Guide bien-être
Sentiment d’infériorité : pourquoi se comparer fait mal, et ce qui aide
Le sentiment d’infériorité selon la recherche : Adler, pourquoi se comparer fait mal, réseaux sociaux, envie et jalousie, idées reçues et ce qui aide.
Ce qu’est le sentiment d’infériorité, et ce que veut dire « complexe d’infériorité »
Le psychiatre autrichien Alfred Adler estimait que, toute vie commençant par la faiblesse et l’impuissance d’un enfant, tout le monde porte une part de sentiment d’infériorité. Il voyait dans ce sentiment le moteur et le point de départ de tous les efforts de l’enfant. Mais il prévenait que, lorsque ce sentiment devient si fort que l’enfant craint de ne jamais pouvoir compenser sa faiblesse, l’effort risque de ne pas s’arrêter au rétablissement de l’équilibre et de tourner à la « surcompensation », le besoin de s’élever au-dessus des autres (Adler, 1927). C’est une théorie qu’Adler a tirée de son expérience clinique, pas une conclusion vérifiée par des expériences.
« Sentiment d’infériorité » est le terme d’Adler lui-même ; « complexe d’infériorité » est le nom qu’on lui a donné ensuite, largement et souvent à tort (Britannica, 2026b). L’encyclopédie note que l’expression a perdu une bonne part de son sens à force d’usages populaires imprécis (Britannica, 2026a). Le dictionnaire de psychologie de l’APA décrit le complexe d’infériorité comme un sentiment profond d’insuffisance et d’insécurité, né d’un manque physique ou psychologique réel ou imaginé, qui peut se traduire aussi bien par un retrait timide que par une compétition et une agressivité excessives (APA, n.d.). Le même sentiment peut donc pousser une personne à se cacher et une autre à forcer davantage.
Ni le sentiment d’infériorité ni le complexe d’infériorité ne sont des diagnostics dans la classification des troubles mentaux de l’Organisation mondiale de la santé (CIM-11 ; OMS, 2024). C’est pourquoi mind.io ne propose pas de test d’infériorité, et ce guide ne reproduit ni les items ni les seuils des échelles de recherche. Au Japon et en Corée, « Avoir le courage de ne pas être aimé », un livre de développement personnel écrit sous forme de dialogue qui reprend une partie de sa psychologie, a connu un grand succès (Kyunghyang Shinmun, 2015) et fait largement connaître les idées d’Adler ; ce guide s’appuie sur les écrits d’Adler et sur la recherche, pas sur ce livre. La « fonction inférieure » du MBTI est une autre notion, issue de la typologie de Jung, traitée dans le guide MBTI et stress. Ce guide présente pourquoi se comparer aux autres peut faire si mal, les réseaux sociaux et la privation relative, ce qui distingue l’infériorité de sentiments voisins, les idées reçues, ce qui aide selon les données et ce que l’on peut essayer quand la comparaison s’installe.
Pourquoi se comparer aux autres peut faire si mal
La psychologie sociale considère que l’on évalue ses capacités et ses opinions en les mesurant à celles des autres, et que ce processus pèse lourd dans l’image de soi et le bien-être. Cette idée, formulée pour la première fois par Leon Festinger en 1954, s’appelle la théorie de la comparaison sociale (APA, n.d.). Se comparer à quelqu’un qui semble mieux loti s’appelle la comparaison ascendante ; se comparer à quelqu’un qui semble moins bien loti, la comparaison descendante (APA, n.d. ; Wills, 1981). Dans une méta-analyse de plus de 60 ans de recherche sur la comparaison sociale, les personnes qui ne se sentaient pas menacées choisissaient nettement plus souvent de se comparer à quelqu’un de meilleur, et après la comparaison, la réaction de loin la plus fréquente était le contraste : se juger à l’opposé de l’autre, moins capable face à quelqu’un de meilleur et plus capable face à quelqu’un de moins bon. Les auteurs laissent une question ouverte : pourquoi l’on continue de regarder vers le haut alors que cela finit le plus souvent par nous diminuer à nos propres yeux (Gerber et al., 2018).
