Aller au contenu

Guide bien-être

Alexithymie : quand on ne sait pas ce que l’on ressent, ce que dit la recherche et ce qui aide

L’alexithymie, difficulté à identifier et à dire ses émotions : sa mesure, sa fréquence, ses liens avec la dépression et l’autisme, et ce qui aide.

L’alexithymie, de quoi parle-t-on ? L’essentiel

L’alexithymie désigne une difficulté à repérer ce que l’on ressent et à le mettre en mots. Le psychiatre Peter Sifneos a créé le terme en 1973, en décrivant chez des patients atteints de maladies psychosomatiques un fonctionnement émotionnel restreint, une vie imaginaire pauvre et une incapacité à trouver les mots justes pour dire leurs émotions, caractéristiques nommées « alexithymiques » (Sifneos, 1973). Le mot signifie littéralement « pas de mots pour les émotions » (Seo et al., 2009).

La recherche actuelle y distingue trois facettes : la difficulté à identifier ce que l’on ressent et à distinguer une émotion d’une sensation corporelle (difficulté à identifier ses émotions), la difficulté à décrire ses émotions aux autres (difficulté à les décrire) et une façon de penser tournée vers les événements extérieurs plutôt que vers la vie intérieure (pensée orientée vers l’extérieur) (Seo et al., 2009). Cela ne veut pas dire ne rien ressentir. Selon une étude, plus le score d’alexithymie est élevé, plus les émotions paraissent proches d’états corporels comme la faim ou la fatigue (Brewer et al., 2016).

L’alexithymie n’est pas un diagnostic psychiatrique. C’est une notion infraclinique, sans critères diagnostiques établis (Brewer et al., 2016 ; Hemming et al., 2019), que la recherche considère comme un trait de personnalité présent à des degrés divers selon les personnes, et non comme quelque chose que l’on a ou que l’on n’a pas. Une étude portant sur 1 933 personnes de la population générale, 1 948 personnes à l’université et 302 personnes suivies en consultation psychiatrique a fourni de solides arguments en faveur d’une dimension continue plutôt que d’une catégorie (Parker et al., 2008). C’est pourquoi ce guide parle de personnes ayant un score élevé d’alexithymie, et non de malades.

En bref : dans une enquête auprès de 5 454 adultes en Finlande, environ une personne sur dix (9,9 %) dépassait le seuil couramment utilisé (Mattila et al., 2006). L’alexithymie va souvent de pair avec la dépression, des symptômes physiques et l’autisme, mais la plupart de ces travaux portent sur des associations : on ne peut pas en faire la cause. C’est un trait plutôt durable, mais le score peut varier avec l’état du moment, comme une dépression (Luminet et al., 2001), et les études de traitements qui travaillaient directement sur l’alexithymie tendaient à rapporter une baisse des scores (Cameron et al., 2014).

Ce guide présente la façon de mesurer l’alexithymie et sa fréquence, ses liens avec la dépression, les symptômes physiques et l’autisme, le débat sur les signaux du corps, la possibilité qu’elle évolue, ce que l’on peut essayer par soi-même et quand en parler à des spécialistes. mind.io ne propose pas de test d’alexithymie, et ce guide ne reproduit aucun item d’échelle. La façon de gérer ses émotions en général est présentée dans le guide Gérer ses émotions.

Comment la mesure-t-on, et est-elle fréquente ?

L’outil le plus utilisé est l’échelle d’alexithymie de Toronto en 20 items (TAS-20), un questionnaire d’autoévaluation. Elle compte 7 items sur la difficulté à identifier ses émotions, 5 sur la difficulté à les décrire et 8 sur la pensée orientée vers l’extérieur, notés de 1 (pas du tout d’accord) à 5 (tout à fait d’accord) : le total va donc de 20 à 100 (Seo et al., 2009). Les études de conception ont montré une bonne cohérence interne, une bonne fidélité test-retest et une structure en trois facteurs conforme à la théorie (Bagby et al., 1994). L’échelle a été traduite en 18 langues et évaluée dans 19 pays, avec de solides arguments en faveur de sa structure en trois facteurs d’une langue et d’une culture à l’autre, mais dans la plupart des cultures où l’anglais n’est pas la langue principale, le facteur de pensée orientée vers l’extérieur manquait de fiabilité interne (Taylor et al., 2003).

