Guide bien-être
Antidépresseurs et psychotropes : effets secondaires, délai, dépendance, arrêt
Antidépresseurs : délai d’action, durée, effets secondaires, dépendance ou addiction, symptômes à l’arrêt et comment arrêter, selon les recommandations.
Les antidépresseurs : de quoi s’agit-il, et pour qui ?
Les antidépresseurs sont des médicaments qui aident en cas de troubles psychiques comme la dépression et l’anxiété ; ils peuvent avoir des effets secondaires et interagir avec d’autres médicaments. Outre les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), les plus utilisés, il existe plusieurs classes, dont les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) et les anciens antidépresseurs tricycliques. Les classes diffèrent par les personnes qui peuvent les prendre et par leurs effets secondaires, mais leur efficacité sur les symptômes dépressifs est en général comparable (NHS, 2025). Le portail coréen officiel de santé mentale indique lui aussi qu’aucun antidépresseur ne s’est montré de façon constante supérieur aux autres (portail national d’information en santé mentale, 2020). Ce guide porte surtout sur les antidépresseurs : les autres médicaments psychiatriques (somnifères et tranquillisants, traitements de la schizophrénie, régulateurs de l’humeur) ne sont évoqués que pour la question de la dépendance, avec des liens vers les guides qui les traitent.
On ne sait pas avec certitude comment agissent les antidépresseurs (Royal College of Psychiatrists, 2025). Lors de son réexamen de 2026, l’agence britannique du médicament (MHRA) a décidé de retirer des notices la formule « corriger certains déséquilibres chimiques » (MHRA, 2026). Méfiez-vous donc des explications qui résument en une phrase le fonctionnement de ces médicaments.
Les personnes à qui on les propose varient un peu selon les pays et les organismes. La recommandation britannique (NICE) regroupe les symptômes sous le seuil du diagnostic et la dépression légère sous le terme de « dépression moins sévère » : dans ce cas, il ne faut pas proposer d’antidépresseur en première intention de façon systématique, seulement si la personne le préfère en connaissance de cause, car les données suggéraient que certaines psychothérapies étaient plus efficaces que les antidépresseurs, et en raison du risque d’effets secondaires. Pour la « dépression plus sévère », qui regroupe les formes modérées et sévères, la première option citée associe une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) individuelle et un antidépresseur, et parmi les antidépresseurs, les ISRS sont en général envisagés en premier pour la plupart des personnes (NICE, 2022). L’Organisation mondiale de la santé indique que la psychothérapie est le premier traitement de la dépression, que les antidépresseurs ne sont pas nécessaires dans la dépression légère et qu’ils peuvent y être associés dans les formes modérées et sévères (OMS, 2026).
La Haute Autorité de santé (HAS) recommande de ne pas prescrire d’antidépresseur pour un épisode dépressif léger ; le médicament ne remplace pas la psychothérapie, mais il peut être prescrit dès la première consultation si l’intensité des symptômes le nécessite. En première intention, on utilise un ISRS, un IRSN ou un médicament de la classe des « autres antidépresseurs », et les tricycliques viennent en deuxième intention en raison de leur risque de toxicité cardiovasculaire (HAS, 2017). L’Assurance Maladie indique aussi que les antidépresseurs sont prescrits dans les épisodes dépressifs modérés à sévères, en association avec la psychothérapie (Assurance Maladie, 2026).
Le portail coréen officiel explique que la psychothérapie seule suffit parfois dans la dépression légère, mais que le traitement médicamenteux est presque indispensable à partir d’une dépression modérée (portail national d’information en santé mentale, 2020), et l’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies indique qu’une dépression légère peut s’améliorer avec la seule psychothérapie, tandis qu’on associe les deux dans les formes sévères (Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, 2026). Un algorithme coréen de traitement médicamenteux, établi à partir d’une enquête à laquelle ont répondu 139 psychiatres (KMAP-DD 2025), place un seul antidépresseur en premier même pour les épisodes dépressifs légers à modérés (Société coréenne des troubles affectifs et Collège coréen de neuropsychopharmacologie, 2025). Lorsque le même groupe l’a comparé à quatre autres recommandations (Canada, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande, British Association for Psychopharmacology), toutes les quatre proposaient d’abord un traitement non médicamenteux, comme la psychothérapie ou l’exercice, dans la dépression légère. Les auteurs précisent que l’algorithme repose sur un consensus d’experts et non sur une revue des preuves, et qu’il reflète un contexte coréen où l’assurance maladie rend les soins faciles d’accès et où l’on privilégie un soulagement rapide des symptômes (Choi et al., 2026).
La recommandation 2025 de la Société japonaise des troubles de l’humeur prévoit d’abord, dans la dépression légère, un soutien de base : écoute, allègement des contraintes du quotidien et explications sur la maladie. Un antidépresseur récent est une option parmi d’autres, au même titre que les programmes fondés sur la TCC ou l’activité physique, et la décision de le commencer tient compte des souhaits de la personne, du retentissement des symptômes, de la réponse aux traitements passés et des effets secondaires fréquents (Société japonaise des troubles de l’humeur, 2025).
Médicament et psychothérapie ne s’excluent pas. Dans une analyse de 101 essais contrôlés randomisés (11 910 personnes, surtout atteintes de dépression modérée ou plus sévère), les personnes qui recevaient les deux avaient plus de chances d’aller mieux en fin de traitement que celles qui n’en recevaient qu’un, et il n’y avait pas de différence nette entre la psychothérapie seule et le médicament seul (Cuijpers et al., 2020). En revanche, si vous avez déjà connu une période d’exaltation, comme une manie ou une hypomanie, dites-le avant toute prescription. La notice coréenne approuvée avertit que, sans que cela ait été démontré dans des essais contrôlés, chez une personne atteinte de trouble bipolaire, un antidépresseur pris pendant une phase dépressive peut déclencher un épisode maniaque (ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments, 2024). Pour en savoir plus, voir le guide Trouble bipolaire.