L’humeur s’en mêle. Dans une étude où 94 étudiants ont noté leurs comparaisons quotidiennes pendant deux semaines, une mauvaise humeur avant de se comparer menait plus souvent à une comparaison ascendante que descendante, et la comparaison ascendante faisait baisser le bien-être ressenti alors que la comparaison descendante le faisait monter (Wheeler & Miyake, 1992). En laboratoire, les étudiants qui se disaient malheureux voyaient leur humeur et leur jugement sur eux-mêmes fortement ébranlés par un camarade qui résolvait les énigmes plus vite ou plus lentement qu’eux, alors que ceux qui se disaient heureux n’étaient touchés que par un camarade plus lent (Lyubomirsky & Ross, 1997). Ce cercle vicieux explique peut-être pourquoi les autres paraissent si brillants justement les jours où l’on va mal.
Les chercheurs décrivent aussi ce qui se rapproche du sentiment d’infériorité en termes de « rang social » et de « honte ». La théorie du rang social propose que la dépression naît du sentiment de défaite et d’enfermement que l’on éprouve en se voyant plus bas que les autres. Dans une revue systématique de 70 études, plus les personnes se sentaient bas placées, plus elles rapportaient de symptômes dépressifs, d’idées suicidaires et d’automutilation, mais 89 % des études étaient transversales, si bien qu’on ne peut pas dire ce qui vient en premier (Wetherall et al., 2019). Dans une méta-analyse de 108 études, la honte était plus fortement liée aux symptômes dépressifs que la culpabilité (r = 0,43 contre 0,28), surtout la honte externe, le sentiment d’être insuffisant aux yeux des autres (r = 0,56). Ce sont là aussi des corrélations, qui ne montrent pas de cause (Kim et al., 2011).
Une méta-analyse d’études menées auprès de personnes souffrant de dépression ou de troubles anxieux a montré que plus on se jugeait favorablement par rapport aux autres, moins la dépression (r = −0,53) et l’anxiété (r = −0,39) étaient marquées. Autrement dit, se voir en dessous des autres allait avec plus de dépression et d’anxiété, même si cette analyse ne portait que sur 14 études (McCarthy & Morina, 2020). Une étude menée auprès de 207 étudiants a distingué l’effort anxieux, porté par la peur d’être rejeté ou critiqué si l’on « ne suit pas », d’un sentiment de sécurité, celui d’être accepté et apprécié que l’on réussisse ou non. L’effort pour éviter l’infériorité était lié à des difficultés psychologiques, surtout chez les personnes qui se voyaient bas dans l’échelle sociale (Gilbert et al., 2007). Devoir sans cesse faire ses preuves, sans répit, n’est donc pas forcément un effort sain.
La classification de l’OMS note que lorsque l’estime de soi devient très basse, on peut en venir à se croire inutile, et que cela peut être lié à des idées ou à des comportements suicidaires (OMS, 2024). Si la comparaison vous laisse un sentiment d’inutilité et que vous avez des idées de vous faire du mal, ne gardez pas ces pensées pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, 7 j/7, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
Réseaux sociaux et privation relative : la comparaison à portée de main
Les réseaux sociaux permettent de regarder la vie des autres, et de s’y comparer, à tout moment. Dans une méta-analyse de 2026 regroupant 54 échantillons et 36 583 personnes, le degré de comparaison ascendante en ligne était lié à des difficultés comme la dépression (r = 0,27), sans différence nette selon l’âge ou la culture. Mais la plupart des études étaient transversales, si bien qu’on ne peut pas dire que la comparaison cause la dépression (Lei et al., 2026). Une méta-analyse d’études sur Facebook a aussi montré que se comparer aux autres sur les réseaux était plus fortement lié à la dépression que le temps passé, même si peu d’échantillons portaient sur la comparaison (Yoon et al., 2019).
Certains estiment que le problème est le défilement passif. Dans une étude de laboratoire et une étude en conditions de vie réelle, un usage passif de Facebook dégradait l’humeur au fil du temps, avec une hausse de l’envie comme mécanisme (Verduyn et al., 2015). Mais une revue de 40 études par questionnaire a montré que la plupart ne confirmaient pas l’idée qu’un usage passif est nocif et un usage actif bénéfique (Valkenburg et al., 2022), et dans une méta-analyse de 141 études, la plupart des liens étaient négligeables (Godard & Holtzman, 2024). Une revue des méta-analyses conclut que les liens entre l’intensité d’usage des réseaux et la solitude, l’estime de soi ou la dépression sont en général faibles, autour de r = 0,10 (Appel et al., 2020).