Une version coréenne (TAS-20K) a été élaborée et validée auprès d’adultes en 1996 (Lee et al., 1996). Une étude auprès de 290 élèves de collège à Daegu a confirmé la même structure en trois facteurs, avec une bonne cohérence interne pour l’échelle entière (α = 0,87) et une bonne fidélité test-retest (0,87, avec 22 élèves ayant repassé le test 4 semaines plus tard) (Seo et al., 2009).

Pour la version anglaise, des seuils ont été fixés de façon empirique : un total supérieur à 60 (61 ou plus) indique une alexithymie, un total inférieur à 52 son absence certaine (Seo et al., 2009). Les pourcentages ci-dessous sont donc des parts de personnes au-dessus d’un tel seuil : ils dépendent de l’endroit où l’on place la limite. La TAS-20 ne mesure pas la pauvreté de la vie imaginaire et sa sous-échelle de pensée orientée vers l’extérieur peut manquer de fiabilité : il est recommandé de ne pas s’appuyer sur la seule TAS (Kinnaird et al., 2019).

D’autres outils cherchent à compenser les limites d’un questionnaire. L’entretien structuré de Toronto pour l’alexithymie (TSIA) est coté par la personne qui mène l’entretien, à partir de 24 questions et de critères de cotation ; il a été mis au point auprès de 136 personnes de la population générale et de 97 personnes suivies en consultation psychiatrique, et sa corrélation avec la TAS-20 était significative mais modeste (Bagby et al., 2006). Le questionnaire d’alexithymie de Perth (PAQ) est un questionnaire d’autoévaluation en 24 items conçu pour mesurer séparément les émotions négatives et positives (Preece et al., 2018). mind.io ne propose aucun de ces outils et n’a pas créé de petit quiz qui prétendrait détecter l’alexithymie.

Est-elle fréquente ? Dans une étude auprès de 1 285 personnes de la population générale finlandaise, les scores suivaient une distribution normale chez les hommes comme chez les femmes, ce qui appuie l’idée d’une dimension de la personnalité, et 13 % des personnes dépassaient le seuil. C’était presque deux fois plus souvent le cas des hommes (17 %) que des femmes (10 %), et plus fréquent avec l’âge, un niveau d’études plus bas et une situation socio-économique plus modeste (Salminen et al., 1999). Dans une étude plus vaste auprès de 5 454 personnes de 30 à 97 ans, la proportion était de 9,9 % (11,9 % chez les hommes, 8,1 % chez les femmes), avec un lien net avec l’âge (Mattila et al., 2006).

L’écart entre hommes et femmes variait selon la facette. Dans l’étude finlandaise, les hommes avaient des scores plus élevés pour la difficulté à décrire ses émotions et pour la pensée orientée vers l’extérieur, mais il n’y avait pas d’écart pour la difficulté à identifier ses émotions (Salminen et al., 1999). Parmi 290 élèves de collège en Corée, 5,2 % dépassaient le seuil, sans écart entre garçons et filles (5,4 % et 4,9 %), avec un seuil pour adultes qui n’a pas été validé chez les adolescents (Seo et al., 2009). Faute de critères diagnostiques, la prévalence est difficile à établir, et les estimations des différentes études vont de 10 à 19 % (Hemming et al., 2019).

Quels liens avec la dépression, les symptômes physiques et l’autisme ?