Quelle efficacité ? Modeste en moyenne, variable selon les personnes
Dans une méta-analyse en réseau de 522 essais contrôlés randomisés (116 477 personnes) sur le traitement à court terme de la dépression caractérisée de l’adulte, les 21 antidépresseurs étudiés étaient tous plus efficaces que le placebo, avec des effets le plus souvent modestes. L’efficacité correspondait ici à la proportion de personnes dont le score de dépression, évalué par les cliniciens, avait baissé d’au moins la moitié. Les essais duraient le plus souvent environ 8 semaines, la plupart des participants avaient une dépression modérée ou plus sévère, 409 des 522 essais (78 %) étaient financés par l’industrie pharmaceutique, et la certitude des preuves allait de modérée à très faible. Les effets étant modestes, certaines personnes ne répondront pas au traitement (Cipriani et al., 2018).
Une analyse des données individuelles de 232 essais contre placebo (73 388 personnes, surtout des adultes) soumis à l’agence américaine du médicament (FDA) a trouvé une différence moyenne de 1,75 point entre médicament et placebo sur l’échelle de dépression de Hamilton. Mais les réponses variaient beaucoup. Une forte amélioration concernait 24,5 % des personnes sous médicament et 9,6 % sous placebo, ce que les auteurs ont interprété comme une hausse d’environ 15 % de la probabilité d’un bénéfice important. Dans les deux groupes, environ deux tiers des personnes avaient une amélioration moyenne et comparable (Stone et al., 2022). Cela ne veut pas dire que ces médicaments « ne marchent que pour 15 % », mais qu’environ 15 personnes sur 100 de plus vont beaucoup mieux que sous placebo.
Le médicament est-il inutile quand la dépression est légère ? Les études ne concordent pas. Une analyse des données individuelles de 6 essais (718 personnes) trouvait une grande différence avec le placebo chez les personnes très sévèrement atteintes au départ, et une différence moyenne faible ou nulle en cas de symptômes légers ou modérés (Fournier et al., 2010). À l’inverse, une analyse des données individuelles de 6 essais menés au Japon (2 464 personnes) n’a pas trouvé d’effet différent selon la sévérité de départ (Furukawa et al., 2018), et une analyse de 28 essais d’ISRS (8 262 personnes) centrée sur les symptômes clés, comme l’humeur dépressive, trouvait des effets comparables dans les dépressions moins sévères et sévères ; dans la même analyse, le score total à 17 items montrait toutefois un effet plus grand dans les formes sévères, une fois écartées quelques valeurs extrêmes (Hieronymus et al., 2019). Dans les données de la FDA citées plus haut, l’écart augmentait avec la sévérité de départ, mais faiblement (Stone et al., 2022). La Société japonaise des troubles de l’humeur a examiné quatre méta-analyses de données individuelles publiées depuis 2018 : dans 2 des 4, plus la dépression était légère, plus l’écart avec le placebo était faible ; dans les 2 autres, il n’y avait pas de lien (Société japonaise des troubles de l’humeur, 2025).
Un médicament peut aider là où un autre a échoué : il faut parfois en essayer deux ou plus avant de trouver le traitement qui convient (NHS, 2023). Le Royal College of Psychiatrists explique que les antidépresseurs aident à réduire les symptômes de la dépression modérée et sévère, surtout quand elle est plus sévère, mais que certaines personnes vont mieux avec le temps sans eux, que d’autres voient leurs symptômes diminuer mais supportent mal les effets secondaires, et que pour d’autres encore ils ne fonctionnent pas. Un médicament ne peut pas non plus supprimer les circonstances extérieures qui ont pu mener à la dépression (Royal College of Psychiatrists, 2025).
Quand agissent-ils, et combien de temps les prendre ?
Les antidépresseurs commencent en général à agir au bout de 1 à 2 semaines et peuvent mettre jusqu’à 8 semaines à produire tout leur effet (NHS, 2025). La recommandation britannique indique que, si le médicament doit être efficace, le bénéfice se fait en général sentir dans les 4 semaines, et le premier point se fait d’habitude dans les 2 semaines (NICE, 2022). Le sommeil, l’appétit et la concentration s’améliorent souvent avant l’humeur (NIMH, 2024). Dans une analyse de 28 essais (5 872 personnes), l’effet du médicament apparaissait en moyenne dès la première semaine et continuait de s’accroître pendant au moins 6 semaines, et il fallait attendre plusieurs semaines pour atteindre des objectifs importants comme la rémission (Taylor et al., 2006).
Les délais annoncés varient un peu selon les pays. Le portail coréen officiel indique qu’il faut prendre le médicament au moins 2 à 4 semaines pour juger de son effet (portail national d’information en santé mentale, 2020), et l’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies qu’il faut en général environ 4 à 6 semaines de prise régulière pour que l’effet commence (Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, 2026). La Société japonaise des troubles de l’humeur conseille une première évaluation 2 à 4 semaines après le début, puis de juger de l’amélioration vers 4 semaines (Société japonaise des troubles de l’humeur, 2025), et l’Assurance Maladie indique qu’il faut deux à quatre semaines pour observer une régression des symptômes (Assurance Maladie, 2026). Une analyse a montré que, sans baisse d’au moins 20 % du score évalué par les cliniciens pendant les 2 premières semaines, une amélioration ultérieure était peu probable, mais elle regroupait les essais d’un seul médicament d’un même laboratoire (Szegedi et al., 2009). Si le traitement semble inefficace, ne l’arrêtez pas et n’en changez pas de vous-même : faites le point avec votre médecin.
Les effets secondaires apparaissent souvent avant le bénéfice, c’est pourquoi la recommandation française demande aux médecins de les annoncer à l’avance (HAS, 2017). La nouvelle formulation destinée aux patients, adoptée en 2026 par l’agence britannique, rappelle aussi que les antidépresseurs mettent du temps à agir et que des effets secondaires peuvent survenir avant l’amélioration des symptômes (MHRA, 2026). Au Royaume-Uni, au début du traitement, on voit un médecin toutes les 1 à 2 semaines (NHS, 2025).