Le sens de la flèche peut aussi être inversé. On suppose souvent que l’envie ressentie sur les réseaux entraîne la déprime, mais il est tout aussi plausible que la déprime pousse à se comparer défavorablement et à ressentir plus d’envie (Appel et al., 2016). Une revue récente note que l’inspiration est elle aussi fréquente sur les réseaux, que les effets varient d’une personne à l’autre, et que la comparaison hors ligne pourrait être plus fréquente et peser davantage sur le bien-être (Meier & Johnson, 2022). C’est une raison de regarder aussi la comparaison à l’école, au travail et en famille, plutôt que de tout mettre sur le compte des réseaux.
Il existe aussi des données coréennes. Dans un sondage de presse mené en 2019 auprès de 1 003 adultes, 37,4 % disaient avoir déjà ressenti une privation relative en voyant les photos ou publications de connaissances sur les réseaux sociaux, et 52,6 % chez les 20-29 ans. Il s’agit d’un seul sondage de presse, qu’on ne peut pas étendre à la situation actuelle (Seoul Shinmun, 2019). Dans une étude auprès de 184 étudiants coréens utilisateurs de Facebook, la comparaison ascendante sur les réseaux était liée à la dépression par l’intermédiaire du sentiment d’infériorité, et ce lien était plus faible chez ceux qui savaient clairement qui ils étaient (Jeong & Hyun, 2015). Dans une étude auprès de 344 personnes de 19 à 34 ans, la comparaison ascendante sur les réseaux était liée à l’isolement social par l’intermédiaire de la privation relative (Cho & Lee, 2024). Ces deux enquêtes ponctuelles ne permettent pas d’établir de cause. Si la comparaison déborde sur la solitude, le guide Sentiment de solitude peut aussi aider.
La privation relative est le sentiment que ce que l’on a, comme l’argent ou le statut, n’atteint pas ce que l’on attendait ou ce que possèdent les personnes auxquelles on se compare (APA, n.d.). Une méta-analyse de 210 études et de plus de 180 000 répondants conclut que les liens étaient souvent faibles et incohérents dans l’ensemble, mais plus forts lorsque les mesures saisissaient un sentiment d’injustice, et pas seulement le constat d’avoir moins (Smith et al., 2012). Une étude coréenne portant sur plus de 200 000 adultes de l’enquête communautaire de santé de 2017, qui comparait le revenu de chaque foyer à celui de sa commune, a montré que les personnes du groupe au revenu relatif bas avaient une probabilité de symptômes dépressifs 1,58 fois plus élevée (rapport de cotes) que celles du groupe élevé, et que l’écart était plus grand en cas de faible revenu réel du foyer ou de besoins de soins non satisfaits. Il s’agit d’une enquête ponctuelle, qui ne montre pas de cause (Song & Kim, 2020). La douleur de la comparaison tient sans doute aussi à la situation réelle, pas seulement à l’état d’esprit. Une partie de la comparaison s’entend à la maison. Dans une étude auprès de 398 collégiens et lycéens coréens, les lycéens qui subissaient davantage de comparaisons scolaires de la part de leurs parents avaient tendance à rapporter un sentiment d’infériorité scolaire plus marqué et plus de dépression (Kim, 2015).
Infériorité, envie, jalousie, supériorité et faible estime de soi : les différences
L’envie est le sentiment le plus proche de l’infériorité. Une revue de la recherche la définit comme une émotion désagréable, souvent douloureuse, mêlant sentiment d’infériorité, hostilité et ressentiment, qui naît quand on remarque chez une autre personne ou un autre groupe quelque chose que l’on désire. Elle souligne l’importance de distinguer l’envie proprement dite, qui contient de l’hostilité, de l’envie bénigne, qui n’en contient pas (Smith & Kim, 2007). Dans des études menées aux Pays-Bas, aux États-Unis et en Espagne, l’envie bénigne conduisait à vouloir s’élever soi-même, et l’envie malveillante à vouloir faire descendre la personne mieux placée (van de Ven et al., 2009).