C’est avec la dépression que l’alexithymie a été le plus étudiée. Dans une étude auprès de 2 018 personnes de la population générale finlandaise, 32,1 % des personnes ayant un score de dépression élevé (BDI de 9 ou plus) dépassaient le seuil d’alexithymie, contre 4,3 % des personnes non déprimées. Une fois la dépression prise en compte, les liens avec plusieurs facteurs sociodémographiques disparaissaient, et seules la dépression et une faible satisfaction de vie restaient associées à l’alexithymie (Honkalampi et al., 2000). Dans une méta-analyse de 35 études portant sur 23 085 personnes, la corrélation entre score d’alexithymie et intensité de la dépression était de r = 0,455, une corrélation moyenne, et les difficultés à identifier et à décrire ses émotions étaient plus liées à la dépression que la pensée orientée vers l’extérieur (Liu et al., 2025). Une méta-analyse plus ancienne de 19 études portant sur 3 572 personnes trouvait de même des liens moyens entre la dépression et le score total à la TAS, la difficulté à identifier ses émotions et celle à les décrire, et un lien faible avec la pensée orientée vers l’extérieur (Li et al., 2015). Ce sont des corrélations regroupées : elles ne disent pas ce qui vient en premier.

Le lien existe aussi avec les symptômes physiques. Une revue quantitative a trouvé une relation faible à moyenne entre l’alexithymie et le nombre de symptômes physiques signalés ; la difficulté à identifier ses émotions avait le lien le plus fort, la pensée orientée vers l’extérieur presque aucun. Comme il n’existait qu’une seule étude prospective, la revue n’a toutefois pas pu conclure que l’alexithymie prédispose à la somatisation (De Gucht & Heiser, 2003). Dans une méta-analyse de 77 études portant sur 8 019 personnes ayant une douleur chronique, ces personnes avaient des scores plus élevés que des personnes sans problème de santé (d = 0,81) et que des personnes ayant d’autres maladies sans douleur (d = 0,55), et l’alexithymie allait de pair avec l’intensité de la douleur (d = 0,20), la dépression (d = 0,46) et l’anxiété (d = 0,43). Une fois les émotions négatives prises en compte, le lien avec l’intensité de la douleur n’était cependant plus significatif (Aaron et al., 2019).

L’autisme a lui aussi été beaucoup étudié. Dans une méta-analyse de 15 études comparant sur la TAS 366 personnes autistes et 348 personnes non autistes, les groupes autistes avaient des scores plus élevés au total comme pour chaque facette, et dans les 9 études qui indiquaient combien de personnes dépassaient le seuil, la proportion était de 49,93 % dans les groupes autistes et de 4,89 % dans les groupes non autistes. L’équipe en conclut que l’alexithymie est fréquente dans l’autisme sans être universelle, et présente l’hypothèse selon laquelle les difficultés de traitement des émotions observées dans l’autisme viendraient de l’alexithymie associée plutôt que de l’autisme lui-même (Kinnaird et al., 2019). L’alexithymie accompagne souvent l’autisme et la dépression, mais ce sont des notions distinctes (Brewer et al., 2016). Les signes de l’autisme à l’âge adulte sont présentés dans le guide Autisme chez l’adulte.

L’alexithymie est aussi liée à des traits de personnalité. Dans une étude auprès de 101 personnes à l’université, les scores à la TAS-20 étaient liés positivement à la sensibilité émotionnelle (névrosisme) du Big Five, négativement à l’extraversion et à l’ouverture, et sans lien avec l’agréabilité et la conscienciosité (Luminet et al., 1999). Mais dans une étude auprès de 51 personnes à l’université, évaluées aussi en entretien, la difficulté à identifier ses émotions mesurée en entretien n’était pas liée à la sensibilité émotionnelle : le lien souvent rapporté pourrait venir en partie de la mesure par questionnaire. Les liens avec une faible ouverture et une faible agréabilité apparaissaient quelle que soit la méthode (Rosenberg et al., 2016). Vous pouvez examiner vos propres traits avec le test de personnalité Big Five.