On continue en général le traitement au moins 6 mois après l’amélioration (NHS, 2025). La recommandation britannique indique qu’il peut falloir le poursuivre au moins 6 mois après la disparition des symptômes, avec des réévaluations régulières (NICE, 2022). La Société japonaise des troubles de l’humeur recommande fortement (1A) de poursuivre l’antidépresseur pendant 6 mois après la rémission ; ensuite, la poursuite ou l’arrêt se décide avec le médecin, en tenant compte du risque de rechute, des effets secondaires et des souhaits de la personne (Société japonaise des troubles de l’humeur, 2025). La recommandation française juge souhaitable une durée de 6 mois à 1 an après la rémission (HAS, 2017), et l’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies estime nécessaire un traitement d’entretien d’environ 6 mois à 1 an après l’amélioration (Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, 2026). S’il s’agit de votre premier ou deuxième traitement, mieux vaut continuer au moins 6 mois après l’amélioration ; après de nombreux épisodes dépressifs, il peut falloir le prendre plus longtemps (Royal College of Psychiatrists, 2025).
Poursuivre le traitement après l’amélioration peut réduire les rechutes. Dans une analyse de 31 essais contrôlés randomisés (4 410 personnes) menés chez des personnes améliorées par un médicament, le taux de rechute était de 41 % chez celles passées au placebo et de 18 % chez celles qui continuaient le médicament (Geddes et al., 2003). Dans 40 essais (8 890 personnes) comparant des personnes en rémission qui poursuivaient le même médicament et d’autres passées au placebo, la rechute concernait 20,9 % contre 39,7 %, et encore 20,2 % contre 37,2 % dans les essais où la répartition se faisait après plus de 6 mois de traitement en rémission. Cette analyse n’a toutefois pas pu évaluer à part les symptômes d’arrêt des 4 à 8 premières semaines, et la définition de la rechute variait selon les essais (Kato et al., 2021).
Et pour les personnes qui le prennent depuis longtemps ? Dans un essai mené auprès de 478 adultes suivis en médecine générale au Royaume-Uni, qui avaient eu au moins deux épisodes dépressifs ou pris un antidépresseur pendant 2 ans ou plus et qui se sentaient assez bien pour envisager l’arrêt, une rechute dans l’année est survenue chez 56 % du groupe qui a diminué puis arrêté le médicament et chez 39 % du groupe qui l’a poursuivi (Lewis et al., 2021). Dans le rapport complet de ce même essai, les chercheurs ont estimé que, pour 6 personnes qui arrêtent, 1 rechute alors qu’elle n’aurait peut-être pas rechuté en poursuivant le traitement. Par ailleurs, environ un tiers du groupe d’arrêt a passé l’année sans antidépresseur. La plupart des rechutes sont survenues 4 à 18 semaines après la diminution du médicament, et distinguer à ce moment-là les symptômes de sevrage des symptômes dépressifs reste une question de recherche (Duffy et al., 2021). On peut rechuter en poursuivant le traitement, et tout le monde ne rechute pas à l’arrêt.
Beaucoup craignent de devoir le prendre « à vie ». Certaines personnes ont besoin d’un antidépresseur longtemps pour rester en bonne santé, mais il sera peut-être possible de l’arrêter plus tard, et cela ne veut pas dire avoir « échoué » (Royal College of Psychiatrists, 2025). L’Assurance Maladie indique que, dans les formes graves de dépression, le traitement est parfois prolongé plusieurs années pour éviter les récidives (Assurance Maladie, 2026). La recommandation britannique explique que, chez les personnes à risque élevé de rechute, par exemple celles dont la dépression est revenue souvent ou dans les 2 dernières années, poursuivre le traitement peut aider à réduire ce risque. Elle demande aussi de mettre en balance les risques d’un traitement prolongé, comme certains effets secondaires (risque accru de saignement, effets à long terme sur la sexualité) et la difficulté à arrêter, avec le risque de rechute, et de réévaluer la poursuite du traitement au moins tous les 6 mois (NICE, 2022).
Effets secondaires : les fréquents, les durables et ceux à connaître
Pendant les premières semaines, des effets secondaires comme des nausées, des troubles du sommeil ou de la somnolence, des vertiges et des maux de tête sont fréquents. Beaucoup s’atténuent en quelques semaines, à mesure que l’organisme s’habitue au médicament, mais certains persistent pendant toute la durée du traitement (NHS, 2025 ; NICE, 2022). Le portail coréen officiel explique aussi que, pendant les 2 à 3 premières semaines, des nausées, une diarrhée, de l’anxiété, des maux de tête, une insomnie, des sueurs et des bâillements peuvent survenir, et qu’ils disparaissent souvent avec le temps (portail national d’information en santé mentale, 2020). L’agitation, les tremblements ou l’anxiété au début sont aussi fréquents : c’est souvent pour cela qu’on arrête, surtout sans information préalable, mais cela diminue en général au bout de deux semaines environ (Royal College of Psychiatrists, 2025). Si les effets secondaires sont difficiles à supporter, ne serrez pas les dents et n’arrêtez pas de vous-même : parlez-en à votre médecin (NHS, 2025).
À quelle fréquence ? Dans les tableaux d’une analyse de 131 essais (27 422 personnes) comparant les ISRS au placebo, en regroupant les essais qui rapportaient des nausées, environ 21 % des personnes sous médicament et environ 9 % sous placebo en avaient. Les maux de tête concernaient 21,5 % des personnes sous médicament et 18,3 % sous placebo, un écart faible (Jakobsen et al., 2017). Les personnes sous placebo signalent aussi pas mal d’effets secondaires, et ce que l’on s’attend à ressentir peut influencer ce que l’on rapporte (Rief et al., 2009). Cela ne veut pas dire que les effets secondaires sont imaginaires. Dans une étude néerlandaise sur l’usage prolongé en conditions réelles, 64 % des 927 épisodes de prise d’un seul antidépresseur s’accompagnaient d’effets secondaires, 2,9 en moyenne, et davantage quand la dépression était plus sévère (Bet et al., 2013).