Envie et jalousie se confondent souvent, mais ce ne sont pas les mêmes sentiments. L’envie peut naître entre deux personnes seulement, soi et la personne enviée, alors que la jalousie en implique toujours trois (APA, n.d.). La jalousie dans le couple est traitée à part dans le guide La jalousie amoureuse.
Dans la théorie d’Adler, le « complexe de supériorité » désigne une opinion exagérée de ses propres capacités et réussites, née d’une surcompensation du sentiment d’infériorité (APA, n.d.). Face à quelqu’un qui fanfaronne, la tentation est grande de penser que c’est « à cause d’un complexe d’infériorité », mais la recherche est plus nuancée. Dans trois études, c’est le narcissisme vulnérable, anxieux et facilement blessé, qui était fortement et régulièrement lié à l’envie et au plaisir pris au malheur des autres ; le narcissisme grandiose, sûr de lui en apparence, y était plutôt légèrement lié en sens inverse (Krizan & Johar, 2012). Les apparences ne suffisent pas à juger de ce qui se passe chez quelqu’un d’autre. Les deux visages du narcissisme sont présentés dans le guide Narcissisme.
Le sentiment d’infériorité recoupe aussi la faible estime de soi. En décrivant les traits de personnalité, la CIM-11 de l’OMS cite l’envie envers les capacités et les signes de réussite des autres parmi les façons dont une faible estime de soi peut se manifester (OMS, 2024). Les manifestations courantes d’une faible estime de soi sont présentées dans le guide Faible estime de soi. Si, malgré les preuves, vous pensez « au fond, je ne suis pas à la hauteur » et redoutez qu’on découvre la vérité, le guide Syndrome de l’imposteur conviendra peut-être mieux ; si vous vous fixez des exigences très élevées et vous accablez quand vous n’y arrivez pas, voyez plutôt le guide Perfectionnisme.
Idées reçues sur le sentiment d’infériorité
Idée reçue n° 1 : « le sentiment d’infériorité est forcément mauvais et il faut s’en débarrasser ». Adler y voyait le point de départ de l’effort (Adler, 1927), et le dictionnaire de l’APA note que de nombreux psychologues soulignent l’aspect positif de la compensation, qui consiste à développer une force dans un domaine pour pallier une faiblesse dans un autre (APA, n.d.). Dans des expériences, l’envie bénigne qui suivait une comparaison ascendante n’améliorait les performances que si l’on pensait pouvoir progresser ; quand progresser semblait difficile, on éprouvait surtout de l’admiration, sans motivation supplémentaire (van de Ven et al., 2011). Dans une étude auprès de marathoniens, une tendance à l’envie bénigne allait avec des temps plus rapides par le biais d’objectifs plus ambitieux, et une tendance à l’envie malveillante avec l’abandon des objectifs de course (Lange & Crusius, 2015). Ce que l’on fait ensuite compte peut-être plus que le fait de se sentir inférieur.
Idée reçue n° 2 : « l’envie bénigne est une émotion saine ». Pas forcément. Dans trois études (3 123 personnes), l’envie bénigne était elle aussi liée à des comportements machiavéliques, qui consistent à se servir des autres pour arriver à ses fins, et l’envie malveillante à la fois à des comportements machiavéliques et psychopathiques (Lange et al., 2018b). Il est plus juste de voir l’envie bénigne comme un sentiment que l’on peut orienter vers son propre progrès que comme une « bonne émotion ».
Idée reçue n° 3 : « il suffit de renforcer son estime de soi ». Les chercheuses Crocker et Park estiment que la façon dont on poursuit l’estime de soi compte davantage que son niveau. Quand on sent qu’il faut sans cesse prouver sa valeur, chaque revers dans ce domaine devient une menace, et les réactions de défense qui suivent peuvent freiner l’apprentissage, les relations et la maîtrise de soi, et à terme la santé. Le regain de bien-être est bref, alors que le prix à payer s’accumule (Crocker & Park, 2004). La différence entre estime de soi et autocompassion est traitée dans le guide Autocompassion et estime de soi.