Émotions et signaux du corps : un débat ouvert

Repérer une émotion suppose de lire les signaux qui viennent de l’intérieur du corps, ce que l’on appelle l’intéroception. D’où l’hypothèse que l’alexithymie ne se limite pas aux émotions et traduit une difficulté plus large à lire les signaux du corps. Dans une étude auprès de 105 personnes de la population générale et de 103 personnes déclarant avoir déjà reçu un diagnostic psychiatrique, plus le score d’alexithymie était élevé, plus les personnes disaient avoir du mal à lire des signaux corporels non émotionnels comme la faim, la température ou l’éveil, et plus émotions et états corporels leur paraissaient semblables. L’équipe a proposé de voir dans l’alexithymie un échec général de l’intéroception (Brewer et al., 2016). Il s’agit toutefois de réponses à des questionnaires créés pour l’étude. Le questionnaire sur les signaux corporels non émotionnels avait en outre une faible fiabilité interne (α = 0,53), et l’équipe a indiqué que ce résultat devait être interprété avec prudence.

Les données sont partagées. Dans une méta-analyse de 66 échantillons réunissant 7 146 personnes, l’alexithymie avait une faible corrélation négative avec l’intéroception (r = −0,162), et la force comme le sens du lien variaient beaucoup selon que l’on mesurait la précision à des tâches objectives ou la sensibilité ressentie, et selon la méthode. Le lien était moyen dans les échantillons ayant des troubles psychiatriques ou du développement, mais non significatif dans les échantillons en bonne santé, et l’équipe a souligné que la définition et la mesure de l’intéroception restent confuses (Trevisan et al., 2019).

Ainsi, même si l’expérience « je ne sais pas si j’ai faim ou si je suis en colère » est souvent évoquée à propos de l’alexithymie, il n’est pas démontré qu’apprendre à lire les signaux de son corps réduise l’alexithymie. L’équipe de la première étude a d’ailleurs indiqué que l’utilité clinique d’un entraînement de l’intéroception restait à établir (Brewer et al., 2016).

Un trait figé, ou qui peut évoluer ?

La recherche distingue parfois deux formes : l’alexithymie primaire (trait), une disposition qui se mettrait en place dans l’enfance ou au début de l’âge adulte, et l’alexithymie secondaire (état), qui pourrait apparaître à tout âge après des événements pénibles ou un traumatisme, comme une défense contre des émotions trop lourdes. La plupart des travaux l’ont jusqu’ici traitée comme un trait de personnalité stable, mais il n’y a toujours pas de consensus sur ses formes ni sur ses causes (Hemming et al., 2019).

Dans la population générale, elle est assez stable. Dans une étude qui a interrogé deux fois, à 11 ans d’intervalle, 3 083 adultes de 30 ans et plus vivant en Finlande, le score moyen à la TAS-20 est resté de 44,2, et le premier score prédisait de façon significative celui de 11 ans plus tard. L’équipe a conclu à une stabilité élevée, en valeur absolue comme en valeur relative. Dans le groupe des 75 à 97 ans, la moyenne est toutefois passée de 49,1 à 53,1. Avoir eu un trouble dépressif ou anxieux lors de la première enquête n’était pas lié au score 11 ans plus tard, mais avoir un tel diagnostic lors de la seconde enquête était lié au score à ce moment-là (Hiirola et al., 2017). Cela suggère qu’une dépression ou une anxiété actuelle peut se refléter dans le score.

Le traitement de la dépression montre la même chose. Chez 46 personnes suivies en ambulatoire pour une dépression majeure et traitées par antidépresseurs pendant 14 semaines, les scores d’alexithymie ont changé de façon significative, mais la position des personnes les unes par rapport aux autres est restée globalement la même. L’équipe en a conclu que les scores peuvent varier quand les symptômes dépressifs changent beaucoup, mais que cette stabilité relative appuie l’idée d’un trait de personnalité stable (Luminet et al., 2001). Un score obtenu pendant une période où le moral est très bas ne suffit donc pas pour conclure que l’on « ne sait tout simplement pas ce que l’on ressent ».