Le poids est une autre inquiétude fréquente. Dans une étude qui a suivi 294 719 adultes pendant 10 ans à partir des dossiers de médecine générale britanniques, une prise de poids de 5 % ou plus survenait 11,2 fois pour 100 personnes-années chez les personnes sous antidépresseur, plus souvent que les 8,1 observées chez celles qui n’en prenaient pas (rapport de taux ajusté 1,21). Le risque était le plus élevé la deuxième et la troisième année de traitement, et rien n’indiquait de risque accru à partir de la 7e année. S’agissant d’une étude observationnelle, le lien n’est pas forcément causal, les symptômes dépressifs eux-mêmes ont pu modifier le poids, et les médicaments différaient beaucoup (Gafoor et al., 2018). L’Institut coréen de la sécurité des médicaments indique aussi que, selon le type, les antidépresseurs peuvent faire prendre ou perdre du poids, et que les réactions varient d’une personne à l’autre (Institut coréen de la sécurité des médicaments, 2024).
Les effets sexuels sont fréquents mais souvent passés sous silence. Dans une analyse d’études qui interrogeaient directement sur la sexualité à l’aide de questionnaires, 26 à 80 % des personnes avaient des troubles sexuels selon le médicament, et les patients en parlaient rarement si on ne leur posait pas la question (Serretti & Chiesa, 2009). Dans une étude espagnole menée en consultation psychiatrique, seules 838 des 2 066 personnes (41 %) avaient signalé d’elles-mêmes ces troubles, et les psychiatres changeaient le plus souvent d’antidépresseur (34 %) ou attendaient une résolution spontanée (33 %) (Montejo et al., 2019). La dépression elle-même perturbe souvent la sexualité, si bien que la maladie et le médicament peuvent tous deux jouer (Winter et al., 2022). Rarement, des troubles sexuels persistant après l’arrêt ont été signalés, mais des recherches sont nécessaires pour comprendre pourquoi et savoir à quelle fréquence (Royal College of Psychiatrists, 2025). Une revue des études n’a pas pu estimer leur fréquence de façon fiable ni établir que le médicament en était la cause (Tarchi et al., 2023). En 2026, l’agence britannique a décidé d’ajouter dans la notice de certains antidépresseurs que certaines personnes appellent ces symptômes « PSSD » (MHRA, 2026). Même si c’est gênant, parlez-en à votre médecin, et ne diminuez pas ni n’arrêtez le traitement de vous-même.
Certaines personnes disent se sentir « éteintes » ou émoussées sur le plan émotionnel. Le NHS cite parmi les effets secondaires fréquents des changements d’humeur, comme se sentir plus en colère ou émotionnellement engourdi (NHS, 2025). Dans une enquête en ligne auprès de 669 personnes traitées par antidépresseur pour une dépression, 46 % disaient ressentir un émoussement émotionnel ; il était plus fréquent chez celles qui avaient plus de symptômes dépressifs, si bien que les chercheurs y voyaient non seulement un effet secondaire mais aussi un symptôme de la dépression (Goodwin et al., 2017). Les médecins y répondent en général en réduisant la dose ou en changeant de médicament (Ma et al., 2021). Si vous ressentez cela, n’ajustez pas le traitement vous-même : parlez-en à votre médecin.
Ce n’est pas fréquent, mais certaines personnes ont des pensées suicidaires ou une envie de se faire du mal au début d’un antidépresseur, et les personnes de 24 ans ou moins, ou qui ont déjà eu ces pensées, sont peut-être les plus à risque (NHS, 2025). Cet avertissement vient d’essais courts contre placebo. Dans les analyses de l’agence américaine du médicament (FDA) regroupant 24 essais chez l’enfant et l’adolescent (plus de 4 400 personnes) et 295 essais chez l’adulte (plus de 77 000 personnes), reprises dans la notice coréenne approuvée, pour 1 000 personnes traitées, les idées et comportements suicidaires comptaient 14 cas de plus que sous placebo avant 18 ans et 5 de plus entre 18 et 24 ans, et 1 cas de moins entre 25 et 64 ans et 6 de moins à partir de 65 ans. Aucun décès par suicide n’a eu lieu dans les essais pédiatriques, et la dépression elle-même est associée à un risque accru de suicide. C’est pourquoi, pendant les premiers mois et lors des changements de dose, on surveille de près l’apparition ou l’aggravation d’idées suicidaires, d’automutilation ou d’hostilité (ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments, 2024). L’agence britannique a décidé de placer un encadré d’avertissement en tête de notice, en précisant que le risque est le plus élevé avant 25 ans mais concerne tous les âges (MHRA, 2026), et la recommandation britannique conseille un premier point 1 semaine après le début pour les 18-25 ans ou en cas d’inquiétude particulière sur le risque suicidaire (NICE, 2022). Le Japon a aussi révisé en 2007 les précautions d’emploi des antidépresseurs, en ajoutant que le risque d’idées suicidaires et de tentatives de suicide augmente à 24 ans ou moins et qu’il faut bien l’expliquer aux familles (ministère japonais de la Santé, 2007). Si vous pensez à mourir après le début du traitement ou un changement de dose, ne gardez pas cela pour vous : prévenez tout de suite votre médecin et appelez sans attendre le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit).
Les enfants et les adolescents sont un cas à part. L’Organisation mondiale de la santé indique que les antidépresseurs ne doivent pas être utilisés pour traiter la dépression de l’enfant, qu’ils ne sont pas le traitement de première intention chez l’adolescent et qu’il faut les y utiliser avec une prudence accrue (OMS, 2026). La recommandation britannique précise aussi qu’ils ne doivent pas être le traitement initial d’une dépression légère chez les jeunes, et qu’en cas de dépression modérée à sévère ils ne s’emploient qu’associés à une psychothérapie (NICE, 2019). La Société japonaise des troubles de l’humeur souligne que les essais menés au Japon chez l’enfant et l’adolescent n’ont confirmé l’efficacité d’aucun antidépresseur récent et qu’aucun n’est autorisé à cet âge (Société japonaise des troubles de l’humeur, 2025).