Idée reçue n° 4 : « quitter les réseaux sociaux fait aller mieux tout de suite ». Dans un essai où 154 adultes ont été répartis au hasard entre une pause d’une semaine et leur usage habituel, ceux qui ont fait la pause rapportaient un meilleur bien-être et des scores de dépression et d’anxiété plus bas (Lambert et al., 2022), et dans une expérience danoise d’une semaine avec 1 095 participants, le bénéfice était plus grand chez les gros utilisateurs, les utilisateurs passifs et ceux qui avaient tendance à envier les autres sur Facebook (Tromholt, 2016). Mais dans une autre expérience où 130 adultes ont tenu un journal quotidien pendant quatre semaines, la pause n’a pas eu d’effet net (Hall et al., 2021). Ces essais étaient pour la plupart courts ; l’effet d’une pause plus longue reste inconnu.
Idée reçue n° 5 : « regarder plus malheureux que soi console ». Une théorie de la comparaison descendante propose que se comparer à quelqu’un de moins bien loti peut remonter le moral (Wills, 1981), et dans l’étude par journal quotidien, la comparaison descendante augmentait bien le bien-être du moment (Wheeler & Miyake, 1992). Mais cela n’a pas été testé comme moyen de réduire le sentiment d’infériorité, et ce guide ne le recommande donc pas.
Ce qui aide, selon les données
Peu de grandes études ont traité le sentiment d’infériorité en tant que tel. Les données les plus proches viennent des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) qui ciblent directement la faible estime de soi. Dans une revue de huit études fondées sur le modèle de Fennell, dont sept ont été combinées en méta-analyse, les séances hebdomadaires amélioraient fortement les scores autodéclarés juste après le traitement (taille d’effet 1,12), et les ateliers d’une journée faiblement (0,34). Mais les études étaient peu nombreuses, et on ne savait pas bien en quoi ces traitements diffèrent de ceux qui visent la dépression (Kolubinski et al., 2018). Le NHS conseille lui aussi de repérer les croyances négatives que l’on a sur soi et de noter les éléments qui les contredisent, et indique que les thérapies par la parole, comme l’accompagnement psychologique ou la TCC, peuvent aider (NHS, 2023).
La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT), qui aide à prendre du recul face à ses pensées plutôt qu’à les combattre et à agir selon ses valeurs, a fait mieux que les conditions témoins pour divers problèmes de santé mentale et physique dans une méta-analyse de 39 essais contrôlés randomisés (g = 0,57), sans différence nette avec la TCC (A-Tjak et al., 2015). Ces essais ne portaient pas spécifiquement sur le sentiment d’infériorité.
S’entraîner à se traiter comme on traiterait quelqu’un de proche, au lieu de s’accabler après une comparaison, est présenté avec ses données et ses limites dans le guide Cultiver l’autocompassion. Les pratiques de gratitude, comme un journal de gratitude, augmentaient légèrement le bien-être dans une méta-analyse d’études menées dans 28 pays (g = 0,19) ; l’effet était significatif dans des pays comme la Corée du Sud et les États-Unis, mais pas en France, au Japon ni au Royaume-Uni (Choi et al., 2025). Rien n’indiquait qu’elles fassent mieux que d’autres activités utiles (Davis et al., 2016). Mieux vaut y voir une petite pratique à essayer qu’un traitement du sentiment d’infériorité.
En Corée, plusieurs études ont testé des programmes d’accompagnement de groupe pour réduire le sentiment d’infériorité, et une méta-analyse de 2006 portant sur 24 études de 1975 à 2005 a rapporté des effets importants (Lee & Park, 2006). Dans une étude qui répartissait 22 étudiants entre un groupe expérimental et un groupe témoin, un programme d’accompagnement de groupe d’inspiration adlérienne a lui aussi réduit les réactions négatives au sentiment d’infériorité et augmenté les réactions positives (Lee & Kim, 2018). Ces études sont toutefois pour la plupart petites et anciennes, et la taille des effets est à prendre avec prudence.
Si la comparaison ne cesse de vous abattre et perturbe votre quotidien, vous n’avez pas à tout porter par vous-même. Consulter un médecin ou un service de santé mentale est un bon point de départ. En Corée, la ligne de crise en santé mentale 1577-0199 (24 h/24) vous met en relation avec un centre local de santé mentale (ministère coréen de la Santé et du Bien-être, 2025).