Elle peut aussi diminuer après un traitement. Une revue des changements de l’alexithymie après des interventions psychologiques a conclu qu’elle est en partie modifiable. Les interventions qui visaient directement l’alexithymie tendaient à rapporter une baisse significative des scores, tandis que les résultats étaient inconstants pour les traitements qui ne la visaient pas (Cameron et al., 2014). Dans une analyse de 4 essais randomisés contrôlés de programmes fondés sur la pleine conscience (460 personnes), les scores à la TAS étaient en moyenne inférieurs de 5,28 points à ceux des groupes témoins (intervalle de confiance à 95 % de 1,28 à 9,28 points), mais l’équipe a précisé que ce résultat doit être reproduit sur de plus grands échantillons (Norman et al., 2019). Les données sur la méditation en général sont présentées dans le guide Méditation et pleine conscience.

Ce que l’on peut essayer par soi-même

Une précision d’abord : les pistes ci-dessous ne sont pas des traitements dont on aurait montré qu’ils réduisent l’alexithymie, mais des idées d’exercices tirées de recherches voisines. Si le fait de mal connaître ses émotions ne vous fait pas souffrir et ne gêne pas votre vie, inutile d’y voir un problème à corriger.

Enrichissez votre vocabulaire des émotions. La capacité à distinguer finement ses émotions et à les nommer, plutôt que de tout regrouper sous « ça ne va pas », s’appelle la différenciation émotionnelle ou granularité émotionnelle. Selon une revue, les personnes qui différencient plus finement leurs émotions recouraient moins, en cas de forte détresse, à des façons nuisibles d’y faire face comme l’alcoolisation massive ou l’agressivité, et avaient des troubles anxieux et dépressifs moins sévères. La revue faisait aussi état de données selon lesquelles des interventions conçues pour améliorer la différenciation émotionnelle peuvent réduire des difficultés psychologiques et accroître plusieurs aspects du bien-être (Kashdan et al., 2015). Au lieu de « ça ne va pas », essayez par exemple de choisir s’il s’agit de peine, d’un sentiment d’injustice, d’inquiétude ou d’usure, et si aucun mot ne convient, cherchez le plus proche dans une liste de mots d’émotions.

Vous pouvez partir du corps. La difficulté à identifier ses émotions comprend la difficulté à les distinguer des sensations corporelles (Seo et al., 2009). Quelques fois par jour, notez d’abord une sensation du corps, comme une poitrine serrée, des épaules tendues, la faim ou la fatigue, puis demandez-vous : « si c’était une émotion, laquelle ?» et « que vient-il de se passer ?». On ne sait pas encore si ce type d’exercice fait baisser les scores d’alexithymie : essayez-le en observant s’il vous aide.

Prenez de courtes notes. Écrire une ligne pour la situation, la sensation corporelle, le mot d’émotion qui vient et ce que vous avez fait ensuite permet de repérer, en relisant plus tard, les enchaînements qui se répètent. Ce que l’on sait de l’intérêt et des limites du fait de nommer ses émotions et de l’écriture expressive sur ses émotions et les événements est présenté dans le guide Gérer ses émotions.

Prévenir les personnes proches peut aussi aider. Dire « il me faut un moment pour répondre, parce que je ne reconnais pas tout de suite ce que je ressens », ou nommer ce dont vous avez besoin plutôt que l’émotion, comme « j’ai besoin de repos » ou « j’ai besoin d’un moment à moi », peut aider à limiter les malentendus. La façon de comprendre les émotions des autres et d’y répondre est présentée dans le guide sur l’empathie.

Quand en parler à des spécialistes

Mal connaître ses émotions n’est pas une maladie en soi, mais si cela entraîne sans cesse des malentendus et des conflits dans vos relations, si votre moral est bas et que vous avez perdu l’intérêt pour les choses, ou si des symptômes physiques persistent sans que les examens les expliquent, parlez-en à des spécialistes. Vous pouvez d’abord faire le point sur votre humeur avec l’auto-évaluation PHQ-9. Une auto-évaluation n’est pas un diagnostic. Si vous vous demandez si des traits autistiques entrent en jeu, voyez le guide Autisme chez l’adulte.

