (Hedgcock et al., 2021).
On surestime aussi le regret que laissera un échec de peu. Dans quatre études auprès d’étudiants et d’usagers du métro, les gens surestimaient à quel point le regret et le reproche envers soi-même seraient plus forts après avoir raté de peu plutôt que de beaucoup (Gilbert et al., 2004). L’équipe en concluait que l’on est moins vulnérable au regret qu’on ne l’imagine.
Quand un regret revient sans cesse : liens avec la dépression et l’anxiété
Dans une enquête auprès de 370 adultes aux États-Unis, contactés par appels téléphoniques aléatoires, plus les personnes rapportaient de regrets, plus elles avaient de détresse générale, de dépression au sens de perte de plaisir et d’anxiété physique (corrélations de 0,44, 0,41 et 0,30). Ces liens restaient présents même en tenant compte de la tendance à penser de façon répétitive. La détresse générale était particulièrement forte chez les personnes qui avaient à la fois beaucoup de regrets et une forte tendance à ressasser, c’est-à-dire chez qui les mêmes regrets revenaient sans cesse. L’équipe appelait cela le « regret répétitif » et y voyait un marqueur particulièrement important de la détresse ; cette combinaison n’était liée qu’à la détresse générale, pas à la perte de plaisir ni à l’anxiété physique. L’enquête était corrélationnelle et menée à un seul moment : elle ne permettait pas de savoir si le regret répétitif nourrit la détresse, si la détresse nourrit le regret répétitif, ou les deux (Roese et al., 2009).
La tendance à toujours chercher la meilleure option, appelée maximisation, est aussi liée au regret. Dans une étude de 2002 portant sur 1 747 personnes, quatre échantillons d’étudiants et trois d’adultes de la population générale aux États-Unis et au Canada, plus le score de maximisation était élevé, plus les personnes rapportaient de regrets et de dépression, et moins elles rapportaient de bonheur, d’optimisme, d’estime de soi et de satisfaction de vie. Sur quatre des échantillons, la corrélation entre maximisation et regret était de 0,52. L’équipe précisait que le regret n’avait pas été manipulé, si bien qu’aucune conclusion causale n’était possible (Schwartz et al., 2002). L’échelle a ensuite été critiquée : une mesure de la maximisation construite autrement n’était pas liée à la satisfaction de vie (Diab et al., 2008). Une revue de 2016 cosignée par Barry Schwartz, à l’origine de l’échelle, relevait que les échelles de maximisation s’étaient multipliées, jusqu’à 11, avec des résultats contradictoires, et concluait que le regret est plutôt une conséquence ou une cause de la maximisation qu’une de ses composantes (Cheek & Schwartz, 2016). Des façons de composer avec des exigences très élevées sont présentées dans le guide Perfectionnisme.
Un même regret peut agir différemment selon l’âge. Dans une étude auprès de 122 personnes de 20 à 87 ans, chez les jeunes adultes, plus le comportement regretté était vu comme sous leur contrôle, plus le regret était faible et moins les pensées intrusives étaient nombreuses ; chez les personnes âgées, c’était l’inverse (Wrosch & Heckhausen, 2002). Dans un article de 2005 réunissant deux études, les personnes âgées voyaient moins de possibilités de réparer leurs regrets, et l’intensité du regret ne prédisait une moins bonne qualité de vie que chez elles (Wrosch et al., 2005). L’équipe y voyait l’effet des possibilités de rectifier le tir, qui se réduisent avec l’âge.
La plupart de ces résultats décrivent des liens : ils ne disent pas si le regret fait baisser le moral ou si un moral bas multiplie les regrets. Des façons de réduire la rumination elle-même, ces pensées qui tournent en boucle, sont présentées dans le guide Trop réfléchir.
Faire face au regret : ce que suggère la recherche
Premièrement, chercher dans le regret une prochaine étape. Les pensées tournées vers le haut renforçaient l’intention de faire ce qui mène à la réussite (Roese, 1994), et elles peuvent changer le comportement en passant par des intentions précises (Epstude & Roese, 2008). Plutôt que de s’arrêter à « pourquoi ai-je fait ça ? », écrire en une phrase ce que l’on ferait autrement dans une situation semblable va dans le sens de ces travaux. Aucune des études présentées ici n’a cependant vérifié si le fait de l’écrire diminue le regret.