Certains effets secondaires sont rares mais bons à connaître. Associer un antidépresseur à d’autres médicaments agissant sur la sérotonine, ou à des compléments comme le millepertuis, peut rarement provoquer un syndrome sérotoninergique, potentiellement mortel ; pour la plupart des personnes, ce risque est faible (NIMH, 2023). On doit y penser quand plusieurs symptômes apparaissent ensemble après le début ou l’augmentation d’un médicament agissant sur la sérotonine, comme une agitation soudaine, des secousses musculaires, des sueurs et un pouls rapide : contactez alors un médecin ou une pharmacie et consultez rapidement (ministère japonais de la Santé, 2021). Traités, les symptômes disparaissent en général en moins de 24 heures, mais sans traitement ce syndrome peut être mortel (MedlinePlus, 2026). Le millepertuis peut interagir de façon dangereuse, parfois mortelle, avec de nombreux médicaments (NCCIH, 2025). La recommandation britannique ne le conseille pas dans la dépression en raison des incertitudes sur la dose, de la variabilité des préparations et du risque d’interactions graves avec d’autres médicaments (NICE, 2022). Avant de prendre un nouveau médicament, une plante ou un complément, vérifiez auprès d’un médecin ou en pharmacie que l’association est sans danger (Institut coréen de la sécurité des médicaments, 2024).
Boire de l’alcool pendant le traitement peut aggraver les symptômes ou provoquer somnolence et vertiges (NHS, 2025). La plupart des antidépresseurs n’interagissent pas avec l’alcool, mais certains peuvent donner des nausées, de la somnolence ou renforcer les effets de l’alcool, d’où le conseil d’en parler à votre médecin (Royal College of Psychiatrists, 2025) ; la brochure coréenne recommande d’éviter l’alcool autant que possible et, si l’on boit souvent, d’en parler d’abord à l’équipe soignante. En cas de somnolence ou de difficultés de concentration, ne conduisez pas et n’utilisez pas de machines dangereuses (Institut coréen de la sécurité des médicaments, 2024). Si votre consommation d’alcool vous inquiète, voir le guide Trouble de l’usage de l’alcool. Chez les personnes âgées, on surveille davantage le risque de chutes et de fractures et celui d’un sodium sanguin trop bas (NICE, 2022). Pendant la grossesse ou l’allaitement, pesez les bénéfices et les risques avec votre médecin (NHS, 2025 ; Royal College of Psychiatrists, 2025). La dépression autour de la naissance est traitée dans le guide Dépression post-partum.
Rendent-ils dépendant ? Addiction, dépendance physique et autres médicaments psychiatriques
Les antidépresseurs ne créent pas d’addiction au sens d’une envie irrépressible, d’un « high » ou d’une perte de contrôle. L’addiction désigne en général le fait de ressentir une envie impérieuse de consommer une substance, de perdre le contrôle de sa consommation et d’en tirer du plaisir, et elle peut survenir avec des substances comme l’alcool, la nicotine ou les benzodiazépines. La difficulté à arrêter un antidépresseur se décrit plus exactement comme une dépendance physique, c’est-à-dire une adaptation de l’organisme au médicament, et un médicament n’a pas besoin de procurer du plaisir pour entraîner une dépendance (Royal College of Psychiatrists, 2025). La brochure coréenne destinée aux patients explique aussi qu’un arrêt brutal peut provoquer un syndrome d’arrêt, mais que celui-ci se distingue de l’addiction, marquée par une envie intense, une consommation incontrôlable et des conséquences néfastes (Institut coréen de la sécurité des médicaments, 2024).
Ce discours a évolué. L’ancienne page du NHS sur le traitement de la dépression, revue en 2023, affirmait que les antidépresseurs ne créent pas de dépendance et que les symptômes de sevrage sont le plus souvent légers et ne durent pas plus de 1 ou 2 semaines, même s’ils peuvent parfois être assez sévères (NHS, 2023). La page sur le médicament, révisée en 2025, abandonne cette formule et explique que ces symptômes sont fréquents et disparaissent souvent en quelques semaines, mais qu’ils peuvent être sévères chez certaines personnes, commencer des semaines ou des mois plus tard et durer des mois ou plus (NHS, 2025). En 2019, le Royal College of Psychiatrists avait demandé que les recommandations et l’information des patients reconnaissent mieux que, si le sevrage est souvent léger, il peut durer bien plus longtemps et être plus sévère chez certains. Le même texte précisait qu’un diagnostic de syndrome de dépendance exige plus que des symptômes de sevrage (désir compulsif, difficulté à contrôler la consommation malgré les méfaits, tolérance) et que, en ce sens, la prise d’antidépresseurs n’est pas associée à une dépendance (Royal College of Psychiatrists, 2019). Le même mot, « dépendance », sert donc à la fois pour un diagnostic et pour l’adaptation de l’organisme.
Les chercheurs ne sont pas d’accord non plus. Selon un premier point de vue, les antidépresseurs ne figurent pas parmi les classes de substances du manuel diagnostique DSM-5, contrairement aux sédatifs, hypnotiques et anxiolytiques, le sevrage survenant au cours d’un traitement médical ne compte pas comme critère d’un trouble de l’usage, et rien ou presque ne justifie de classer les antidépresseurs comme addictifs. Ce point de vue reconnaît aussi que certaines personnes ont des symptômes de sevrage prolongés qui retentissent sur leur vie (Jauhar et al., 2019). Une autre analyse a constaté que le sevrage des ISRS et celui des benzodiazépines étaient décrits en termes très proches pour 37 des 42 symptômes, et estimé qu’il n’est pas rationnel de ne parler de syndrome de dépendance que pour l’un des deux (Nielsen et al., 2012).
Tous les médicaments psychiatriques se valent-ils alors ? Non. L’examen de Public Health England classait des médicaments comme les tranquillisants de la famille des benzodiazépines, les somnifères dits « z-drugs » et les antalgiques opioïdes parmi ceux qui comportent un risque de dépendance et de sevrage, et les antidépresseurs parmi ceux associés à un sevrage (Public Health England, 2019). Le portail coréen officiel indique que les anxiolytiques de la famille des benzodiazépines exposent à une tolérance ou à une dépendance, et qu’il vaut donc mieux les prendre uniquement à la dose et pendant la durée nécessaires, sur prescription spécialisée (portail national d’information en santé mentale, 2020), et que les somnifères comportent clairement un risque de dépendance, mais sans motif d’inquiétude avec une prescription et un suivi spécialisés s’appuyant sur la thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie, la règle étant un usage de courte durée (portail national d’information en santé mentale, 2021a). Les somnifères sont traités plus en détail dans les guides Insomnie : ce qui aide et Addiction aux drogues. Quant aux traitements de la schizophrénie, le portail indique qu’ils n’entraînent pas de dépendance et que le retour des symptômes après l’arrêt est une rechute de la maladie, non une dépendance (portail national d’information en santé mentale, 2021b). Ces traitements et les régulateurs de l’humeur sont abordés dans les guides Schizophrénie et Trouble bipolaire.