Si vous commencez un suivi ou un traitement, dites dès le début qu’il vous est difficile de mettre des mots sur vos émotions. La revue citée plus haut écrit qu’il est généralement admis que l’alexithymie nuit à divers traitements de santé physique et mentale, et constate que les interventions qui travaillaient directement sur l’alexithymie tendaient à rapporter une baisse des scores (Cameron et al., 2014). En Corée, on peut consulter en psychiatrie ou s’adresser à un centre de santé mentale de ville ou d’arrondissement, ou encore appeler la ligne de crise en santé mentale 1577-0199 (24 h/24). Le déroulement d’un premier rendez-vous est présenté dans le guide Première consultation en psychiatrie. Ailleurs, commencez par votre médecin traitant ou le service de santé mentale de votre secteur.

Des études ont rapporté un lien assez net entre l’alexithymie et les idées suicidaires, et un lien plus faible avec les comportements suicidaires comme l’automutilation, mais on sait peu de chose sur la nature de ces liens (Hemming et al., 2019). Même s’il est difficile de mettre des mots sur ce que vous ressentez, si vous pensez à mettre fin à vos jours ou à vous faire du mal, ne gardez pas cela pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. En Corée, appelez le 109 (24 h/24, gratuit).

Questions fréquentes

Q. Existe-t-il un test ou une auto-évaluation de l’alexithymie ? R. La recherche et la clinique utilisent surtout le questionnaire TAS-20 en 20 items (TAS-20K en coréen) ; il existe aussi l’entretien TSIA et le PAQ, qui mesure séparément les émotions négatives et positives (Bagby et al., 2006 ; Preece et al., 2018). Les scores aux questionnaires peuvent aussi refléter une dépression ou une anxiété du moment (Hiirola et al., 2017). mind.io ne propose pas de test d’alexithymie. Le score « attention à vos émotions » du test d’empathie et de style émotionnel ne mesure pas l’alexithymie, mais il peut aider à réfléchir à la fréquence à laquelle vous prêtez attention à vos propres émotions.

Q. L’alexithymie veut-elle dire ne rien ressentir ? R. Ce n’est pas ainsi qu’on la comprend. L’alexithymie n’est pas une absence d’émotions, mais une tendance à avoir du mal à les repérer, à les distinguer et à les mettre en mots (Seo et al., 2009). Si vos émotions vous paraissent lointaines et que vous ne vous reconnaissez plus, voyez le guide Dépersonnalisation et déréalisation ; si vos émotions semblent émoussées depuis le début d’un médicament, le guide Antidépresseurs et psychotropes ; et si votre moral est bas et que plus rien ne vous fait plaisir, le guide Symptômes de la dépression.

Q. Est-elle plus fréquente chez les hommes ? R. Dans des enquêtes en population générale en Finlande, les hommes dépassaient plus souvent le seuil (17 % contre 10 %, et 11,9 % contre 8,1 %) (Salminen et al., 1999 ; Mattila et al., 2006). Mais leurs scores plus élevés portaient sur la difficulté à décrire ses émotions et la pensée orientée vers l’extérieur, sans écart pour la difficulté à les identifier (Salminen et al., 1999), et une étude auprès d’élèves de collège en Corée n’a trouvé aucun écart entre garçons et filles (Seo et al., 2009).

Q. Peut-on soigner l’alexithymie ? R. C’est un trait plutôt durable (Hiirola et al., 2017), mais selon une revue elle peut changer en partie après des interventions psychologiques, et les interventions qui la visaient directement tendaient à rapporter une baisse des scores (Cameron et al., 2014). Les données sur les programmes de pleine conscience viennent de 4 essais randomisés contrôlés et demandent à être confirmées (Norman et al., 2019). Plutôt que de chercher à la faire disparaître, mieux vaut penser à développer peu à peu la capacité de repérer et d’exprimer ses émotions.