Que faire quand la comparaison s’installe
1. Laisser passer la douleur. Quand on a décomposé l’envie à travers plusieurs études, on a trouvé en son cœur une « douleur » : être absorbé par la comparaison et se sentir inférieur. Dans une étude en conditions de vie réelle, cette douleur s’estompait assez vite ; ce qui durait, c’était l’orientation qu’elle prenait, vers son propre progrès ou vers le désir de faire descendre l’autre (Lange et al., 2018a). Remarquez « je suis en train de me comparer », et laissez passer un moment plutôt que de traduire tout de suite ce sentiment en paroles ou en gestes qui rabaissent l’autre. C’est une suggestion tirée de ces résultats, pas une méthode testée.
2. Changer de question. Dans des expériences, plus la réussite de l’autre semblait imméritée, plus l’envie de le faire descendre était forte ; l’envie qui pousse à progresser était la plus forte quand la réussite semblait méritée et qu’on avait prise sur la situation (van de Ven et al., 2012). Quand l’envie monte, se demander « qu’a fait cette personne, et qu’est-ce que je pourrais essayer, moi aussi ? » va dans le sens de ces résultats. Aucune expérience n’a toutefois encore montré que cette question réduit le sentiment d’infériorité.
3. Se comparer à soi-même dans le passé, avec des traces écrites. On a tendance à juger son moi d’autrefois plus sévèrement que son moi actuel, même quand on n’a pas réellement progressé (Wilson & Ross, 2001). Pour se comparer à « soi le mois dernier », des notes concrètes sur ce qu’on a fait et appris sont donc une base plus juste que la mémoire. Les petites habitudes du quotidien sont présentées dans le guide Comment renforcer l’estime de soi.
4. Repérer les comptes et les moments qui vous plombent. Dans une enquête auprès de 208 étudiants américains, échanger avec d’autres sur Instagram allait de pair avec moins de solitude, mais seulement chez ceux qui avaient peu tendance à se comparer aux autres (Yang, 2016). La manière de regarder compte peut-être autant que ce que l’on fait. Les utilisateurs façonnent aussi leur expérience, par exemple en recherchant des contenus inspirants ou en se désabonnant de certains comptes (Meier & Johnson, 2022). Notez les comptes et les moments de la journée qui vous abattent, et essayez d’abord de réduire ou de suspendre ceux-là. Des moyens de réduire le temps d’écran sont présentés dans le guide Addiction au smartphone.
5. Repérer une valeur de soi conditionnelle. Dans une étude auprès de 351 jeunes adultes coréens, plus l’estime de soi était conditionnelle, c’est-à-dire accordée seulement quand certaines conditions sont remplies, plus on se comparait vers le haut sur les réseaux, et cela était lié au sentiment d’infériorité. Il s’agit d’une enquête ponctuelle, qui n’établit pas de cause (Choi et al., 2023). Regardez ce qui doit être réuni, notes, apparence ou approbation, pour que vous vous sentiez bien, et quand cette condition vacille, entraînez-vous à vous traiter avec douceur plutôt qu’à vous accabler. Le test d’autocompassion peut montrer comment vous vous traitez en ce moment.
6. Faire le point si la déprime dure. Si l’humeur reste basse plus de deux semaines après une comparaison, avec une perte d’intérêt pour ce qui vous plaisait, des changements de sommeil ou d’appétit et l’idée persistante que vous ne valez rien, cela peut être un signe de dépression. Consultez le guide Symptômes de la dépression et faites le PHQ-9 pour faire le point. Si vous avez des idées de vous faire du mal, n’attendez pas : appelez tout de suite le 3114 (24 h/24, 7 j/7, gratuit).
Questions fréquentes
Q. Existe-t-il un test de complexe d’infériorité ? R. mind.io ne propose pas de test d’infériorité. L’infériorité n’est pas un diagnostic (OMS, 2024). La recherche utilise des questionnaires comme une échelle coréenne des réactions positives et négatives au sentiment d’infériorité (Jeong & No, 2010) ou une échelle de l’effort pour éviter l’infériorité (Gilbert et al., 2007), mais ce guide n’en reproduit ni les items ni les seuils, et ces échelles ne sont pas des outils diagnostiques permettant de repérer un « complexe d’infériorité ». Le test d’estime de soi montre combien vous vous accordez de valeur en ce moment, mais ce n’est pas un test d’infériorité.