Les symptômes à l’arrêt sont-ils fréquents ? Dans une méta-analyse de 79 études (21 002 personnes), 31 % des personnes qui arrêtaient un antidépresseur avaient au moins un symptôme d’arrêt ; c’était aussi le cas de 17 % de celles qui arrêtaient un placebo, soit environ 15 % une fois cet écart pris en compte, et des symptômes sévères touchaient 2,8 % des personnes (0,6 % après un placebo) (Henssler et al., 2024). Une autre revue rapportait au contraire des taux de 27 à 86 % dans 14 études, avec une moyenne pondérée de 56 %, et dans quatre grandes enquêtes sur la sévérité, 46 % des personnes ayant eu des effets de sevrage choisissaient le niveau le plus sévère proposé (Davies & Read, 2019).
Ces chiffres diffèrent surtout selon les études regroupées. Une fois les mêmes données regroupées par type d’étude, les taux mesurés par enquête étaient plus élevés que dans les essais contrôlés randomisés, les chiffres de sévérité ne venaient que d’enquêtes, et deux de ces enquêtes portaient sur des personnes qui se déclaraient elles-mêmes atteintes d’un sevrage nécessitant des soins (Jauhar & Hayes, 2019). À l’inverse, une réanalyse souligne que la plupart des données de la première méta-analyse provenaient d’essais d’efficacité de l’industrie pharmaceutique où le sevrage était une question secondaire, avec des périodes d’observation le plus souvent de deux semaines seulement (Moncrieff et al., 2025). Une analyse limitée à 50 essais contrôlés randomisés (17 828 personnes) trouvait, dans les 11 essais (3 915 personnes) utilisant une échelle de symptômes d’arrêt, environ un symptôme de plus en moyenne une semaine après l’arrêt chez les personnes qui arrêtaient l’antidépresseur, par rapport à celles qui arrêtaient un placebo ou poursuivaient le traitement ; par rapport à l’arrêt d’un placebo, le symptôme le plus fréquent était le vertige. Les auteurs notaient que la durée de traitement dans ces essais était sans doute plus courte qu’en pratique (Kalfas et al., 2025). Les deux camps s’accordent à dire que les symptômes de sevrage sont réels ; savoir quel chiffre reflète le mieux l’expérience des personnes traitées longtemps reste débattu.
Arrêter : avec le médecin qui l’a prescrit, progressivement
Parmi les symptômes possibles à la diminution ou à l’arrêt : vertiges ou sensation d’instabilité, impression de décharge électrique dans la tête, troubles du sommeil ou rêves étranges, agitation et irritabilité, anxiété, envie de pleurer ou humeur basse (NHS, 2025 ; NICE, 2022). Ils commencent en général dans les jours qui suivent le début de la diminution et durent quelques semaines, mais chez certaines personnes ils sont sévères, commencent des semaines ou des mois plus tard ou durent des mois ou plus (NHS, 2025). La recommandation britannique indique aussi qu’ils disparaissent le plus souvent en 1 à 2 semaines, mais durent parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois, et peuvent être sévères, surtout en cas d’arrêt brutal (NICE, 2022). On ne peut pas encore prévoir qui aura les symptômes les plus sévères (Royal College of Psychiatrists, 2024). Ils sont peut-être plus probables quand le traitement a été long, la dose élevée ou en cas de sevrage difficile par le passé, mais les données sur ce point restent limitées (NHS, 2025 ; Horowitz et al., 2023).
Comment distinguer sevrage et rechute ? En moyenne, les symptômes de sevrage apparaissent peu après la diminution ou l’arrêt, tandis que le retour de la dépression ou de l’anxiété prend en général des semaines ou des mois. Les symptômes de sevrage s’améliorent aussi souvent vite, en quelques jours voire quelques heures, si l’on reprend le médicament (Royal College of Psychiatrists, 2024). Mais les deux peuvent se ressembler, et les symptômes de sevrage sont facilement pris pour des signes de rechute (Fava et al., 2015). Une revue Cochrane des études sur les façons d’arrêter un antidépresseur pris au long cours cite comme principale limite la confusion entre symptômes de sevrage et symptômes de rechute (Van Leeuwen et al., 2021). Ne tranchez donc pas par vous-même : examinez la question avec votre médecin.
C’est pourquoi il ne faut pas arrêter un antidépresseur brutalement. Si vous souhaitez arrêter, parlez-en d’abord à votre médecin et convenez ensemble d’un plan pour réduire progressivement la dose, en général sur plusieurs semaines ou mois (NHS, 2025). La nouvelle formulation de l’agence britannique demande aussi de ne jamais arrêter brutalement sans avis médical (MHRA, 2026), et la recommandation française indique que l’arrêt ne doit pas se faire à l’initiative de la personne traitée ou de sa famille sans accompagnement médical, mais progressivement, sur plusieurs semaines ou mois (HAS, 2017). La notice coréenne approuvée précise elle aussi que la personne traitée ou ses proches ne doivent pas arrêter le traitement sans avis médical, et recommande de diminuer progressivement la dose sur des semaines ou des mois (ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments, 2024), et le ministère japonais de la Santé a averti qu’arrêter ou diminuer de son propre chef peut provoquer des troubles psychiques comme l’anxiété, l’agitation, l’excitation ou la confusion, ou des troubles sensoriels comme des acouphènes et des sensations de décharge électrique, et qu’il faut suivre l’avis du médecin (ministère japonais de la Santé, 2013). Oublier des prises ou prendre moins que la dose prescrite peut aussi provoquer des symptômes de sevrage (NICE, 2022).