Références : Sifneos, P. E. (1973), The prevalence of ‘alexithymic’ characteristics in psychosomatic patients, Psychotherapy and Psychosomatics 22(2), 255-262, https://doi.org/10.1159/000286529 ; Seo, S. S., Chung, U. S., Rim, H. D., & Jeong, S. H. (2009), Reliability and validity of the 20-item Toronto Alexithymia Scale in Korean adolescents, Psychiatry Investigation 6(3), 173-179, https://doi.org/10.4306/pi.2009.6.3.173 ; Brewer, R., Cook, R., & Bird, G. (2016), Alexithymia: a general deficit of interoception, Royal Society Open Science 3(10), 150664, https://doi.org/10.1098/rsos.150664 ; Hemming, L., Haddock, G., Shaw, J., & Pratt, D. (2019), Alexithymia and its associations with depression, suicidality, and aggression: an overview of the literature, Frontiers in Psychiatry 10, 203, https://doi.org/10.3389/fpsyt.2019.00203 ; Parker, J. D. A., Keefer, K. V., Taylor, G. J., & Bagby, R. M. (2008), Latent structure of the alexithymia construct: a taxometric investigation, Psychological Assessment 20(4), 385-396, https://doi.org/10.1037/a0014262 ; Mattila, A. K., Salminen, J. K., Nummi, T., & Joukamaa, M. (2006), Age is strongly associated with alexithymia in the general population, Journal of Psychosomatic Research 61(5), 629-635, https://doi.org/10.1016/j.jpsychores.2006.04.013 ; Luminet, O., Bagby, R. M., & Taylor, G. J. (2001), An evaluation of the absolute and relative stability of alexithymia in patients with major depression, Psychotherapy and Psychosomatics 70(5), 254-260, https://doi.org/10.1159/000056263 ; Cameron, K., Ogrodniczuk, J., & Hadjipavlou, G. (2014), Changes in alexithymia following psychological intervention: a review, Harvard Review of Psychiatry 22(3), 162-178, https://doi.org/10.1097/HRP.0000000000000036 ; Bagby, R. M., Parker, J. D. A., & Taylor, G. J. (1994), The twenty-item Toronto Alexithymia Scale-I. Item selection and cross-validation of the factor structure, Journal of Psychosomatic Research 38(1), 23-32, https://doi.org/10.1016/0022-3999(94)90005-1 ; Taylor, G. J., Bagby, R. M., & Parker, J. D. A. (2003), The 20-Item Toronto Alexithymia Scale. IV. Reliability and factorial validity in different languages and cultures, Journal of Psychosomatic Research 55(3), 277-283, https://doi.org/10.1016/S0022-3999(02)00601-3 ; Lee, Y. H., Rim, H. D., & Lee, J. Y. (1996), Development and validation of a Korean version of the 20-item Toronto Alexithymia Scale (TAS-20K), Journal of Korean Neuropsychiatric Association 35, 888-899 [in Korean] ; Kinnaird, E., Stewart, C., & Tchanturia, K. (2019), Investigating alexithymia in autism: a systematic review and meta-analysis, European Psychiatry 55, 80-89, https://doi.org/10.1016/j.eurpsy.2018.09.004 ; Bagby, R. M., Taylor, G. J., Parker, J. D. A., & Dickens, S. E. (2006), The development of the Toronto Structured Interview for Alexithymia: item selection, factor structure, reliability and concurrent validity, Psychotherapy and Psychosomatics 75(1), 25-39, https://doi.org/10.1159/000089224 ; Preece, D., Becerra, R., Robinson, K., Dandy, J., & Allan, A. (2018), The psychometric assessment of alexithymia: development and validation of the Perth Alexithymia Questionnaire, Personality and Individual Differences 132, 32-44, https://doi.org/10.1016/j.paid.2018.05.011 ; Salminen, J. K., Saarijärvi, S., Äärelä, E., Toikka, T., & Kauhanen, J. (1999), Prevalence of alexithymia and its association with sociodemographic variables in the general population of