Q. Quels sont les signes d’un fort complexe d’infériorité ? R. Il n’y a pas de portrait unique. Le dictionnaire de l’APA note qu’un complexe d’infériorité peut se traduire aussi bien par un retrait timide que par une compétition et une agressivité excessives (APA, n.d.). Plutôt que de deviner l’infériorité des autres d’après leur allure, il est plus utile de remarquer si, après une comparaison, vous avez tendance à vous cacher ou à forcer davantage.
Q. « Avoir des complexes », est-ce la même chose qu’un complexe d’infériorité ? R. C’est une expression courante, dont nous n’avons pas trouvé de définition dans la recherche. On l’emploie souvent pour une gêne liée à une partie de soi, comme son physique ou ses études, ce qui recoupe en partie le sentiment d’infériorité décrit ici. L’encyclopédie Britannica note d’ailleurs que l’expression « complexe d’infériorité » a perdu une bonne part de son sens à force d’usages populaires imprécis (Britannica, 2026a). Quand ce sentiment surgit, vous pouvez essayer « Changer de question » et « Repérer une valeur de soi conditionnelle » plus haut.
Q. Quand une personne de mon entourage réussit, l’envie me ronge. Est-ce que j’ai un problème ? R. Éprouver cela ne fait pas de vous quelqu’un d’anormal. La recherche appelle envie ce sentiment, qui naît quand on remarque chez quelqu’un d’autre une chose que l’on désire (Smith & Kim, 2007), et sa douleur s’estompait assez vite (Lange et al., 2018a). Ce qui compte, c’est la suite. Plutôt que de la traduire en paroles ou en gestes qui rabaissent cette personne, regardez ce qu’elle a fait et si une partie de cela est à votre portée (van de Ven et al., 2012).
Q. Faut-il supprimer mes réseaux sociaux ? R. Pas forcément. Une expérience a montré un meilleur bien-être après une semaine de pause (Lambert et al., 2022), une autre aucun effet net (Hall et al., 2021). Plutôt que de tout supprimer, commencez par réduire, à titre d’essai, les comptes et les moments qui vous abattent. Si vous avez du mal à maîtriser votre temps d’écran, le guide Addiction au smartphone peut aider.
Q. Comment Adler voyait-il le sentiment d’infériorité ? R. Adler estimait que tout le monde a un sentiment d’infériorité parce que toute vie commence par la faiblesse et l’impuissance d’un enfant, et il voyait dans ce sentiment le moteur de l’effort. Il pensait aussi que l’être humain possède un « sentiment social » (appelé plus tard « intérêt social »), le désir de se lier aux autres, qui naît dans la famille et peut s’élargir tout au long de la vie jusqu’à englober l’humanité entière (Adler, 1927). Selon le dictionnaire de l’APA, ce qu’Adler appelait « aspiration à la supériorité » est un élan vers l’accomplissement et la perfection, non vers le statut social ou la domination des autres, et Adler pensait que l’intérêt social doit être activement cultivé plutôt que de se développer tout seul (APA, n.d.). Les idées d’Adler sont une théorie tirée de l’expérience clinique, à distinguer des conclusions vérifiées par des expériences. Adler pensait aussi que l’ordre de naissance influence la personnalité ; la manière dont de grandes études ont examiné cette idée est traitée dans le guide Ordre de naissance et personnalité.
Q. À force de me comparer, je me sens inutile et j’ai envie de disparaître. R. Ne gardez pas cela pour vous. Appelez tout de suite le 3114, numéro national de prévention du suicide (24 h/24, 7 j/7, gratuit). Pour parler de façon anonyme, SOS Amitié répond au 09 72 39 40 50. En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Aussi fortes que soient les pensées nées de la comparaison, elles ne disent pas qui vous êtes.
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Vous n’avez pas à garder cela pour vous
Si vous avez des pensées de vous faire du mal, ou si tout devient trop lourd, vous pouvez appeler à tout moment.
En cas de danger immédiat, appelez le 15 (SAMU) ou le 112.
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