Le rythme de diminution varie d’une personne à l’autre. Voici les principes que pose la recommandation britannique : diminuer par étapes, chaque fois d’une proportion de la dose précédente ; laisser la personne traitée mener et accepter le rythme et la durée ; ne passer à l’étape suivante qu’une fois les symptômes de sevrage disparus ou supportables. L’arrêt peut prendre des semaines ou des mois. En cas de symptômes de sevrage sévères, on peut envisager de revenir à la dose précédente puis, une fois les symptômes apaisés, de diminuer plus lentement et par paliers plus petits (NICE, 2022). Les paliers deviennent en général plus petits à mesure que la dose baisse (Royal College of Psychiatrists, 2024). Ce guide ne donne pas de calendrier de diminution. Il dépend du médicament et de la personne : fixez-le avec votre médecin.
Les preuves sur la diminution lente restent minces. Le comité de la recommandation britannique a trouvé quelques preuves, limitées, qu’une diminution progressive pourrait réduire les effets de sevrage, et a demandé davantage de recherches sur leur fréquence et leur sévérité (NICE, 2022). Les 33 essais (4 995 personnes) d’une revue Cochrane présentaient tous un risque de biais élevé, et la plupart portaient sur des personnes ayant une dépression récurrente. La plupart des diminutions duraient quatre semaines ou moins, et aucun essai n’a testé une diminution très lente au-delà de quelques semaines. Dans 3 essais (690 personnes) où une thérapie cognitive préventive ou une thérapie cognitive basée sur la pleine conscience accompagnait la diminution, 40 à 75 % des personnes qui voulaient arrêter y sont parvenues, mais la certitude de ces preuves était très faible (Van Leeuwen et al., 2021). L’idée de ralentir encore vers la fin vient d’une interprétation de données d’imagerie cérébrale montrant qu’à faible dose, une petite diminution réduit fortement l’action du médicament (Horowitz & Taylor, 2019). Elle n’a pas encore été testée dans des essais : décidez-en avec votre médecin.
Avoir des symptômes de sevrage ne veut pas dire que vous ne pourrez pas arrêter (Royal College of Psychiatrists, 2024). La recommandation britannique indique que la plupart des personnes arrêtent leur antidépresseur avec succès en le diminuant progressivement, et que la peur du sevrage ou du retour de la dépression est une inquiétude que les soignants doivent reconnaître (NICE, 2022). Les chercheurs de l’essai britannique estiment qu’en suivant régulièrement les personnes qui veulent arrêter pendant les 6 premiers mois, on pourrait peut-être prévenir les rechutes par d’autres moyens, comme la psychothérapie (Duffy et al., 2021). Un site français d’information publique sur la santé mentale indique aussi qu’il vaut mieux, en général, organiser l’arrêt avec l’aide des soignants et de son entourage plutôt que sans soutien (Psycom, 2026).
À qui poser vos questions, et où
Posez d’abord vos questions à votre médecin. Demandez quels effets secondaires sont possibles et à quoi vous attendre au début du traitement (NIMH, 2023) ; la recommandation britannique demande aussi au médecin qui prescrit de vérifier quels effets secondaires vous tenez particulièrement à éviter, comme la prise de poids, la somnolence ou les effets sur la sexualité, et d’expliquer également les effets de l’arrêt (NICE, 2022). Prévenez votre médecin si des effets secondaires durent plus de quelques semaines ou sont difficiles à supporter, si vous souhaitez arrêter ou si vous commencez un autre médicament ou un complément. Plus un effet secondaire est délicat à aborder, comme les troubles sexuels, plus il vaut la peine d’en parler. Vous pouvez aussi demander en pharmacie si des médicaments peuvent se prendre ensemble, et au Royaume-Uni, les personnes de 18 ans ou plus à qui l’on prescrit pour la première fois l’un des antidépresseurs les plus courants peuvent bénéficier de conseils supplémentaires en pharmacie grâce au New Medicine Service du NHS (NHS, 2025).
En Corée, parlez-en au médecin qui a prescrit le traitement, en psychiatrie ou ailleurs, ou en pharmacie. Les informations d’autorisation et de bon usage de votre médicament se trouvent sur le site d’information sur les médicaments du ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments (portail national d’information en santé mentale, s. d.). En cas d’effet secondaire suspecté, après en avoir parlé à un médecin ou en pharmacie, vous pouvez le signaler au centre de déclaration des effets indésirables et d’indemnisation de l’Institut coréen de la sécurité des médicaments (1644-6223). Ce numéro sert à signaler les effets secondaires et à obtenir des conseils ; ce n’est pas une ligne d’écoute de crise (Institut coréen de la sécurité des médicaments, 2024). Si le dossier psychiatrique, l’assurance ou le déroulement d’un premier rendez-vous vous inquiètent, voir le guide Première consultation en psychiatrie.
Au Japon, parlez de vos inquiétudes pendant le traitement à votre médecin traitant ; un second avis spécialisé est aussi possible, et vous pouvez consulter votre médecin habituel, par exemple en médecine interne, un centre de santé publique ou un centre de santé mentale et de bien-être (Centre national de neurologie et de psychiatrie du Japon, s. d.). La ligne de conseil sur les médicaments de l’agence japonaise des produits de santé (PMDA ; 03-3506-9425, en semaine de 9 h à 17 h, hors jours fériés et fêtes de fin d’année) répond par téléphone aux questions sur l’effet des médicaments prescrits, leurs associations et leur mode de prise, mais pas sur le diagnostic ou le traitement ; ce n’est pas non plus une ligne d’écoute de crise (PMDA, s. d.). Si vous avez besoin de soins ambulatoires suivis, le dispositif de soins de soutien à l’autonomie (soins psychiatriques ambulatoires) ramène le reste à charge des soins ambulatoires, médicaments délivrés en ambulatoire compris, de 30 % à 10 %, avec un plafond mensuel selon les revenus ; il ne s’applique que dans les établissements agréés (ministère japonais de la Santé, s. d.).
mind.io ne propose aucun test sur les médicaments ou leurs effets secondaires. L’auto-évaluation PHQ-9 fait le point sur votre humeur des 2 dernières semaines : elle peut aider à noter ce dont parler en consultation, mais ne commencez, ne modifiez ni n’arrêtez jamais un médicament à cause d’un score. Une hypomanie ou une manie peut apparaître pendant un traitement antidépresseur : la notice coréenne approuvée demande donc de prévenir tout de suite le médecin si de tels changements surviennent (ministère coréen de la Sécurité des aliments et des médicaments, 2024). Les signes d’une période d’exaltation sont décrits dans le guide Trouble bipolaire. Si une anxiété, des tremblements et de la fièvre apparaissent soudain après le début ou l’augmentation d’un médicament agissant sur la sérotonine, contactez un médecin ou une pharmacie et consultez rapidement (ministère japonais de la Santé, 2021).