Finland, Journal of Psychosomatic Research 46(1), 75-82, https://doi.org/10.1016/S0022-3999(98)00053-1 ; Honkalampi, K., Hintikka, J., Tanskanen, A., Lehtonen, J., & Viinamäki, H. (2000), Depression is strongly associated with alexithymia in the general population, Journal of Psychosomatic Research 48(1), 99-104, https://doi.org/10.1016/S0022-3999(99)00083-5 ; Liu, Z., He, S., & Hou, C. (2025), The effect of alexithymia on depression: evidence from meta-analysis, Frontiers in Psychology 16, 1465286, https://doi.org/10.3389/fpsyg.2025.1465286 ; Li, S., Zhang, B., Guo, Y., & Zhang, J. (2015), The association between alexithymia as assessed by the 20-item Toronto Alexithymia Scale and depression: a meta-analysis, Psychiatry Research 227(1), 1-9, https://doi.org/10.1016/j.psychres.2015.02.006 ; De Gucht, V., & Heiser, W. (2003), Alexithymia and somatisation: quantitative review of the literature, Journal of Psychosomatic Research 54(5), 425-434, https://doi.org/10.1016/S0022-3999(02)00467-1 ; Aaron, R. V., Fisher, E. A., de la Vega, R., Lumley, M. A., & Palermo, T. M. (2019), Alexithymia in individuals with chronic pain and its relation to pain intensity, physical interference, depression, and anxiety: a systematic review and meta-analysis, Pain 160(5), 994-1006, https://doi.org/10.1097/j.pain.0000000000001487 ; Luminet, O., Bagby, R. M., Wagner, H., Taylor, G. J., & Parker, J. D. A. (1999), Relation between alexithymia and the five-factor model of personality: a facet-level analysis, Journal of Personality Assessment 73(3), 345-358, https://doi.org/10.1207/s15327752jpa7303_4 ; Rosenberg, N., Rufer, M., Lichev, V., Ihme, K., Grabe, H. J., Kugel, H., Kersting, A., & Suslow, T. (2016), Observer-rated alexithymia and its relationship with the five-factor-model of personality, Psychologica Belgica 56(2), 118-134, https://doi.org/10.5334/pb.302 ; Trevisan, D. A., Altschuler, M. R., Bagdasarov, A., Carlos, C., Duan, S., Hamo, E., Kala, S., McNair, M. L., Parker, T., Stahl, D., Winkelman, T., Zhou, M., & McPartland, J. C. (2019), A meta-analysis on the relationship between interoceptive awareness and alexithymia: distinguishing interoceptive accuracy and sensibility, Journal of Abnormal Psychology 128(8), 765-776, https://doi.org/10.1037/abn0000454 ; Hiirola, A., Pirkola, S., Karukivi, M., Markkula, N., Bagby, R. M., Joukamaa, M., Jula, A., Kronholm, E., Saarijärvi, S., Salminen, J. K., Suvisaari, J., Taylor, G., & Mattila, A. K. (2017), An evaluation of the absolute and relative stability of alexithymia over 11 years in a Finnish general population, Journal of Psychosomatic Research 95, 81-87, https://doi.org/10.1016/j.jpsychores.2017.02.007 ; Norman, H., Marzano, L., Coulson, M., & Oskis, A. (2019), Effects of mindfulness-based interventions on alexithymia: a systematic review, Evidence-Based Mental Health 22(1), 36-43, https://doi.org/10.1136/ebmental-2018-300029 ; Kashdan, T. B., Barrett, L. F., & McKnight, P. E. (2015), Unpacking emotion differentiation: transforming unpleasant experience by perceiving distinctions in negativity, Current Directions in Psychological Science 24(1), 10-16, https://doi.org/10.1177/0963721414550708

Vous n’avez pas à garder cela pour vous

Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.

En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.

Utile ? Faites-le circuler

Envoyez ce guide à quelqu’un que la question pourrait intéresser.

Tests et guides à découvrir ensuite