Deuxièmement, réparer ce qui peut l’être. La théorie de la régulation du regret cite plusieurs façons de le gérer : corriger ou annuler la décision (se faire rembourser, passer à une autre option), réévaluer l’option écartée, et agir directement sur l’émotion. Elle qualifie ces stratégies de conjecturales pour l’instant, précise qu’elles ne se valent pas toutes et que certaines peuvent même accroître le regret à long terme. Remettre à plus tard ou éviter une décision par peur du regret, par exemple, peut amener à regretter plus tard sa propre inaction, et rejeter la faute sur les autres peut apaiser le regret mais attiser la colère (Zeelenberg & Pieters, 2007).
Troisièmement, si rien ne peut être défait, lâcher prise et se tourner vers d’autres objectifs. Selon l’équipe de l’article de 2005, les regrets portant sur ce qui ne peut plus changer ont tendance à s’atténuer à mesure qu’on les rationalise ou qu’on les réinterprète (Roese & Summerville, 2005). Dans deux études, les personnes âgées qui avaient renoncé à réparer un regret, ou qui avaient de nombreux objectifs pour l’avenir, faisaient en général mieux face à leurs regrets (Wrosch et al., 2005). Dans une étude de 4 mois auprès de 104 adultes jeunes et âgés, plus les personnes âgées se comparaient à des personnes moins bien loties, plus leur regret diminuait avec le temps (Bauer et al., 2008).
Quatrièmement, se regarder avec compréhension plutôt qu’avec dureté. Dans trois études publiées en 2016, plus les personnes regardaient leur regret avec autocompassion, plus elles en tiraient un enrichissement personnel. Dans l’une d’elles, 400 étudiants aux États-Unis se rappelaient leur plus grand regret puis répondaient à la consigne « Imaginez que vous vous parlez de ce regret avec compassion et compréhension. Que vous diriez-vous ? » ; par rapport aux personnes qui se concentraient sur leurs qualités ou décrivaient un loisir apprécié, ces étudiants rapportaient moins d’émotions négatives et davantage de progrès personnel, comme la résolution de ne pas reproduire l’erreur (5,19 contre 4,76 et 4,92 sur une échelle en 7 points). Statistiquement, une partie de cet effet passait par une meilleure acceptation de ce qui s’était passé, mais l’équipe jugeait prématuré de conclure que l’acceptation avait causé ce progrès. Ce progrès était toutefois déclaré par les personnes elles-mêmes, et l’étude n’a pas vérifié si leur comportement avait réellement changé (Zhang & Chen, 2016). Des exercices pour cultiver l’autocompassion sont présentés dans le guide Cultiver l’autocompassion, et le test d’autocompassion montre comment vous vous traitez quand c’est difficile.
Cinquièmement, si le même regret tourne en boucle, travailler sur la pensée elle-même. La détresse était particulièrement forte quand les mêmes regrets revenaient sans cesse, et l’équipe suggérait que, si de futures recherches confirmaient ce lien, réduire la pensée répétitive pourrait laisser s’exprimer le côté formateur du regret (Roese et al., 2009). Déplacer son attention, réserver un moment aux inquiétudes et se demander « comment » plutôt que « pourquoi » sont présentés dans le guide Trop réfléchir, et d’autres façons de gérer ses émotions dans le guide Gérer ses émotions. Si les décisions à venir vous font peur, rappelez-vous que les gens surestimaient le regret qu’ils éprouveraient après avoir raté de peu (Gilbert et al., 2004).
Quand en parler à des spécialistes
Le regret n’est pas un diagnostic : tout le monde en éprouve. Mais si le même regret tourne toute la journée au point de perturber le travail, les études ou le sommeil, ou si le moral est bas et que plus rien ne fait envie depuis plus de 2 semaines, plutôt que de tenir sans aide, faites le point avec l’auto-évaluation PHQ-9 et parlez-en à des spécialistes : en Corée, un service de psychiatrie ou un centre local de santé mentale ; ailleurs, un cabinet de médecine générale ou un service de santé mentale local. Une auto-évaluation n’est pas un diagnostic. Ce qui se passe lors d’un premier rendez-vous est présenté dans le guide Première consultation en psychiatrie, et les traitements qui aident en cas de dépression dans le guide Dépression : ce qui aide.