Si vous pensez à mourir ou à vous faire du mal pendant que vous prenez ou diminuez votre traitement, n’attendez pas. Le Royal College of Psychiatrists indique que des pensées suicidaires apparaissant pendant la diminution ou l’arrêt d’un antidépresseur peuvent être un symptôme de sevrage ou le retour de la dépression, et qu’il faut en parler immédiatement à son médecin (Royal College of Psychiatrists, 2024). Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Un guide est aussi consacré à l’automutilation.
Questions fréquentes
Q. Tous les médicaments psychiatriques rendent-ils dépendant ? R. Cela dépend du médicament. Les antidépresseurs ne créent pas d’addiction au sens d’une envie irrépressible, d’un « high » ou d’une perte de contrôle (Royal College of Psychiatrists, 2025), mais une dépendance physique, où l’organisme s’adapte au médicament et où l’arrêt peut provoquer des symptômes, est possible. C’est pourquoi on les diminue progressivement avec le médecin au moment d’arrêter (Royal College of Psychiatrists, 2024). Les tranquillisants de la famille des benzodiazépines exposent à une tolérance ou à une dépendance : on ne les prend que selon la prescription et le temps nécessaire (portail national d’information en santé mentale, 2020).
Q. Une fois commencé, faut-il le prendre à vie ? R. Pas forcément. On le poursuit en général au moins 6 mois après l’amélioration, puis on décide avec le médecin de continuer ou non, en tenant compte du risque de rechute, des effets secondaires et de ses propres souhaits (Société japonaise des troubles de l’humeur, 2025). L’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies indique aussi qu’une fois le traitement mené à bien, on peut ajuster puis arrêter le médicament en accord avec son médecin (Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, 2026). Après plusieurs épisodes dépressifs, on le prend parfois plus longtemps, mais même après un long traitement il peut être possible d’arrêter (Royal College of Psychiatrists, 2025).
Q. Le médicament va-t-il changer ma personnalité ou m’« éteindre » ? R. L’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies explique que les antidépresseurs ne sont pas des médicaments qui modifient artificiellement la personnalité (Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, 2026). Un émoussement émotionnel peut toutefois survenir comme effet secondaire, et c’est aussi un symptôme de la dépression (Goodwin et al., 2017). La recommandation française demande au médecin de reconnaître et de discuter, lors de la prescription, les préoccupations comme le développement d’une dépendance ou une modification de la personnalité (HAS, 2017). Si vous ressentez cela, n’ajustez pas le traitement vous-même : parlez-en à votre médecin.
Q. Les médicaments, c’est pour les gens qui manquent de volonté ? R. Non. La dépression n’est pas une faiblesse ni une faute personnelle, mais une maladie qui doit être soignée (portail national d’information en santé mentale, 2020). L’Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies rappelle aussi que la dépression n’est pas une question de « volonté » ou d’« état d’esprit » (Agence coréenne de contrôle et de prévention des maladies, 2026). L’examen de Public Health England précisait que les personnes qui veulent arrêter un médicament doivent pouvoir obtenir des conseils et des soins médicaux adaptés, et ne doivent jamais être stigmatisées (Public Health England, 2019).
Q. Faut-il arrêter dès qu’un effet secondaire apparaît ? R. N’arrêtez pas de vous-même. Les effets secondaires du début s’atténuent souvent en quelques semaines, à mesure que l’organisme s’habitue au médicament (NHS, 2025). La brochure coréenne conseille d’en parler au médecin si une gêne dure plus de quelques jours, et de ne pas arrêter ni modifier la dose sans son avis (Institut coréen de la sécurité des médicaments, 2024). Si les effets secondaires persistent, le médecin peut ajuster la dose ou essayer un autre médicament (portail national d’information en santé mentale, 2020).
Q. Puis-je arrêter dès que je vais mieux ? R. N’arrêtez pas tout de suite. Un antidépresseur ne doit en général pas être arrêté brutalement : cela peut provoquer des symptômes de sevrage et augmente le risque d’aller de nouveau mal (Royal College of Psychiatrists, 2024). Le portail coréen officiel indique lui aussi qu’il vaut mieux continuer le médicament un certain temps même quand l’humeur et la vie quotidienne vont beaucoup mieux, qu’un arrêt brutal et sans plan peut entraîner des effets de sevrage pénibles, et qu’il faut diminuer lentement avec son médecin. La durée supplémentaire dépend du nombre d’épisodes dépressifs vécus, d’antécédents de dépression dans la famille et de la sévérité de l’épisode (portail national d’information en santé mentale, 2021c).
Q. J’ai l’impression que ça ne marche pas. Le médicament ne me convient-il pas ? R. Vérifiez d’abord que le délai a été suffisant. Les antidépresseurs commencent en général à agir au bout de 1 à 2 semaines et peuvent mettre jusqu’à 8 semaines à produire tout leur effet (NHS, 2025). Si vous n’allez toujours pas mieux, un médicament peut aider là où un autre a échoué, et associer un antidépresseur à une TCC fonctionne en général mieux que chacun des deux pris isolément ; il faut parfois essayer deux traitements ou plus avant de trouver le bon (NHS, 2023). N’arrêtez pas et n’augmentez pas la dose vous-même : discutez de la suite avec votre médecin.
Q. Je pense à mourir pendant que je prends ou diminue mon traitement. R. Ne gardez pas cela pour vous, et prévenez aussi tout de suite votre médecin. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
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Vous n’avez pas à garder cela pour vous
Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Vous pouvez envoyer le lien à quelqu’un que ce guide pourrait aider.
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