Si un événement passé vous amène à avoir des idées suicidaires, appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Questions fréquentes
Q. Existe-t-il un moyen de ne jamais rien regretter ? R. Aucune méthode pour ne plus jamais éprouver de regret n’a été établie par la recherche. Presque tout le monde éprouve des regrets, et ils aident aussi à corriger les décisions suivantes (Zeelenberg & Pieters, 2007). Comme on surestime en général le regret que laissera un échec de peu (Gilbert et al., 2004), plutôt que de repousser une décision par peur de la regretter, mieux vaut s’informer, trancher, puis chercher ce que le résultat apprend : c’est ce qui s’accorde le mieux avec la recherche.
Q. Mes regrets ne s’arrêtent pas. Comment faire ? R. Il n’existe pas de moyen de les arrêter d’un coup. La détresse était particulièrement forte quand les mêmes regrets revenaient sans cesse (Roese et al., 2009) : tirez du regret une prochaine étape et réparez si c’est possible. Sinon, tournez-vous vers d’autres objectifs : dans des études auprès de personnes âgées, celles qui avaient renoncé à réparer un regret faisaient en général mieux face à leurs regrets (Wrosch et al., 2005). Se regarder avec compréhension plutôt qu’avec dureté a aussi été étudié (Zhang & Chen, 2016). Si les pensées tournent en boucle, essayez aussi les méthodes du guide Trop réfléchir.
Q. Regrette-t-on vraiment davantage ce que l’on n’a pas fait ? R. C’est une tendance, pas une règle. Dans l’étude de 1994, en repensant à toute leur vie, les gens regrettaient davantage ce qu’ils n’avaient pas fait (Gilovich & Medvec, 1994), mais dans la réplication de 2023 auprès de 2 600 visiteurs d’un musée des sciences, les regrets de toute une vie se partageaient presque à égalité, 51 % contre 49 % (Richardson & Gilovich, 2023).
Q. Que regrette-t-on le plus ? R. Dans une analyse de 11 jeux de données recueillis surtout aux États-Unis, l’éducation venait en tête (32,2 %), devant la carrière (22,3 %) et la vie amoureuse (14,8 %) (Roese & Summerville, 2005). Dans une enquête sur un échantillon représentatif des États-Unis, les regrets amoureux étaient les plus fréquents (Morrison & Roese, 2011). Ce ne sont pas des données françaises ni coréennes.
Q. Avoir beaucoup de regrets, est-ce un signe de dépression ? R. Tout le monde éprouve des regrets : cela ne suffit pas à parler de dépression. Les personnes qui avaient plus de regrets avaient aussi plus de symptômes dépressifs et anxieux, mais on ne sait pas lequel entraîne l’autre (Roese et al., 2009). Si le moral est bas et que plus rien ne fait envie depuis plus de 2 semaines, faites le point avec l’auto-évaluation PHQ-9 et parlez-en à des spécialistes.
Q. Mes regrets me pèsent au point de vouloir mourir. R. N’attendez pas pour en parler. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
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Vous n’avez pas à garder cela pour vous
Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
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Tests et guides à découvrir ensuite
Faire le test d’autocompassion
Ce n’est pas un test de regret, mais ses 12 questions montrent comment vous vous traitez quand c’est difficile. Dans une série d’études, regarder ses regrets avec autocompassion allait de pair avec davantage d’enrichissement personnel.
Lire Trop réfléchir
Quand le même regret tourne en boucle : pourquoi ruminations et inquiétudes s’entretiennent, et ce qui aide à les apaiser selon la recherche.
Cultiver l’autocompassion
Des pratiques pour se traiter avec douceur plutôt qu’avec dureté après une erreur ou un regret, avec leurs données et leurs limites.